Archives des CoFoE - Missions Publiques https://missionspubliques.org/tag/cofoe/ Wed, 18 Dec 2024 09:08:40 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.5 https://missionspubliques.org/wp-content/uploads/2021/03/favicon.png Archives des CoFoE - Missions Publiques https://missionspubliques.org/tag/cofoe/ 32 32 2021 : La Conférence sur l’avenir de l’Europe – 25 ANS #8 https://missionspubliques.org/2021-la-conference-sur-lavenir-de-leurope-25-ans-8/ Wed, 18 Dec 2024 08:54:47 +0000 https://missionspubliques.org/?p=11345 L’article 2021 : La Conférence sur l’avenir de l’Europe – 25 ANS #8 est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Conférence sur l’avenir de l’Europe : 6 mois après, que retenir ? https://missionspubliques.org/conference-sur-lavenir-de-leurope-6-mois-apres-que-retenir/ Wed, 14 Dec 2022 08:24:32 +0000 https://missionspubliques.org/?p=8442 L’article Conférence sur l’avenir de l’Europe : 6 mois après, que retenir ? est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Conférence sur l’avenir de l’Europe : les jeunes veulent des actes https://missionspubliques.org/conference-sur-lavenir-de-leurope-les-jeunes-veulent-des-actes/ Mon, 14 Nov 2022 10:17:02 +0000 https://missionspubliques.org/?p=8294 L’article Conférence sur l’avenir de l’Europe : les jeunes veulent des actes est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Caterina, Nicolas, Kacper et Mateus… quatre jeunes qui ont en commun d’avoir toutes et tous vécus la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE). Nous les avons rencontrés à Bruxelles à l’occasion du Festival de la participation et de la démocratie délibérative organisé par la Commission européenne. La Conférence a marqué un tournant dans leur vie de citoyen. Ils attendent désormais que les institutions soient à la hauteur des espoirs que cette démarche unique a suscités.

« Une bouffée d’air frais »

Caterina vit dans une petite ville du littoral croate. A 25 ans, elle a suivi des études de business puis de relations internationales en Autriche et en Italie. D’une maman croate et d’un père italien, Caterina est une européenne convaincue, et pas seulement par sa double culture. La jeune fille a été bénévole dans une association de solidarité européenne et travaille aujourd’hui pour l’association Youth in the EU qui promeut l’Europe auprès des jeunes, dans les écoles et au travers de différentes manifestations. « Les jeunes ne connaissent pas les possibilités qu’offrent l’Europe. L’information est la clé de mon travail et un outil puissant d’empowerment. Grâce à cela, je leur ouvre des perspectives auxquelles ils ne s’attendaient pas ». Quel est le regard des jeunes croates vis-à-vis de l’Europe ? « Cela va du scepticisme à la méconnaissance mais le sentiment dominant est plutôt qu’ils se sentent isolés de la sphère européenne. Ils ne perçoivent l’Europe qu’au travers des investissements dans les infrastructures : la construction d’un pont, la rénovation d’une forteresse etc. ».

Caterina a accepté sans hésiter de porter les recommandations de son pays lors des plénières de la Conférence sur l’avenir de l’Europe(1). Un rôle singulier de citoyenne « représentante nationale » désignée par le ministère des Affaires étrangères de son pays. C’est d’ailleurs son seul regret : la « division » qu’elle a ressentie entre les citoyens membres du Panel et les 27 représentants nationaux « nous n’étions pas dans la même dynamique dès le départ, et les moments de rencontres ont été organisés un peu tard (…) nous participions aux plénières(2) sans réellement savoir ce qui avait été discuté au préalable ». Pendant un an, elle a organisé et participé à des dialogues locaux en Croatie avec les jeunes, pour beaucoup sur le thème de l’environnement et du climat.  Inviter les citoyens dans les institutions était un acte « courageux », selon elle, et engager une démarche citoyenne de cette ampleur une première. Elle a également été impressionnée par la qualité des propositions concrètes des citoyens, en prise directe avec leur quotidien. « Ces temps d’échanges et de mise en commun entre ceux qui pensent la politique et ceux qui en sont les sujets est indispensable. De ce point de vue, c’était une véritable bouffée d’air frais ». D’un point de vue plus personnel, elle se réjouit que dans les recommandations finales, la particularité des régions insulaires ait été reconnue. Dans un pays composé de 1 400 îles, elle tenait à intégrer cette dimension. Même au fait du fonctionnement des institutions européennes, Caterina a réalisé avec la CoFoE la « complexité des prises de décision », un temps long pas forcément compatible avec la fougue de la jeunesse et les urgences écologiques.

« J’ai appris que notre génération, très préoccupée par le changement climatique, était appelée des ‘gloomers’(3). Moi, je suis une incurable optimiste. J’espère donc que l’Europe deviendra plus agile, et moins bureaucratique, plus dans l’anticipation et moins dans la réaction ».

« Ces temps d’échanges et de mise en commun entre ceux qui pensent la politique et ceux qui en sont les sujets est indispensable. De ce point de vue, c’était une véritable bouffée d’air frais.

Caterina

25 ans

Les gouvernements de chaque pays doivent être plus impliqués

Nicolas était un des plus jeunes participants à la Conférence sur l’avenir de l’Europe. 16 ans. Un an plus tard, Nicolas vit toujours en République Tchèque et poursuit ses études au lycée. Pour l’instant, ce qu’il aime, comme beaucoup de jeunes de son âge, c’est sortir avec ses amis et voyager.

C’est sur le chemin du retour de l’école qu’il reçoit l’appel le conviant à participer à la Conférence. Méfiant, il n’a pas cru ce que la personne au bout du fil lui proposait et la première réaction de sa mère ne fut pas bien plus enthousiaste : « ne lui donne pas ma carte de crédit ! ». La démarche est devenue réalité quand Nicolas reçoit l’e-mail de l’Union européenne : « c’était énorme, j’ai pleuré, j’avais une grande expérience à vivre ! Être tiré au sort représentait pour moi la chance de rencontrer des personnes de tous les pays et des politiques de haut-niveau ». Que savait-il de l’Europe à ce moment-là ? Pas grand-chose : « je savais simplement que la République Tchèque faisait partie de l’Union européenne. Je ne m’y intéressais pas du tout ». La Conférence a élargi ses perspectives « j’ai tellement appris, sur les institutions, les projets et les possibilités offertes aux jeunes après 18 ans ». La sur- représentativité des jeunes était un enjeu dès le départ des trois institutions à la manœuvre (Commission européenne, Parlement européen et Conseil) et sur les 800 citoyens tirés au sort, un tiers avait entre 16 et 25 ans. Ce parti-pris s’est-il révélé concluant ? Et la voix des jeunes – s’il en existe une unique – a-t-elle été entendue ? Nicolas répond par l’affirmative même s’il aurait préféré davantage de mineurs. Il estime qu’il n’y a pas eu de fossé entre la jeune génération et les citoyens plus âgés lors des débats, et qu’ils se sont mutuellement écoutés. Son groupe de travail l’a d’ailleurs désigné pour être leur porte-parole lors des plénières(4), il en est fier.

