Archives des transition - Missions Publiques https://missionspubliques.org/tag/transition/ Mon, 27 Jan 2025 14:03:08 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.5 https://missionspubliques.org/wp-content/uploads/2021/03/favicon.png Archives des transition - Missions Publiques https://missionspubliques.org/tag/transition/ 32 32 La Maison de la transition écologique et solidaire à Corbeil-Essonnes : un espace pour agir ensemble https://missionspubliques.org/la-maison-de-la-transition-ecologique-et-solidaire-a-corbeil-essonnes-un-espace-pour-agir-ensemble/ Mon, 27 Jan 2025 13:48:58 +0000 https://missionspubliques.org/?p=11392 L’article La Maison de la transition écologique et solidaire à Corbeil-Essonnes : un espace pour agir ensemble est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Comment écouter ce qu’on n’entend pas ? https://missionspubliques.org/comment-ecouter-ce-quon-nentend-pas/ Wed, 24 Apr 2024 10:03:19 +0000 https://missionspubliques.org/?p=10759 L’article Comment écouter ce qu’on n’entend pas ? est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Le donut, une boussole pour réussir ensemble les transitions? https://missionspubliques.org/le-donut-une-boussole-pour-reussir-ensemble-les-transitions/ Wed, 25 Oct 2023 11:54:56 +0000 https://missionspubliques.org/?p=9497 L’article Le donut, une boussole pour réussir ensemble les transitions? est apparu en premier sur Missions Publiques.

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« Combiner un sujet émergent et des publics oubliés » https://missionspubliques.org/combiner-un-sujet-emergent-et-des-publics-oublies/ Mon, 30 May 2022 10:17:41 +0000 https://missionspubliques.org/?p=6900 L’article « Combiner un sujet émergent et des publics oubliés » est apparu en premier sur Missions Publiques.

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« La transition écologique est fondamentalement pluridisciplinaire et même pluripartite » https://missionspubliques.org/la-transition-ecologique-est-fondamentalement-pluridisciplinaire-et-meme-pluripartite/ Tue, 12 Apr 2022 08:02:54 +0000 https://missionspubliques.org/?p=6577 L’article « La transition écologique est fondamentalement pluridisciplinaire et même pluripartite » est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Convention citoyenne locale pour le climat d’Est Ensemble : le regard de Matthieu Sanchez https://missionspubliques.org/convention-citoyenne-locale-pour-le-climat-dest-ensemble-le-regard-de-matthieu-sanchez/ Wed, 09 Feb 2022 10:22:30 +0000 https://missionspubliques.org/?p=5867 L’article Convention citoyenne locale pour le climat d’Est Ensemble : le regard de Matthieu Sanchez est apparu en premier sur Missions Publiques.

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« Résoudre la dissonance entre urgence écologique et priorités économiques » https://missionspubliques.org/resoudre-la-dissonance-entre-urgence-ecologique-et-priorites-economiques/ Thu, 08 Jul 2021 08:53:12 +0000 https://missionspubliques.org/?p=4306 L’article « Résoudre la dissonance entre urgence écologique et priorités économiques » est apparu en premier sur Missions Publiques.

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La Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) démarre en septembre. 150 dirigeantes et dirigeants vont se réunir pendant 8 mois pour co-construire les feuilles de route alignant leurs entreprises avec les objectifs européens : la réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 mais également la régénération de la biodiversité et l’écriture d’un futur économique désirable. Composition des comités, méthode, points de sortie… Eric Duverger (1), initiateur et co-fondateur de la CEC, revient pour nous sur une démarche qui a pour ambition d’essaimer.
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Missions Publiques. Vous lancez la Convention des Entreprises pour le Climat (2), qui réunit 150 dirigeant-e-s d’entreprises. Comment ont-ils/elles été sélectionné-e-s ? Les entreprises recrutées ne sont-elles pas déjà engagées dans une forme de transition écologique ?

Eric Duverger. Les participants de la Convention des Entreprises pour le Climat sont recrutés et c’est là le point de différence principal avec la Convention Citoyenne qui a tiré les siens au sort. Pourquoi ce choix ? Car un dirigeant d’entreprise a par nature un agenda très chargé et lorsqu’il ou elle s’exprime, c’est rarement en son nom propre mais au nom de ses employés et de ses parties prenantes. Lorsqu’on touche aux sujets climat, biodiversité, pollutions, déplétion des ressources naturelles, les entreprises sont tout autant au cœur du problème que de la solution et l’on tombe vite dans de vifs débats “économie versus écologie”. Employés, parties prenantes et opinion publique peuvent ne pas être d’accord entre eux et cela peut vite générer des crispations quand on ne se sent pas à l’aise avec le sujet.