Si Nicolas avait un sujet qui lui tenait à cœur : la santé dentaire. « En République tchèque, trop de dentistes exercent en libéral. Y accéder est beaucoup trop cher (…) En me documentant, et en discutant dans mon groupe de travail, je me suis aperçu qu’il s’agissait d’un problème existant à l’échelle de l’Europe ». Il est, en revanche, plus dubitatif sur la question climatique. « Si tout le monde était d’accord sur l’importance du sujet, j’ai l’impression qu’il n’a pas réellement été pris au sérieux notamment dans les plénières par les décideurs ». Aujourd’hui, Nicolas se dit triste de la fin de l’aventure et espère qu’une suite concrète sera donnée aux recommandations du côté des institutions européenne car la République Tchèque, qui préside le conseil de l’Union Européenne depuis juillet, s’est montrée plutôt réticente à une modification des traités (une des recommandations portées par les Panels citoyens). Il souhaiterait aussi que les écoles de son pays prennent leur part dans la connaissance de l’Europe.

Un an de débats, de rencontres au cœur d’un processus inédit a changé le jeune homme : des amitiés aux quatre coins de l’Europe et une envie de s’engager… en politique.

« J’ai tellement appris, sur les institutions, les projets et les possibilités offertes aux jeunes après 18 ans.

Nicolas

16 ans

« Il n’y pas eu assez de diversité d’opinions sur l’Europe »

Matous, 20 ans, vient également de République Tchèque, de la ville de Litoměřice. Il est à l’université et suit deux cursus différents : droits et éducation, et entraîne un club d’aviron. Sa mère est médecin et son père, aujourd’hui décédé, était militaire. Il ne se voit pas faire qu’un seul métier plus tard et enseigner, devenir juge ou diplomate sont des pistes qu’il envisage sans exclusivité. Et pourquoi pas, comme Nicolas, s’engager dans un parti politique.

Pour lui, « beaucoup de gens confondent l’Europe et l’Union européenne ». La Conférence sur l’avenir de l’Europe lui a appris la nuance et « ce que l’UE faisait pour nous ». Ni changé ni convaincu, Matous a un regard quelque peu différent des autres jeunes « je me considère comme un conservateur. « La Conférence a été géniale d’un point de vue personnel, c’est-à-dire pour mon expérience, pour tester mes compétences (…) mais à la fin, selon moi, ce sont aux politiques de décider, ce sont eux que nous élisons et que nous choisissons parce qu’ils ont le même point de vue que nous ». Alors bien sûr, les politiques ne mettent pas toujours en œuvre les mesures pour lesquelles ils ont été élus mais Matous pense que ce n’est pas en multipliant les conférences citoyennes que la politique changera, c’est « en fabriquant de meilleurs politiques ».

« Je n’étais pas très à l’aise avec les recommandations finales, j’ai eu des doutes sur beaucoup d’entre elles car les citoyens ont choisi le consensus, et n’ont pas osé en plénière assumer leur opinion divergente ». Matous, qui était dans le groupe de travail sur la démocratie, regrette donc que la volonté de consensus ait gommé les aspérités des échanges, et que le « oui » d’une relative majorité l’ait toujours emporté.

« Les personnes des Panels n’étaient pas représentatives de la diversité des opinions sur l’Europe. Ceux qui ont accepté de venir étaient des personnes plutôt europhiles. Mais que met-on réellement derrière le mot unité ? Quand j’ai posé la question de l’euro, des prix et des taxes… je n’ai pas eu de réponse. Pour l’instant, en République Tchèque, nous ne voulons pas l’euro car nous y perdrons notamment sur les salaires ».

S’il n’est pas totalement convaincu de l’efficacité d’une démarche à cette échelle, il aimerait toutefois tester des formats en République tchèque à un niveau plus local, initié par le gouvernement du pays, comme en France. Comme Kacper, Polonais d’une vingtaine d’années, qui redoutait de venir « car la Pologne est le mouton noir l’UE » et qui regrette « le manque de couverture médiatique dans les États membres ».

Quitter l’Union européenne ? Pas question même si dans leur pays de nombreuses voix s’élèvent pour.

« Je n’étais pas très à l’aise avec les recommandations finales, j’ai eu des doutes sur beaucoup d’entre elles car les citoyens ont choisi le consensus, et n’ont pas osé en plénière assumer leur opinion divergente.

Matous

20 ans

La CoFoE en chiffres
  • Au total, 6 465 événements ont été organisés dans les 27 Etats membres, auxquels ont participé 652 532 personnes. Une plateforme mise en ligne dans toutes les langues officielles a enregistré cinq millions de visiteurs, et 52 346 participants actifs y ont partagé 17 671 idées et laissé 21 877 commentaires.
  • Des panels de citoyens nationaux se sont tenus dans six pays : la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Lituanie et les Pays-Bas.
  • Les recommandations des Panels citoyens européens ont été évaluées et synthétisées par l’assemblée plénière de la Conférence, composée à égalité de représentants des trois institutions et de représentants des parlements nationaux, ainsi que de citoyens et de représentants des partenaires sociaux et de la société civile.
  • Le rapport finala été rédigé par un conseil exécutif de neuf représentants, issus du Parlement, de la Commission et du Conseil, en collaboration avec la plénière de la Conférence. Au total, les conclusions de la Conférence rassemblent plus de 320 mesures réparties en 49 propositions sur neuf grands sujets.

(1) La Conférence sur l’avenir de l’Europe, c’est : une consultation en ligne sur une plateforme multilingue, des citoyens tirés au sort (4 Panels de 200 citoyens chacun sur des thématiques différentes), des représentants nationaux des 27 pays de l’UE et des manifestations nationales organisées dans chaque pays. Pour en savoir plus : lire notre fiche projet.
(2) Les plénières étaient les temps de discussion entre les politiques des institutions, les citoyens « ambassadeurs » des Panels et les 27 citoyens représentants nationaux.
(3) Un « gloomer » est quelqu’un de morose. L’expression désigne un-e jeune d’une vingtaine d’années qui n’a pas d’objectif ou d’ambition dans la vie, mais qui continue de vivre.
(4) Les plénières étaient composées à égalité de représentants des trois institutions et de représentants des parlements nationaux, ainsi que de citoyens et de représentants des partenaires sociaux et de la société civile.