Il y a donc un travail de conviction à faire : la CEC va être un exercice de sortie de sa zone de confort et c’est à nous de prouver que le jeu en vaut la chandelle. Pour cela, nous insistons sur le fait que la CEC est un exercice parfaitement complémentaire aux transitions déjà engagées : là où la définition d’une politique RSE est un exercice isolé, le but de la CEC est de faire fonctionner l’intelligence collective. Nous ferons interagir des personnes et des secteurs qui ne se parlent jamais mais qui sont pourtant liés par les mêmes enjeux planétaires.

Certaines sont déjà très ambitieuses, d’autres sont au tout début de leur transition, les 90 premières entreprises de la CEC ont candidaté pour participer à un formidable accélérateur de mise en marche collective. Elles comprennent que l’enjeu de tous les enjeux est la transition coordonnée d’industries, de filières, de régions entières. C’est d’ailleurs sur ces bases que nous avons construit nos critères de sélection : des clés de répartition par secteur d’activité, géographie et taille d’entreprise traduites en objectifs de recrutement qui expriment toute la richesse et la diversité de l’économie française. Le seul critère sur lequel nous avons décidé de ne pas être représentatifs de l’économie française, c’est celui de la proportion de femmes dirigeantes. A ce titre, nous sommes fiers d’avoir annoncé une sélection de 15 femmes et 15 hommes dans notre troisième vague de recrutement.

Enfin, il y a un critère, subjectif celui-là, qui complète notre démarche : nous recrutons des dirigeantes et dirigeants dont nous percevons la capacité à influencer et inspirer au-delà de leur propre organisation, car 150 entreprises, c’est beaucoup et très peu à la fois.

« Là où la définition d’une politique RSE est un exercice isolé, le but de la CEC est de faire fonctionner l’intelligence collective.

Eric Duverger

Initiateur et co-fondateur de la CEC

Missions Publiques. La démarche et la méthode choisies sont proches de celles de la Convention citoyenne (réduction des émissions de GES (à 55% pour vous aligner  – 8 mois, 6 thématiques, des garants et des experts indépendants). Qui sont les garants et les experts indépendants et quel est leur rôle ? Vous avez, par ailleurs, recruté des « participants étudiants » dans le comité. Pourquoi ?

Eric Duverger. Notre comité de garants est quasiment finalisé, nous sommes extrêmement heureux d’y compter neuf très belles et fortes personnalités. Une très grande diversité d’engagements est représentée avec Arnaud Leroy de l’ADEME, Fabrice Bonnifet du C3D, Paola Fabiani du Comex40 du MEDEF, Yann Arthus-Bertrand et sa fondation GoodPlanet, Matthieu Auzanneau du Shift Project, Patricia Savin d’Orée, Anne Mollet de la Communauté des Entreprises à Mission, Léa Falco de Pour Un Réveil Écologique, et enfin Grégoire Fraty, co-président de l’association des 150 de la Convention Citoyenne pour le Climat. C’est là toute la force de ce comité dont le rôle est triple : garantir l’exigence de la CEC par rapport à l’ambition annoncée, apporter un éclairage extérieur bienveillant sur les avancées des 150 et participer à la résonance de la CEC dans le tissu économique français.

Spécifiquement, la participation du monde étudiant est cruciale à nos yeux : nous n’avons plus le temps de déléguer les indispensables transformations aux générations futures. Ce sont eux qui vivront avec les conséquences de nos actions. Il est donc normal de les inclure dans la démarche et de faire peser leur voix dans les débats. Le mouvement Pour Un Réveil Écologique, membre de notre comité de garants, a notamment déjà marqué l’histoire : plus de 30,000 étudiants ont élevé la voix pour faire comprendre au monde économique, à leurs parents, qu’ils ne voulaient pas du monde qui se prépare. Le monde économique les a très clairement entendus.

Aussi, plusieurs des sessions de la CEC auront lieu sur des campus étudiants (ESTP Cachan, Audencia Nantes, EM Lyon, HECTAR, une toute nouvelle Ecole d’Agriculture), ce qui permettra de mettre le monde étudiant en contact direct avec 150 dirigeants en train de réfléchir au monde d’après.

 

Missions Publiques. Un des écueils de la Convention citoyenne a été très certainement l’annonce de reprendre « sans filtre » les propositions. A quoi s’engage la CEC comme point de sortie ?

Eric Duverger. L’engagement de la CEC, c’est en premier lieu celui de ses participants. Les 150 entreprises représentées vont évaluer, définir et amplifier leur stratégie environnementale (climat, biodiversité, ressources naturelles) à horizon 2030.