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Conférence sur l’avenir de l’Europe : et si les citoyens avaient fait avancer l’Union européenne ? https://missionspubliques.org/conference-sur-lavenir-de-leurope-et-si-les-citoyens-avaient-fait-avancer-lunion-europeenne/ Mon, 16 May 2022 13:51:34 +0000 https://missionspubliques.org/?p=6790 L’article Conférence sur l’avenir de l’Europe : et si les citoyens avaient fait avancer l’Union européenne ? est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Changements climatiques, santé mentale et consultation citoyenne https://missionspubliques.org/changements-climatiques-sante-mentale-et-consultation-citoyenne/ Tue, 09 Nov 2021 09:20:45 +0000 https://missionspubliques.org/?p=4929 L’article Changements climatiques, santé mentale et consultation citoyenne est apparu en premier sur Missions Publiques.

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UE et migration : comprendre les fissures internes à nos sociétés https://missionspubliques.org/ue-et-migration-comprendre-les-fissures-internes-a-nos-societes/ Wed, 06 Oct 2021 13:08:00 +0000 https://missionspubliques.org/?p=4661 L’article UE et migration : comprendre les fissures internes à nos sociétés est apparu en premier sur Missions Publiques.

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« Démocratie et valeurs européennes » : analyse d’un Panel citoyen de la CoFoE avec Olivier Costa (CNRS) https://missionspubliques.org/democratie-et-valeurs-europeennes-analyse-dun-panel-citoyen-de-la-cofoe-avec-olivier-costa-cnrs/ Thu, 09 Sep 2021 06:30:25 +0000 https://missionspubliques.org/?p=4486 L’article « Démocratie et valeurs européennes » : analyse d’un Panel citoyen de la CoFoE avec Olivier Costa (CNRS) est apparu en premier sur Missions Publiques.

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A quelques jours du premier Panel Citoyen de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, Missions Publiques a rencontré Olivier Costa, directeur de recherche CNRS au Cevipof, Centre de recherches politiques de Sciences Po (1), l’un des meilleurs connaisseurs de l’Union européenne. Il revient sur le choix de la thématique du 3e Panel Citoyen, qui portera en partie sur les valeurs communes à l’Union européenne (2).

Missions Publiques : « Démocratie, valeurs, droits, État de droit, sécurité » sera la thématique phare de l’un des Panels Citoyens de la Conférence. Comment mettre ces sujets, souvent fortement controversés, en discussion avec les citoyens ? Quelles sont les grandes questions à leur poser selon vous ?

Olivier Costa : Je pense que cette thématique était indispensable puisque la Conférence se situe dans le sillage de 30 ans de réflexion sur le déficit démocratique à l’échelle européenne sur les insatisfactions qui se font jour parmi les citoyens. Parmi ces insatisfactions, on peut citer celles relative au fonctionnement de l’UE, c’est-à-dire les critiques récurrentes quant à l’élitisme, au manque de transparence, au sentiment que les décisions sont prises par une minorité de personnes qui se réunissent à Bruxelles à huis clos… Si la Conférence vise à répondre à ces insatisfactions, il faut traiter en priorité de la question de la démocratie et des valeurs démocratiques.

Mais avant de se lancer dans le choix des questions qui vont structurer le débat du Panel de citoyens, je pense que l’on doit avoir une discussion de fond sur ce que l’on attend de ce Panel et sur la nature de ces questions. Différentes options sont envisageables. On peut commencer par des questions très ouvertes, au début de Panel, et demander aux citoyens s’ils pensent que l’Union est démocratique. Ils pourront s’exprimer très librement par rapport à ça. Et ensuite, il peut y avoir des questions plus cadrées, où l’on demanderait aux participants d’évaluer plus précisément ce qu’ils pensent du degré de participation dans l’UE, s’ils ont une compréhension précise de tel ou tel sujet, et ensuite en venir à des questions plus techniques : « Est-ce que vous pensez que le.a présidente de la Commission doit être élu.e à l’occasion des élections européennes ? » ou encore « pensez-vous que le Conseil européen doit donner des instructions à la Commission ? », etc.

On sait qu’on ne pourra pas parler de tout à la fois, que certains choix sont indécidables et qu’on manquera sans doute de temps pour approfondir les sujets. Il y a donc des choix stratégiques à opérer sur le niveau, plus ou moins général, auquel on situe le débat. « Est-il possible d’avoir un fonctionnement démocratique à l’échelle européenne ? » est une grande question, qui mérite d’être posée et qui est loin d’être anodine. Pourtant, je ne pense pas qu’elle soit à l’ordre du jour, et c’est dommage. A l’inverse, on peut cadrer davantage les débats et poser des questions comme : « Etes-vous satisfaits du mode d’élection des parlementaires européens aujourd’hui ? » ou « Faut-il des listes transnationales ? » On ignore s’il s’agit, au sein des Panels de citoyens, de lancer une grande réflexion de fond ou d’organiser un débat autour d’enjeux précis. Bien sûr, les deux approches ont leur pertinence et leurs vertus, et elles peuvent se compléter, mais la Conférence aujourd’hui souffre de cette ambiguïté.

Il y a selon moi deux sortes de risques qui s’attachent aux Panels. Si l’on reste sur des questions d’ordre très général, les débats risquent d’être triviaux, et centrés autour de questions déjà cent fois discutées. En effet, la polémique autour du déficit démocratique de l’UE ne date pas d’hier, et les arguments sont connus. Beaucoup de citoyens vont dire qu’ils se sentent avant tout nationaux, et donc que l’UE n’est pas un niveau pertinent pour faire de la politique et développer des procédures démocratiques. Les divergences entre eurosceptiques et europhiles sont, elles aussi, bien connues. Il serait dommage que les débats du Panel restent bloqués sur de tels clivages, très généraux et qui ne débouchent sur aucune synthèse. A l’inverse, si l’on va vers quelque chose de plus précis, le risque est de conclure que le débat a été confisqué, qu’on a demandé aux citoyens de se prononcer sur des questions très techniques – le mode de scrutin aux élections européennes, le nombre de députés, les mécanismes de la responsabilité politique de la Commission… Ce serait frustrant pour celles et ceux qui avaient des attentes plus larges, plus philosophiques. C’est à la fois la beauté et la difficulté des exercices délibératifs : il faut d’abord se mettre d’accord sur ce dont on va parler et la manière dont on va le faire, et cela prend du temps. La Conférence ayant un calendrier très serré, je ne pense pas que ce temps soit disponible et il va falloir faire des arbitrages en amont. La meilleure solution, selon moi, est celle de l’entonnoir : elle consiste à commencer par des questions plus générales pour aller vers des questions plus précises, que l’on fait découler des premières. Cette approche contentera davantage de participants.

Sur la thématique des valeurs et de la démocratie, le nombre de controverses est considérable. Chaque controverse en elle-même mériterait un Panel. Si l’on prend la question des valeurs, il y a un débat fondamental à tenir entre, d’un côté, celles et ceux pour qui l’intégration européenne n’est possible qu’entre des États qui partagent des valeurs fondamentales (respect de la dignité humaine, liberté, démocratie, égalité, État de droit, respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités), et de l’autre, ceux et celles, qui comme les leaders hongrois et polonais par exemple, estiment que l’intégration européenne doit être avant tout un grand marché, et ne doit pas se préoccuper des valeurs et s’ingérer dans les choix faits par les Etats en la matière.

Missions Publiques : Qu’en est-il de l’équilibre des pouvoirs entre les institutions ? Des tensions entre les institutions ? Du système électoral européen ?

Olivier Costa : L’équilibre des pouvoirs entre les institutions est un vrai sujet. Il y a depuis toujours une tension entre des institutions – Parlement européen, Commission, Conseil des ministres, Conseil européen… – qui ont chacune une forme de légitimité et une conception de l’intérêt général européen. C’est toutefois un débat difficile à mener et il convient de réfléchir aux prérequis. Personnellement, il m’a fallu 20 ans pour avoir un avis informé sur la question du régime politique de l’Union, et je vois mal comment on peut en débattre utilement sans un minimum de connaissances. Pour approfondir ces sujets, il est nécessaire d’avoir une certaine maitrise des institutions, sinon c’est un débat qui tourne à vide. Ce serait le cas de question comme : « Pensez-vous que le Conseil européen a pris trop d’importance dans le fonctionnement de l’UE ? » ou encore « Le Parlement européen doit-il voter les ressources propres ? ».

En revanche, l’idée de mettre en débat le système électoral européen est intéressante : les détails sont très complexes, mais les principes généraux sont simples. Les citoyens ont une certaine familiarité avec les élections européennes telles qu’elles se pratiquent depuis maintenant 40 ans. Cette discussion renvoie à des perceptions, des envies et des points de vue subjectifs, et je pense qu’on aura là un débat intéressant et constructif. Les citoyens seront donc amenés à penser s’ils acceptent ou non de donner un caractère plus européen aux élections européennes : c’est un choix politique que chaque citoyen peut faire. De même, la question des listes transnationales peut sembler complexe au premier abord, mais elle ne l’est pas tant que ça. En l’espace de dix minutes, on peut cerner les grands enjeux et laisser les participants du Panel exprimer leurs points de vue.

Ces débats sont captivants car ils établissent un pont entre des interrogations fondamentales (les citoyens se sentent-ils européens ? Reconnaissent-ils l’UE comme un espace de débat démocratique ?) et des interrogations techniques et plus précises (de quelle manière faut-il élire les députés ?). C’est comme cela qu’on fait avancer le débat.

Missions Publiques : Une véritable démocratie est celle qui garantit le respect des droits des minorités plutôt que de suivre la volonté de la majorité. Pensez-vous que ce Panel devrait mettre l’accent sur les communautés en Europe dont les droits sont bafoués (LGBTQI+, les femmes, les communautés Roms etc.…) ?

Olivier Costa : Avant de pouvoir répondre à cette question, il faut en poser trois autres : est-ce qu’un « nous » existe à l’échelle européenne ? Quel est le périmètre de ce « nous » ? De quoi est-il fait ? Il faut interroger l’existence et la nature du groupe qui, dans une démocratie, légitime l’existence même de cette démocratie. On ne peut prendre des décisions collectives que dans un groupe qui a du sens pour ses membres : une famille, une résidence, une ville, un pays. Et seules certaines décisions peuvent être prises à l’échelle de ce groupe. Il faut donc réfléchir à ce que signifie le « nous » européen, à ses valeurs et objectifs, au type de décisions que l’on accepte de prendre ensemble, et à la manière dont on veut le faire.

La question de l’identité européenne est très complexe, mais elle l’est moins si l’on réfléchit à qui singularise l’UE par rapport aux autres grands ensembles. Il n’est pas facile de dire en quoi on est européen, mais sitôt que l’on compare l’UE à la Russie, à la Chine, aux Etats-Unis, à l’Amérique latine ou à l’Afrique australe, trouver ce que l’on a en commun vient plus facilement à l’esprit.

Aussi, la question des minorités et de la manière dont elles sont traitées devient un sujet central, un marqueur de ce qui fait l’identité européenne – de même que son rapport au développement durable ou à la cohésion sociale. C’est ce qui fait l’importance des droits des groupes LGBTQI+, des femmes ou de la communauté Rom. Car il y a en la matière de profonds clivages dans l’Union européenne, notamment entre l’Est et l’Ouest. Ce qui se joue, ce n’est pas l’adhésion ou le rejet des « valeurs européennes », mais désormais un conflit entre différentes conceptions de celles-ci. Viktor Orban ne dit pas qu’il n’est pas européen ou qu’il rejette les valeurs européennes : il dit qu’il est européen à sa façon et qu’il défend une conception des valeurs européennes qui n’est pas celle de Bruxelles. Il défend une Europe fondée sur des grands principes comme la famille, la nation, la tradition, la religion, l’ordre, etc. Et les deux discours divergent radicalement quand il s’agit des droits de certaines communautés.

« Viktor Orban ne dit pas qu’il n’est pas européen ou qu’il rejette les valeurs européennes : il dit qu’il est européen à sa façon et qu’il défend une conception des valeurs européennes qui n’est pas celle de Bruxelles. Il défend une Europe fondée sur des grands principes comme la famille, la nation, la tradition, la religion, l’ordre, etc. Et les deux discours divergent radicalement quand il s’agit des droits de certaines communautés.

La Conférence doit donc se pencher sur ces enjeux : quel est le droit des femmes à disposer de leur corps comme elles le souhaitent ? Quels sont les droits des minorités ethniques en Europe ? Quels sont les droits des citoyens LGBTQI+ ? Sur ces questions, on a un divorce croissant entre Bruxelles d’un côté, qui porte un discours progressiste et avancé, fondé sur des valeurs qu’on pourrait qualifier de post-modernes, et de l’autre des personnes qui sont radicalement opposées à cela et qui instrumentalisent le phénomène à des fins politiques.

Ces thématiques polémiques seront un des nœuds de ce Panel. Il ne faut pas en faire abstraction : il faut parler de ce qui fait débat, entre ceux qui pensent que l’Union doit promouvoir des valeurs progressistes, qui contribuent à rendre les sociétés plus libres et inclusives, et ceux qui pensent qu’elles sont un outrage à leur façon de penser et de vivre.

 

Missions Publiques : Pensez-vous que ce Panel, en se focalisant sur l’essence même des valeurs européennes, va accroître le sentiment d’appartenance des Européens à l’UE ?