L’idée est qu’en sortie de convention, elles soient en position d’expliquer clairement ce qu’elles feront de plus, de mieux, mais aussi peut-être ce qu’elles arrêteront de faire ou ce qu’elles feront différemment. La force de leur engagement sera prouvé dans le temps, jusqu’en 2030. Cela peut sembler moins concret que proposer 149 textes de loi, mais dans le monde de l’entreprise, la meilleure preuve d’engagement, c’est ce qu’on fait et c’est l’argent qu’on investit pour se transformer.

Il y a un deuxième point de sortie qui s’ajoute à cela : les demandes au monde politique. Les 150 dirigeants de la CEC vont commencer par s’engager eux-mêmes, pour être ensuite légitimes à exprimer au gouvernement, au législateur, aux institutions : “voilà notre nouvelle trajectoire et voilà ce dont nous avons besoin de la part du secteur public pour maintenir ce cap mais également pour encourager le reste de notre secteur à franchir le pas”. Beaucoup d’éléments de solution à nos défis environnementaux sont connus – il est “simplement” difficile de faire franchir le pas à tout le monde en même temps : il y a une sorte de dilemme du prisonnier à grande échelle qui se joue. Nous sommes convaincus que le secteur public va profiter du récit volontariste et positif de la CEC pour jouer pleinement son rôle et effacer ce dilemme dans les temps.

 

Missions Publiques. Vous avez identifié 6 livrables « systémiques » (formation, comptabilité-indicateurs, finance-actionnariat, business-models circulaires, marketing éco-responsable, gouvernance). Sont-ils les traductions opérationnelles, dans les entreprises, des trajectoires identifiées dans les thématiques ? Comment les dirigeant-e-s peuvent-ils/elles s’engager pour leur entreprise ?

Eric Duverger. Absolument. Chacun de ces leviers systémiques fait déjà partie de la stratégie de chaque entreprise en France et dans le monde, de la plus engagée à la moins engagée. Ils recouvrent des disciplines qui sont pratiquées et font l’objet de recherche depuis des dizaines voire des centaines d’années. Regarder les sujets environnementaux à travers le prisme de ces disciplines, c’est d’une part parler le langage des dirigeants, d’autre part leur prouver qu’ils sont déjà en grande partie intellectuellement équipés pour s’attaquer aux problèmes.

Plus une entreprise grandit en taille, plus chacun de ces 6 leviers mobilise de collaborateurs – l’engagement des dirigeantes et dirigeants engagés dans la Convention sera donc d’apprendre pour transmettre et donner le pouvoir à leurs collaborateurs de s’emparer de chacun des sujets.

 

Missions Publiques. L’impact médiatique peut permettre un mouvement d’entraînement plus général. En interne, c’est-à-dire au sein des entreprises, comment s’assurer que les changements seront engagés ? Avez-vous prévu une évaluation de la démarche ?

Eric Duverger. Si la participation des dirigeantes et dirigeants ne se traduit pas en actions concrètes à l’impact durable, la CEC n’aura pas servi à grand-chose, c’est sûr. Nous interagissons déjà beaucoup avec les dirigeants des trois premières vagues de recrutement et nous ressentons une extraordinaire envie de profiter de la force collective pour passer à l’action : nous n’avons aucun doute, il va se passer quelque chose de très fort.

C’est aussi notre rôle d’aller au-delà pour préparer la résonance de la CEC à l’intérieur de chacune des 150 entreprises mais aussi à l’extérieur vers tout le tissu économique français. Nous avons constitué une équipe « démultiplication » qui va accomplir cette mission, notamment fournir des outils de mesure de la transition intérieure des participants et de la redirection de leurs organisations. Cela passera par des systèmes de questionnaires avant, pendant et après la CEC pour assurer un suivi régulier dans la durée et démontrer la force de notre démarche : lorsque les dirigeants prennent le temps de sincèrement se pencher sur l’urgence climatique et écologique, tout redevient possible.

 

Missions Publiques. L’évolution du concept est très favorable à produire un impact sérieux dans le débat et le dispositif envisagé est de nature à essaimer aussi bien à une échelle locale qu’à une échelle internationale. Quelles sont les prochaines étapes que vous visez ?

Eric Duverger. Une première CEC à succès permettra assurément d’envisager une trajectoire économique plus souhaitable et d’ouvrir beaucoup de portes. Nous avons déjà de nombreuses idées pour amplifier l’impact de la CEC avec des déclinaisons plus locales ou sectorielles. Pour que cela fonctionne, nous envisageons de condenser notre méthodologie en une boîte à outils dont d’autres équipes bénévoles pourraient s’emparer avec notre soutien, un peu comme TED et les TEDx. Il y a ensuite naturellement la dimension internationale : nous avons des discussions préliminaires avec des acteurs intéressés aux Pays-Bas, en Belgique, au Royaume-Uni… La propagation de la CEC pourrait être un magnifique projet à faire soutenir par l’Union européenne dans le cadre du Green Deal.

(1) Après un parcours d’une vingtaine d’années chez Michelin dans des fonctions Finances, Marketing, Stratégie, Eric Duverger décidé, à son retour des Etats-Unis en juillet 2020, de prendre 2 années sabbatiques dédiées à la transition écologique en lançant l’initiative de la CEC.
(2) La CEC est constituée en association avec une équipe d’une trentaine de bénévoles : https://cec-impact.org/association/

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« Une claque climatique et démocratique » https://missionspubliques.org/une-claque-climatique-et-democratique/ Wed, 10 Mar 2021 14:13:55 +0000 https://missionspubliques.org/?p=3363 L’article « Une claque climatique et démocratique » est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Grégoire Fraty est un des 150 tirés au sort de la Convention citoyenne pour le climat. 18 mois de travaux qui l’ont fait passer de citoyen ordinaire à citoyen militant. Un engagement « marathon » qu’il compte bien faire fructifier désormais dans sa vie de tous les jours, et pourquoi pas en politique. Il revient pour nous sur son livre (1) et la dernière session de la Convention.

Missions Publiques : Dans votre livre, vous dites « une convention citoyenne ne doit pas être un séminaire abrutissant, elle doit au contraire être vivante, en mouvement, pour répondre aux injonctions de la vie démocratique citoyenne ». Pourtant, les membres de la Convention ne se sont pas beaucoup affranchis du mandat. Comment l’expliquez-vous ?

Grégoire Fraty : Nous sommes tout de même parvenus à nous extirper un petit peu du mandat en décrochant notamment des temps de travail sur l’éducation, ce qui n’était pas prévu. Le plus compliqué a été d’obtenir des temps de travail sur la Constitution alors que les mesures qui en découlent n’ont pas un impact direct sur les émissions de gaz à effet de serre. Nous aurions aussi souhaité traiter de biodiversité, sans succès sur ce point. La vraie complexité résidait dans la présence d’un comité de gouvernance très fort et face à cela, une absence de collectif citoyen organisé permettant de porter une voix commune. Les citoyennes et les citoyens présents au sein du comité de gouvernance étaient tirés au sort, leur légitimité était donc très fragile vis-à-vis des autres. Pour s’extirper du mandat, c’était un vrai combat ! C’est pour cela que nous avons demandé à avoir des temps internes aux 150, sans animateur ni comité de gouvernance. Puis, l’idée de créer l’association des 150 a émergé pour porter une parole collective citoyenne. Là encore, c’est une sortie de route puisque la question du suivi ne figurait pas dans le mandat. En réalité, nous avons eu 9 mois de Convention, et 9 mois de suivi. La moitié s’est donc réalisée hors mandat. C’est notre outil, notre identité, notre propre voix.

Missions Publiques : « Nous faisions de la politique malgré nous » dites-vous. L’association des 150 n’est-elle pas une association politique, au sens où elle entend peser sur la société par ses actions, suivre les mesures, soutenir des démarches au local etc. ? N’est-il pas temps de tourner la page de « conventionnel » ?

Grégoire Fraty : Elle est plutôt non partisane. Quand j’ai co-fondé l’association, nous avons fait inclure une ligne qui précise que cette association ne pourra jamais soutenir un parti ou un candidat. L’idée était d’éviter d’en faire une énième force militante mais une base citoyenne. Alors oui, nous faisons de la politique mais au sens noble du terme et nous rencontrons tous les courants, de Valérie Pécresse à François Rufin, de la CGT au Medef… Pour moi, le temps du collectif est fini. Je suis pour que nous retournions à notre vie de citoyen, à notre vie quotidienne, pour parler à nos voisines et voisins. Certain-e-s vont s’engager dans l’associatif, d’autres vont s’investir en politique dans les prochaines semaines… très à gauche, chez les Verts mais aussi à droite.

Au travers des votes de la dernière session, j’ai ressenti un certain clivage entre les citoyennes et citoyens qui ont pris une posture politique, celles et ceux qui ont pris une posture factuelle, d’autres plus d’engagés. Cette dernière session n’était pas une session joyeuse, c’était une session âpre, pleine d’amertume et de confrontations. Preuve que l’exercice a fait son temps. 18 mois, c’est très long et forcément ça « change » la ou le citoyen lambda tiré au sort. Je suis contre la professionnalisation du citoyen, il faut donc faire attention à la longueur de ces démarches.