Olivier Costa : Les citoyens n’acceptent les décisions prises par un système politique, même démocratique, que s’ils ont un sentiment d’appartenance à la communauté qu’il régule. Il faut que la communauté dans laquelle on vit fasse sens pour accepter qu’on y prenne des décisions collectives. Je pense qu’aujourd’hui, l’UE est pertinente pour beaucoup de citoyens, mais seulement pour un nombre limité de politiques. Car l’UE n’est clairement pas une fédération. Ce projet politique est en effet entouré de trop d’inconnues.

Il y a d’abord de profondes ambivalences quant aux objectifs mêmes de l’UE : est-ce un projet économique, politique, social, militaire ? Ensuite, le processus décisionnel est quasiment inconnu du grand public : qui décide de quoi et comment ? Quels sont les principes qui guident le fonctionnement de l’UE ? La troisième inconnue tient à la communauté que forme l’UE : son périmètre change constamment, au fil des élargissements et avec le Brexit, et ses limites sont un peu arbitraires. Un Roumain peut se sentir plus proche d’un Moldave que d’un Irlandais ou d’un Portugais, de même qu’un Français plus proche d’un Québécois ou d’un Suisse francophone que d’un Letton ou d’un Croate. Pour l’heure, il n’y a pas de peuple européen car il n’y a pas un sentiment d’appartenance suffisamment fort pour accepter la violence de la règle majoritaire pour tout ce qui touche aux questions les plus politiques. La Conférence a le grand mérite d’ouvrir le débat sur tous ces points, et d’y associer les citoyens. En somme, il s’agit tout simplement de discuter ouvertement de ce que les Européens peuvent et veulent faire ensemble.

(1) Olivier Costa est Directeur de recherche CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po (Paris) et Directeur des Etudes politiques et de gouvernance européennes au Collège d’Europe (Bruges). Il est Rédacteur en chef du Journal of European Integration. Il est Responsable des chaires Institutions européennes et Lobbying européen de l’Observatoire de l’éthique publique. Ses recherches et publications portent sur les institutions et politiques de l’Union européenne, sur la question démocratique en Europe, sur les parlements et leurs membres, et sur la vie politique française.
(2) Le Panel européen portera sur les sujets suivants : « Démocratie/valeurs, droits, État de droit, sécurité »

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« La Conférence sur l’avenir de l’Europe est un moyen de s’attaquer au déficit d’intelligibilité de l’Union » https://missionspubliques.org/la-conference-sur-lavenir-de-leurope-est-un-moyen-de-sattaquer-au-deficit-dintelligibilite-de-lunion/ Thu, 08 Jul 2021 07:48:17 +0000 https://missionspubliques.org/la-conference-sur-lavenir-de-leurope-est-un-moyen-de-sattaquer-au-deficit-dintelligibilite-de-lunion/ L’article « La Conférence sur l’avenir de l’Europe est un moyen de s’attaquer au déficit d’intelligibilité de l’Union » est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Alberto Alemanno est un universitaire (1), un défenseur des droits civiques et l’une des principales voix en matière de démocratisation de l’Union européenne. Il a d’abord rejeté la Conférence sur l’avenir de l’Europe comme une énième tentative descendante de combler le déficit démocratique de l’UE avant de devenir l’un de ses défenseurs. Il partage avec nous son point de vue sur le rôle que les Panels de citoyens pourraient jouer pendant et après la conférence.

Missions Publiques. Dans un premier temps critique, vous avez récemment écrit (2) que la Conférence sur l’avenir de l’Europe « pourrait bien être porteuse de réels changements, tant par sa méthodologie audacieuse que par son cahier des charges ».

Alberto Alemanno. Quand la volonté d’organiser une Conférence sur l’avenir de l’Europe a été annoncée, Ursula Von Der Leyen venait d’être désignée présidente de la Commission européenne. D’une certaine façon, cette annonce était censée réparer le péché originel qui a consisté à choisir un dirigeant politique européen sans légitimité démocratique : non élue et à la tête d’aucun parti politique.  De ce point de vue, la Conférence est assurément un exercice descendant qui tente de retrouver une certaine forme de légitimité publique.

Beaucoup de choses se sont passées depuis. D’où mon revirement. La Commission européenne, en particulier, a profité de l’élan créé par une combinaison de querelles institutionnelles et de la crise de Covid pour repenser l’ensemble de la Conférence et apprendre de diverses organisations et praticiens de la participation citoyenne, dont Missions Publiques.

En conséquence, le processus de conception ainsi que les objectifs poursuivis par la conférence ont été enrichis. La déclaration commune – la seule base juridique et politique de la conférence – a donc été un compromis majeur combinant trois niveaux différents : la plate-forme numérique (souhaitée par la Commission européenne), les panels de citoyens (demandés par le Parlement européen) et la plénière. Chacun de ces trois niveaux présente une certaine nouveauté. Pour la première fois, les trois institutions créent conjointement un exercice consultatif à l’échelle de l’UE, qui est potentiellement capable de capter et de mobiliser toutes les voix, y compris celles des eurosceptiques. Deuxième nouveauté : les panels de citoyens, composés de 200 citoyens européens choisis au hasard, sont organisés à l’échelle transnationale, établissant ainsi une nouvelle norme de renouvellement démocratique pour les 27 États membres. Les panels, grâce à la diversité socio-économique et potentiellement politique de leurs membres, pourraient compenser la représentativité limitée des contributions recueillies sur la plate-forme. Enfin, nous n’avons jamais vraiment eu l’occasion d’avoir des représentants élus et des citoyens dans la même pièce, délibérant ensemble sur un pied d’égalité, même si en réalité leur rôle ne sera pas égal à celui des représentants élus, car la voix des citoyens sera finalement moins importante lors de l’adoption des recommandations.

Tous ces éléments suggèrent que la Conférence est porteuse de qualités démocratiques majeures inhérentes à ces expériences et qu’elle pourrait déclencher de nouvelles dynamiques, difficilement arrêtables au printemps 2022. Historiquement, la conférence sur l’avenir de l’Europe est le premier exercice que les institutions européennes ne contrôlent pas entièrement. Et ce, même si le Conseil européen décidera de la suite à donner aux recommandations.

« L’importance de la tenue d’une telle Conférence est plus grande aujourd’hui que lorsque le Président Macron a lancé l’idée pour la première fois, il y a 2 ou 3 ans. D’une certaine manière, la Conférence est le sous-produit de la nature incomplète de l’Union.

Alberto Alemanno

Professeur de droit à HEC Paris

Missions Publiques. Derrière la crise sanitaire et financière provoquée par le COVID-19 se cache une urgence démocratique plus profonde et négligée. Pensez-vous que la CoFoE sera une réponse à cette crise ?