L’investissement de la France sur cette convention citoyenne a été de former 150 personnes pour qu’elles deviennent des citoyennes et des citoyens éclairés.

Missions Publiques : Citoyen tiré au sort, bénévole associatif, militant de la cause climatique… le retour à la « normalité » est-il vraiment ce que vous envisagez ?

Grégoire Fraty : Nous avons fait de la politique pendant 18 mois, nous avons été noyés dans les institutions républicaines. Nous avons beaucoup appris sur l’aspect climatique, mais aussi énormément sur l’aspect démocratique, voire autant. C’est pour cela que je parle de double claque dans mon livre. Nous nous sommes formés : sur le rôle des institutions, sur l’aspect médiatique, sur comment parler aux expert-e-s, aux élu-e-s, pendant les réunions publiques. L’investissement de la France sur cette convention citoyenne a été de former 150 personnes pour qu’elles deviennent des citoyennes et des citoyens éclairés. J’ai l’impression que je dois faire fructifier cette expérience. Mon engagement en tout cas est de continuer à titre personnel. Ce n’était pas du tout dans ma nature. Avant la Convention, mes loisirs étaient la lecture, les jeux vidéo et le piano. Pas une seule fois le week-end, je donnais du temps à une association. Mon investissement, c’était mon travail (2). Aujourd’hui, je suis prêt à passer mes week-ends à m’engager au service du climat. Je ne veux pas m’arrêter.

Missions Publiques : Comment toucher plus largement ? Comment passer des 150 aux 67 millions de Français ? Vous dites « regretter » que la France ait la culture du plébiscite mais pas du référendum. Est-il, à vos yeux, un outil pour permettre ce changement d’échelle ?

Grégoire Fraty : Une partie de nos mesures vont dans ce sens. Par exemple, nous avons préconisé deux heures d’environnement et de développement durable toutes les semaines au collège et au lycée. Mais un des mesures qui permet de s’adresser plus largement aux Françaises et Français, c’est le référendum sur l’article 1 de la Constitution (3). Il pourrait y avoir un grand basculement sociétal à ce moment-là avec un grand débat climatique au niveau national, avec les « pour », les « contre », des spots télévisés afin que toutes et tous puissent avoir ce débat dans les maisons… Sur le volet de la formation professionnelle, nous demandons la création d’une journée par an consacrée aux gestes écoresponsables, comme pour le secourisme au travail. Je ne suis pas un expert mais je suis quelqu’un d’informé et de sensibilisé. J’ai bien conscience que nos 149 mesures seront acceptables pour des citoyennes et citoyens informés et sensibilisés comme je l’ai été.

Concernant le référendum, j’aimerais bien prouver qu’il ne s’agit pas ici de référendums plébiscitaires. Les Français-e-s ne sont pas habitué-e-s à ce qu’on leur demande leur avis, en dehors des périodes électorales comme cela peut se faire en Suisse par exemple. A mon avis, les citoyen-ne-s seraient prêt-e-s à se déplacer tous les 6 mois ou une fois par an pour répondre à 2/3 grandes questions (4). Mais ce n’est pas dans notre ADN institutionnel. Rien que pour modifier l’article 1, c’est un chemin de croix avec le Sénat alors qu’il s’agit d’une question consensuelle.

Missions Publiques : La Convention a proposé « seulement » trois mesures à référendum. Vous avez remis vos propositions aux mains des élus. C’est un signe de confiance dans les institutions ?

Grégoire Fraty : C’est finalement rassurant ce vote renvoyant la responsabilité sur les institutions nationales. Il y a des membres de la Convention qui ne votaient pas avant et qui se présentent aujourd’hui sur des listes électorales. Avec le recul, cela fait sens notamment par rapport à la critique sur notre légitimité. Nous ne l’avons pas conçue en opposition à celles des élu-e-s et nous avons tout de suite compris que la Convention avait sa place dans les institutions et non pas dans la confrontation. Notre mandat le stipulait par ailleurs : une place entre le Gouvernement et le Parlement. Il aurait été plus simple d’ailleurs d’avoir une place « à côté ».  Mais cette place, nous l’avons trouvée. Aujourd’hui, les parlementaires s’adressent à nous sur le fond. C’est un vrai plaisir de démarrer une audition à l’Assemblée nationale sans avoir à justifier qui je suis, d’où je parle etc.

Missions Publiques : Revenons à la dernière session de la Convention qui a voté sur la prise en compte des propositions par le Gouvernement. Sur les six grands thèmes, aucune mesure n’a obtenu la moyenne (5). D’un côté, un petit nombre de membres avait décidé de voter zéro à tout et de l’autre, une des rares mesures reprise « sans filtre » (à savoir la modification de la Constitution) a obtenu la note de 6/10. Comment analysez-vous cela ?