Alberto Alemanno. L’importance de la tenue d’une telle Conférence est plus grande aujourd’hui que lorsque le Président Macron a lancé l’idée pour la première fois, il y a 2 ou 3 ans. D’une certaine manière, la Conférence est le sous-produit de la nature incomplète de l’Union. Si l’Union disposait d’un espace transnational mature où les idées jaillissent et sont confrontées dans un espace politique commun, la Conférence ne serait pas nécessaire. Malgré toutes les adversités, crises géopolitiques majeures, crises de l’État de droit, les dirigeants européens ont accepté à l’unanimité de la lancer par nécessité, et non par choix, parce qu’ils ont réalisé la limite du système de gouvernance. Repenser la Conférence deviendra de plus en plus central dans la future conversation politique en Europe, ce qui, à mon avis, ne se traduira pas par une demande populaire majeure. Ce sera connu ou visible que par quelques pour cent de la population européenne, mais cela sera suffisant pour que ces idées germent à moyen terme. Elles accéléreront probablement l’élaboration de politiques européennes plus que toute autre chose. Paradoxalement, les réformes institutionnelles réformant les traités seront moins efficaces que cette conférence pour faire avancer les idées même si ces dernières peuvent être contestées et contestables. Trop longtemps, les grands médias ont écarté ces discussions ; or les Européens ne peuvent plus se permettre aujourd’hui d’éviter les sujets sur l’Europe des nations qui est devenue – comme les Néerlandais aiment à le dire – l’éléphant dans la pièce.

« La Conférence peut être considérée comme une nouvelle tentative de remédier au manque d’intelligibilité de l’Union.

Missions Publiques. Comme vous l’avez dit, c’est peut-être l’occasion pour les institutions de perdre un peu le contrôle ?

Alberto Alemanno. Les Panels citoyens ne sont pas une solution miracle à tous les problèmes européens, mais ils ont le potentiel de briser certains tabous, de montrer l’intérêt du public à des sujets sur lesquels les partis politiques en Europe n’ont pas encore été très courageux. Je m’attends à ce que les citoyens parlent aux médias du fonctionnement interne de la Conférence et que cela humanise soudainement l’Europe. Une fois que le génie sera sorti, il sera difficile de l’y remettre. Quel que soit le résultat, c’est déjà formidable en soi.

En tant que soutien actif de la société civile de l’UE par le biais de mon organisation à but non lucratif – The Good Lobby – je suis un fervent partisan et praticien – et pas seulement un connaisseur – de la participation citoyenne. Ma mission, ainsi que celle de mon organisation, est de populariser les nombreux canaux de participation existant au sein de l’Union européenne. Contrairement aux idées reçues, l’UE est beaucoup plus ouverte à la contribution des citoyens que n’importe quel État membre. La Conférence est pour nous une occasion supplémentaire de promouvoir la citoyenneté active comme antidote à la crise de la démocratie et comme moyen de surmonter l’intelligibilité de l’Union. Celle-ci ne souffre pas de légitimité démocratique, car ses membres ont été élus d’une manière ou d’une autre ; le problème du déficit vient du fait que l’on ne sait pas clairement qui fait quoi. En ce sens, la Conférence peut être considérée comme une nouvelle tentative de remédier au manque d’intelligibilité de l’Union.

Dernièrement, nous avons accompagné de nombreux groupes (nationaux et européens) à s’engager de manière significative sur la Plateforme de la CoFoE et à renforcer la capacité de plaidoyer de la société civile. Compte tenu des limites inhérentes à la plateforme, j’ai suggéré que la société civile rassemble, collecte et filtre les contributions des citoyens provenant de leurs communautés, puis les publient – en leur nom – sur la plateforme, plutôt que de disperser les contributions individuelles. Si nous mesurons le succès de la plateforme par le nombre de personnes qui ont posté, alors elle est vouée à l’échec.

Aujourd’hui, la Plateforme montre une forte polarisation entre les anti-EU et les pro-EU, ce qui neutralise la valeur ajoutée. Nous devons donc faire appel à des personnes comme We Move, European Alternatives, Vox Europe pour dire à leurs PDG « faites votre propre consultation parmi votre communauté parce que votre communauté vous fait confiance et ne fait pas confiance à l’UE ». Cela élargira la légitimité et la représentativité des contributions sur la Plateforme.

En ce qui concerne les panels de citoyens dont vous êtes en charge à Missions Publiques, le défi est, à mon avis, d’élargir l’appropriation de l’exercice entier en réduisant les groupes thématiques existants à 1 ou maximum 2 questions clés qui intéressent vraiment les panélistes citoyens afin d’approfondir les discussions et de mener des recommandations significatives.

(1) Alberto Alemanno est actuellement professeur de droit à HEC Paris et titulaire de la chaire Jean Monnet en droit de l’Union européenne. Nommé Young Global Leader par le Forum économique mondial de Davos en 2015, il conseille également des organisations internationales et non gouvernementales ainsi que des gouvernements. Il est également le fondateur de la civic tech « The good lobby », la première communauté de partage de compétences en lobbying visant à mettre en relation des experts avec des organisations de la société civile pour poursuivre l’intérêt général et former des militants à travers l’Europe.
(2) Lire l’article « Pourquoi il faut suivre la Conférence sur l’avenir de l’Europe » sur le site du Grand continent.

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Conférence sur l’avenir de l’Europe : vers un projet européen renouvelé avec les citoyen·ne·s ? https://missionspubliques.org/conference-sur-lavenir-de-leurope-vers-un-projet-europeen-renouvele-avec-les-citoyen-ne-s/ Thu, 10 Jun 2021 08:04:07 +0000 https://missionspubliques.org/?p=4078 L’article Conférence sur l’avenir de l’Europe : vers un projet européen renouvelé avec les citoyen·ne·s ? est apparu en premier sur Missions Publiques.

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La Conférence sur l’avenir de l’Europe – CoFoE – a été officiellement lancée le 9 mai. Programmée sur un an, elle a pour ambition d’établir un programme pour l’Europe de demain à partir des propositions des citoyennes et citoyens européens. Pour que la CoFoE soit une réussite effective, c’est-à-dire que la parole des Européen-ne-s soit bien entendue, la démarche s’appuiera sur de puissantes modalités de participation dont des Panels citoyens transnationaux et une plateforme numérique.

L’enjeu principal est de permettre à tous les citoyennes et citoyens européens de se prononcer sur le projet européen. Plusieurs modalités participatives se complètent.

Une innovation technologique en 24 langues

Une plateforme numérique disponible dans les 24 langues officielles de l’Union européenne est en ligne pour recueillir l’expression des citoyen-ne-s sur dix sujets clés, au cœur des enjeux européens dont le changement climatique, la santé, la transformation numérique, l’éducation et la culture, la jeunesse ou encore l’économie et la justice sociale. C’est la première consultation à cette échelle puisque 450 millions d’Européen-ne-s vont pouvoir contribuer dans leur propre langue mais aussi comprendre les contributions de leurs concitoyens qui seront traduites. Le site permet aussi le recueil des contributions collectives, c’est-à-dire l’ensemble des événements locaux, nationaux et européens (conférences, fêtes, rencontres…) autour de la Conférence.

800 citoyennes et citoyens issus des 27 pays de l’UE et un parlement provisoire

Autre modalité de participation : les Panels citoyens transeuropéens. Là encore, le dispositif mis en place est ambitieux. Quatre panels citoyens des 27 pays de l’UE vont se réunir trois fois trois jours pour débattre de climat, santé, migration ou démocratie. Ils seront représentatifs de la diversité de la population européenne (âge, parité femmes-hommes, catégories socio-professionnelles…) et, pour permettre l’expression la plus facilitante, les échanges se dérouleront dans les 24 langues officielles de l’UE.

« Les Panels citoyens transeuropéens formuleront à l’intention de l’assemblée plénière une série de recommandations de politiques publiques auxquelles l’Union devra donner suite.

Les Panels citoyens transeuropéens formuleront à l’intention de l’assemblée plénière une série de recommandations de politiques publiques auxquelles l’Union devra donner suite. L’assemblée plénière, qui se réunira trois à six fois, sera composée de 407 personnes : représentant-e-s des institutions (Parlement, Conseil et Commission) et organes européens (EESC – European economic and social committee, comités de Régions), de parlementaires nationaux, de représentant-es de la société civile et partenaires sociaux, et – innovation importante – de membres des Panels citoyens européens et de citoyen-ne-s représentants les processus participatifs nationaux. Ce parlement provisoire, partagé par les institutions européennes et nationales, va également produire des recommandations, nourries des contributions en lignes collectives et individuelles et par celles des Panels citoyens transeuropéens (eux-mêmes tenant compte des contributions en ligne).

Inclusion, délibération, pertinence et équité

Pour que cet exercice démocratique soit un succès, les Panels respecterons une série de critères de qualité développés et testés par des praticien-ne-s de la participation et des universitaires au cours des 50 dernières années. La qualité d’un processus repose sur quatre critères principaux et ce sont eux qui ont guidé la conception des Panels de la CoFoE : l’inclusivité, la délibération, la pertinence et l’équité.

L’inclusion est le soin porté à ce que les participants-es reflètent bien la diversité de la population de l’Europe et que chacun-e se sente à l’aise pour intervenir ; le rôle des modérateur-trices et de la facilitation est clé : à la fois chaleureux et neutre, alternant des temps collectifs en sous-groupes, et encourageant des moments informels pour favoriser l’expression de toutes et tous. La qualité de la délibération, c’est avant tout considérer que l’information provient des citoyennes et des citoyens eux-mêmes ; c’est travailler à partir des visions des citoyen-ne-s, de récits utopiques ou dystopiques, c’est les amener à discuter les points de dissension et confronter leurs arguments ; c’est veiller à un juste équilibre entre cet apport citoyen et les contributions des « expert-e-s » et c’est surtout mettre en place un processus itératif qui s’articule à l’ensemble des contributions (numériques, assemblée plénière). La pertinence sera par exemple de permettre à plusieurs d’entre eux, sélectionnés au hasard, d’assister et d’être membres de la plénière pour qu’un maximum de personne puisse partager cette expérience de dialogue avec les institutions et faire la preuve de « la compétence du citoyen ». Enfin l’équité, c’est l’attention au temps et donner aux citoyen-ne-s une égale chance de comprendre et de contribuer à ces sujets complexes. C’est veiller à la transparence d’un processus et définir un rôle pour les médias et les observateurs extérieurs (1). Et c’est plus que tout mettre l’humain au centre des discussions par des méthodes pédagogiques et créatives.

L’exercice qui se prépare est unique par son ambition et sa complexité. Missions Publiques contribue à cette aventure en coordonnant avec ses partenaires Teamwork, Danish board of technology, IFOK et Deliberativa – et au service de la Conférence – le design et la mise en œuvre des Panels citoyens européens. Nous savons que les citoyen-ne-s seront au rendez-vous. Le défi est ailleurs : c’est un test à très grande échelle sur la capacité des décideur-euse-s à écouter les citoyen-ne-s et à prendre en compte leur avis pour faire évoluer les politiques publiques de l’Europe mais aussi les pratiques. Une opportunité exceptionnelle de jeter les bases d’une nouvelle Europe.

Pour aller plus loin :
(1) L’Observatoire de la Conférence sur le futur de l’Europe, composé de la Fondation Bertelsmann, du European policy center, de la Fondation King Boudouin et du Stifung Mercartor, s’est constitué pour suivre les débats et produire des analyses au fil de l’eau.

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« L’Europe doit faire un pas vers ses citoyen-ne-s » https://missionspubliques.org/leurope-doit-faire-un-pas-vers-ses-citoyen-ne-s/ Wed, 09 Jun 2021 20:03:44 +0000 https://missionspubliques.org/leurope-doit-faire-un-pas-vers-ses-citoyen-ne-s/ L’article « L’Europe doit faire un pas vers ses citoyen-ne-s » est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Marie Caillaud est présidente des Jeunes Européens-France, la section française des Jeunes Européens fédéralistes (1) dont l’objectif est de rassembler celles et ceux désireux d’agir en faveur de la construction européenne. La Conférence sur l’avenir de l’Europe est, selon elle, une opportunité pour mobiliser plus largement les jeunes autour des enjeux démocratiques.

Missions Publiques. A l’heure où les débats sont très polarisés, souvent caricaturaux et où l’Europe semble de moins en moins faire rêver, quels sont les leviers sur lesquels vous vous appuyez pour organiser un débat apaisé ?

Marie Caillaud. Je suis assez en désaccord avec l’une des affirmations de la question : l’Europe telle qu’on la connait aujourd’hui traverse une crise mais ce n’est pas pour autant qu’elle nous fait moins rêver. Au contraire, elle nous oblige à nous questionner sur l’Europe que l’on souhaite. Ce n’est pas parce qu’on remet en cause le fonctionnement actuel de l’Europe qu’on remet en cause le projet européen. Simplement, il faut que l’on se questionne sur ce qui nous convient à nous Européens, si le projet démocratique est suffisant et s’il fonctionne bien. Aujourd’hui, pour nous, la réponse est non. Pour nous, la marge d’amélioration est grande, pour ce faire il faut qu’ensemble, nous mettions en place des mécanismes pour que l’Europe soit plus démocratique. Surtout, on doit réfléchir à un moyen de remettre les citoyen-ne-s au cœur de l’Europe.