Grégoire Fraty : Il y a en effet une vingtaine de personnes qui ont joué le jeu du tout ou rien et ont décidé d’utiliser l’expérience. Elles ont donc voté sans prendre en compte les heures que nous avions eu au préalable avec le groupe d’appui, où nous avions relevé qu’une dizaine de mesures avaient été reprises et étaient en vert dans notre tableau de suivi. La modification de l’article 1 n’a obtenu que la note de 6/10 alors que c’était mot pour mot notre mesure… C’est une réponse politique donc que je ne juge mais qui ne répond pas à la question posée. En votant entre 0 et 6, et si la note finale est de 3,3, c’est donc la moyenne. Voilà l’analyse que j’en fait. Si nous avions eu un véritable vote, factuel, nous aurions quand même obtenu des mauvaises notes, mais elles auraient été analysables. Aujourd’hui, les politiques vont s’en dédouaner car ces notes n’ont pas de valeur. Encore une preuve que la Convention citoyenne est terminée et que le temps politique a repris ses droits.

A la question « la Convention citoyenne pour le climat a-t-elle été utile », la note a été de 2/10. A la question « Faut-il d’autres Conventions citoyennes », le résultat est de 7/10 ! C’est incohérent. Les citoyen-ne-s savent pertinemment qu’ils/elles n’ont pas servi-e-s à rien. Au début de la Convention, nous étions à 90% pessimistes. Aujourd’hui, une dizaine de mesures sont passées. Il aurait été plus utile d’organiser un vote en début de Convention pour juger des attentes, et à la fin de les analyser plutôt qu’organiser un vote sur notre niveau de satisfaction du Gouvernement. Nous avons été très ambitieux-se-s. Je vais même aller plus loin : aucun-e d’entre nous n’avaient l’espoir que nos 149 propositions passent. Le « sans filtre » a été interprété différemment mais comme le dit Sylvain (un autre citoyen), il a été notre « poison » pendant les débats.

Nos mesures n’ont pas de date de péremption, elles vont continuer à vivre !

Missions Publiques : Selon l’Observatoire des multinationales (6), les lobbies industriels ont mené « une guerre de l’ombre » contre la Convention et l’auraient donc sabotée. Qu’en pensez-vous ?

Grégoire Fraty : Nous avons écouté tout le monde : de l’artisan qui militait pour rénover à la paille à la fédération française des bâtiments, qui nous alertait sur le manque de paille etc. Nous leur avons donné un poids, nous ne pouvons pas reprocher au Gouvernement de le faire aussi. En revanche, il me semble que certains arbitrages ne sont pas justes. Certaines mesures ont été détricotées pour de funestes raisons comme la mesure sur la régulation de la publicité. A l’avenir, je souhaiterais bien voir une vraie régulation de la publicité, une nouvelle loi Evin : une loi forte qui permettrait de changer le quotidien des Français-e-s et leurs modes de consommation. Mais nos mesures n’ont pas de date de péremption, elles vont continuer à vivre !

Missions Publiques : Au vu de votre engagement tout au long de ces 18 mois, vous êtes favorable à la reconnaissance d’un statut de citoyen participant (7)… et quelles futures conventions citoyennes imaginez-vous ?

Grégoire Fraty : Je considère que les citoyennes et les citoyens doivent avoir les moyens de remplir leur mandat dans ce type d’exercices, qu’ils soient à un niveau national ou régional, comme la Convention citoyenne Occitanie par exemple. Derrière ce mandat, il y a des droits et des devoirs. Certains membres ont travaillé nuit et jour, y ont passé des week-ends entiers. Sur les 18 mois, j’ai pris 3 semaines de congé sans solde et je ne compte pas le temps pris sur ma vie personnelle. En étant cadre et en télétravail, je pouvais le faire et j’étais content de le faire. C’est illogique en revanche que des personnes qui ont un cadre de travail plus contraint, moins d’aisance financière ou des employeurs moins compréhensifs ne puissent pas le faire. Ce statut permettrait tout simplement de répondre à une commande publique.

Je verrais bien des futures conventions citoyennes sur la fin de vie ou le 4e âge, qui engloberait des questions de retraite, d’euthanasie, de prise en charge ; pourquoi une convention sur la légalisation du cannabis avec la place des drogues et de l’économie souterraine et enfin une convention sur le travail avec tous les sujets autour de l’emploi, de la manière dont on conçoit les contrats, la place des syndicats etc. Des conventions citoyennes sur des grands sujets de société qui donnent l’occasion à l’intelligence citoyenne de s’épanouir. Le climat, c’était parfait.

(1) « Moi, citoyen, l’aventure de la Convention citoyenne pour le climat vue de l’intérieur », Grégoire Fraty en collaboration avec Ondine Khayat, éditions First, février 2021.
(2) Grégoire Fraty travaille dans l’insertion et la formation professionnelle.
(3) Une des mesures de la Convention est de modifier l’article 1 de la Constitution en ajoutant « La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique ».
(4) Voir notre interview d’Hélène Landemore qui décrit la démocratie du 21e siècle
(6) Lire le rapport de l’Observatoire des multinationales publié par le journal Reporterre
Crédit photo : Katrin Baumann

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Réchauffement climatique : quand les citoyen-ne-s ont un coup d’avance https://missionspubliques.org/rechauffement-climatique-quand-les-citoyen-ne-s-ont-un-coup-davance/ Thu, 11 Feb 2021 10:48:53 +0000 https://missionspubliques.org/?p=3255 L’article Réchauffement climatique : quand les citoyen-ne-s ont un coup d’avance est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Les gouvernements de nombreux pays hésitent encore à prendre des mesures fortes pour lutter contre le réchauffement climatique, considérant que les citoyen-ne-s ne sont pas prêt-e-s. En 2015, un débat citoyen planétaire sur le climat et l’énergie (WWViews on climate and energy) avait tordu le cou à cette (fausse) idée. Et si on les avait écouté-e-s ?

On parle beaucoup de « l’affaire du siècle » et de la condamnation de l’Etat français pour son inaction climatique. Plus de 5 ans après l’accord de Paris sur le climat et l’engagement de 195 pays à contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°, force est de constater que les Etats n’ont pas vraiment « respecté la trajectoire » pour réduire leur émission de gaz à effet de serre et contenir le réchauffement climatique. La société a, de son côté, bel et bien bougé : phénomène Greta Thunberg, grèves étudiantes pour le climat, Convention citoyenne… En 2015, un débat citoyen planétaire sur le climat et l’énergie, avait été organisé pour nourrir la COP21. 10 000 citoyen-ne-s de 76 pays y avait participé. Leurs attentes n’ont pas malheureusement pas pris une ride.

Le changement climatique : un accord international, une priorité nationale

Les citoyen-ne-s du monde entier aspiraient fortement à ce que leurs décideurs politiques prennent des mesures ambitieuses contre le changement climatique. Il y a 6 ans, déjà 78% des citoyen-ne-s du monde se sentaient très concerné-e-s par les changements climatiques : 82% en Afrique et 87% dans les îles. Pour 2 citoyen-ne-s sur 3, les mesures pour lutter contre les changements climatiques étaient une opportunité pour améliorer leur qualité de vie. A l’époque, les résultats des négociations des Nations Unies sur le climat depuis 1992 étaient jugés insuffisants. Et 63% considéraient que tout devait être fait à Paris pour limiter le réchauffement de la température à 2°C. L’accord de Paris adopté quelques mois plus tard allait dans ce sens. Il est aujourd’hui ratifié par 188 pays mais depuis 5 ans, les émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial ont atteint un niveau historique[1] et les rejets de CO2 ont augmenté de 5% entre 2015 et 2019.

Bien que les participant-e-s manifestaient une nette préférence pour un accord international sur le changement climatique, elles/ils soutenaient l’action dans leurs propres pays. 89 % des participant-e-s jugeaient que le changement climatique devait être une priorité nationale, et pour 79%, leur pays devait réduire ses émissions de gaz à effet de serre, même si les autres pays ne prenaient pas de mesures. Ce résultat était cohérent avec l’opinion partagée par de nombreux citoyen-ne-s selon laquelle la lutte contre le changement climatique constituait une opportunité plutôt qu’une menace. Un message clair était alors envoyé aux décideurs politiques : l’échec d’un accord international ne pourrait servir d’excuse à l’inaction au niveau national.

[1] Cf dernier bilan sur l’action climatique du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) https://www.unenvironment.org/emissions-gap-report-2020

Un message clair était alors envoyé aux décideurs politiques : l’échec d’un accord international ne pourrait servir d’excuse à l’inaction au niveau national.

Une taxe carbone / une équité et un partage des efforts 

Concernant les outils pour lutter contre le changement climatique, il est intéressant de noter que, globalement, 88% des citoyen-ne-s se disaient favorables à une taxe carbone et la majorité d’entre elles/eux souhaitaient qu’elle s’applique à tous les pays, mais avec des coûts plus élevés pour les pays qui ne réduisaient pas leurs émissions. Les citoyen-ne-s les plus hostiles étaient ceux des États-Unis, de Russie ou de Chine. Parmi les outils privilégiés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les programmes éducatifs destinés au grand public arrivaient en tête : 78% (valeur pratiquement constante dans tous les pays). Enfin, 45% des citoyen-ne-s souhaitaient que l’on arrête toute exploration pour trouver des combustibles fossiles. Et résultat surprenant : les citoyen-ne-s des pays exportateurs de pétrole étaient tout de même 34% à approuver cette mesure.