Si son modèle ne fait pas rêver, le projet européen en tant que tel se présente comme l’une des solutions pour construire un avenir meilleur, et c’est bien normal au vu des crises que l’on traverse. En revanche, il est vrai que les débats restent polarisés même si l’on constate une certaine évolution dans le débat européen. Il y a quelques années, on était pour ou contre l’Europe, aujourd’hui, c’est moins le cas. L’option d’une sortie sur le modèle du Brexit par exemple n’est pas quelque chose en France qui fait consensus. On se questionne davantage sur le modèle que l’on souhaite pour une Europe des nations ou une Europe plus intégrée. Le vrai débat est là. Quel est le modèle que l’on souhaite ? Quel est le projet que l’on veut pour l’Europe ? L’Europe souffre parfois de débats caricaturaux « c’est la faute à Bruxelles » ou du phénomène de fake news. Pour un débat apaisé, on doit lutter contre ces fausses informations en démêlant le vrai du faux. L’association Jeunes Européens organise des interventions pédagogiques auprès d’un public jeune, pour que chacun puisse se faire son avis, posséder les clés de lecture et devenir un-e citoyen-ne actif-ve sur ces questions.

Nous souhaitons toucher tous les citoyen-ne-s jeunes : pas uniquement celles et ceux qui sont déjà dans la bulle européenne. Nous avons un programme pédagogique qui s’appelle Europe par les jeunes, qui vise à sensibiliser à la citoyenneté européenne et à montrer, comment l’Europe est présente dans le quotidien du citoyen. Ces interventions permettent de mettre en place des débats et des prises de position éclairées. Ce sera notre enjeu pendant la Conférence sur l’Avenir de l’Europe : donner la capacité au citoyen de se forger sa propre opinion.

« L’Europe telle qu’on la connait aujourd’hui traverse une crise mais ce n’est pas pour autant qu’elle nous fait moins rêver. Au contraire, elle nous oblige à nous questionner sur l’Europe que l’on souhaite.

Marie Caillaud

Présidente des Jeunes Européens-France

Missions Publiques. Quelles propositions portez-vous chez les Jeunes Européens ?

Marie Caillaud. Nous portons des propositions qui visent à remettre au cœur du dispositif européen. Nous, Jeunes Européens, nous avons trois grandes propositions : nous voulons que les citoyen-ne-s disposent d’un pouvoir législatif, que le Parlement européen dispose du droit de convoquer un jury de citoyens représentatifs et consultatifs tirés au sort pour favoriser la démocratie participative. En plus d’évaluer et de débattre des politiques publiques et d’associer les citoyen-ne-s aux prises de décision, cela permettrait aux citoyen-ne-s de prendre conscience aussi du processus décisionnel européen Aujourd’hui, c’est encore très flou pour la majorité des Français-e-s. Troisième enjeu : l’européanisation des partis politiques nationaux pour qu’il y ait une meilleure lisibilité de leur affiliation par rapport aux partis européens. On aurait ainsi une intégration de la dimension européenne au sein des partis politiques.

« Nous, Jeunes Européens, nous avons trois grandes propositions : nous voulons que les citoyen-ne-s disposent d’un pouvoir législatif, que le Parlement européen dispose du droit de convoquer un jury de citoyens représentatifs et consultatifs tirés au sort pour favoriser la démocratie participative. (…) Troisième enjeu : l’européanisation des partis politiques nationaux pour qu’il y ait une meilleure lisibilité de leur affiliation par rapport aux partis européens.

Missions Publiques. Vous avez été élue présidente des Jeunes européens (en septembre 2019) à 24 ans. Comment toucher vous les jeunes ? Comment les mobilisez-vous autour de questions qui souvent sont perçues comme étant loin de leur quotidien ?

Marie Caillaud. Depuis un an, les défis sont de plus en plus nombreux. Ils sont à la fois économiques, politiques, sécuritaires, environnementaux, migratoires. Au niveau européen, nous portons deux principaux défis qui correspondent aussi à une sensibilité d’une génération. Il s’agit des enjeux environnementaux et démocratiques. Personnellement, je suis convaincue que la première chose à faire, c’est rendre cette Union européenne un peu plus « sexy ». Aujourd’hui, quand on parle de l’Europe, on se sent obligé d’avoir des débats techniques, idéologiques et très portés sur le droit de l’Union européenne, ce qui exclut de facto des gens qui n’y connaissent rien. L’Europe doit faire un pas vers ses citoyens en faisant un effort de communication et de pédagogie, et en traitant des sujets qui intéressent des jeunes éloignés des questions européennes. Si les jeunes se sentent plus concernés, alors ils porteront plus d’intérêt à la question européenne.

Concrètement, nous choisissons toujours des thématiques qui parlent au public, en adaptant les questions. Nous intervenons par exemple dans des collèges de quartiers prioritaires. Il est évident que nous n’allons pas commencer par expliquer le triangle institutionnel de l’Union européenne. En revanche, si nous abordons la thématique du football en expliquant le rapport entre le football et l’Union européenne, nous captons leur attention et nous pouvons entamer les discussions. Par cette analogie, ils comprennent que la Cour de Justice des Communautés européennes a permis une révolution dans le milieu du football en autorisant à de nombreuses équipes, anglaises notamment, à dépasser le quota de trois joueurs de nationalités européennes différentes.

Missions Publiques. La Conférence sur l’avenir de l’Europe qui offre une palette de modalités de participation (plateforme numérique, Panels citoyens européens, assemblée plénière, événements locaux et nationaux). Quelles sont les conditions de réussite de ce processus ?

Marie Caillaud. A partir de la consultation en ligne et des délibérations, la Conférence doit amener à des changements. Si demain, les citoyen-ne-s s’entendent sur une révision des traités, alors il faudra respecter cet avis citoyen. Il faut également tirer les leçons de la Convention citoyenne pour le climat, dont le processus a été une réussite sur bien des points mais dont l’impact final a été décevant pour la jeune génération. C’est aussi à nous, Jeunes Européens, de faire un effort pour les mobiliser.

La traduction immédiate dans toutes les langues des propositions qui sont déposées sur la plateforme, est très intéressante car cela permet aussi à des jeunes qui n’ont pas l’opportunité de discuter avec l’ensemble des Européen-ne-s des 27 pays. Cet effort de traduction instantanée est important pour que les jeunes se sentent acteur-trice-s du processus. Le risque selon moi, c’est que les pro-européens ne se mobilisent pas et laissent le terrain aux europhobes. Mais j’ai envie de croire qu’il s’agit là d’un véritable exercice démocratique.

Pour aller plus loin :
(1) Les jeunes européens fédéraliste est une association qui regroupe les adhérent-e-s de moins de 35 ans du Mouvement européen.

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