À l’inverse du fort soutien dont bénéficie la taxation du carbone, sa tarification peinait à convaincre, les citoyen-ne-s préférant subventionner les énergies renouvelables et soutenir la recherche et le développement de solutions à faibles émissions de carbone. De manière générale, les citoyen-ne-s ont une préférence pour les mesures incitatives et les subventions parmi les mécanismes visant à réaliser des réductions importantes d’émissions de gaz à effet de serre. Il est difficile sur ce point de ne pas faire de parallèle avec les mesures de la Convention citoyenne pour le climat.

Pour une grande majorité de citoyen-ne-s, les pays à haut revenu devaient payer plus que le montant convenu pour l’atténuation et l’adaptation des pays à faible revenu (100 milliards de dollars). Une très large majorité considéraient par ailleurs que les contributions du secteur privé devaient être comptabilisées. Plus de la moitié des citoyen-ne-s se disaient favorables à la création d’une troisième catégorie de pays, les pays en développement les plus riches, avec plus de responsabilités.

Faire des promesses et les tenir

Si l’Accord de Paris n’a pas (encore ?) tenu ses promesses, il reste malgré tout une référence car il a créé les conditions « d’une progression spectaculaire » des solutions et des marchés bas carbone, selon un rapport du cabinet Systemiq [2]. Ce qui est notable, c’est le décalage entre les attentes des citoyen-ne-s et le temps des décisions ; entre les engagements pris par les Etats et la prise de conscience de l’urgence climatique au sein de la population. Le débat citoyen planétaire nous apprenait également que les citoyen-ne-s voulaient prendre part au choix des politiques à adopter dans la lutte contre le changement climatique. Elles/ils voulaient être entendu-e-s et considéré-e-s comme des acteur-trice-s du processus de décision, plutôt que d’être simplement soumis-e-s aux mesures prises par d’autres.

Bien que les résultats révèlent plusieurs différences entre les pays, celles-ci sont moins significatives que la tendance générale au niveau mondial : les citoyen-ne-s encourageaient fortement une limitation du réchauffement climatique à moins de 2 degrés Celsius en 2100 (comparé au niveau de l’époque préindustrielle), tel que cela avait été convenu par la communauté internationale, à Copenhague, en 2009. L’appui apporté à ces objectifs, de court et long terme, juridiquement contraignants, montrait que les citoyen-ne-s voulaient s’assurer que les engagements pris seraient également tenus. Elles/ils voulaient aussi que leurs dirigeants assument la responsabilité de leurs promesses.

Elles/ils soutenaient alors l’initiative qui proposait que les pays actualisent leurs engagements climatiques tous les cinq ans et soumettent des comptes rendus annuels des progrès. Alors imaginons ce que la COP 26 de Glasgow (reportée en novembre 2021 à cause de la pandémie) pourrait être : un moment de présentation des engagements nationaux co-évalués avec des participant-e-s de chaque pays. Tachons cette fois-ci de ne pas passer à côté de l’accélération de la transition que les citoyens peuvent constituer.

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« Faire connaître les désirs des gens, ça permet de voir le monde différemment » https://missionspubliques.org/faire-connaitre-les-desirs-des-gens-ca-permet-de-voir-le-monde-differemment/ Thu, 11 Feb 2021 10:20:27 +0000 https://missionspubliques.org/?p=3247 L’article « Faire connaître les désirs des gens, ça permet de voir le monde différemment » est apparu en premier sur Missions Publiques.

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Sylvie Landriève est co-directrice de Forum Vies Mobiles. L’institut de recherche, créé en 2011 par la SNCF, travaille de manière autonome sur la mobilité physique et sociale avec comme objectif de préparer la transition vers des modes de vie désirés et plus durables. Convaincue que les gens sont les meilleurs experts de leur propre vie, Sylvie Landriève revient sur le Forum Citoyen des Vies Mobiles, une démarche participative pour associer les citoyen-ne-s à la construction de nouveaux modes de vie.

Missions Publiques. En tant qu’institut de recherches, vous pilotez et commanditez de nombreuses études (recherche universitaire, sondage ou focus groupe etc.). Qu’apportent les forums citoyens à ces dispositifs ?

Sylvie Landriève. Pour le Forum Vies Mobiles, la mobilité est un terme polysémique. Nous étudions la place que les déplacements prennent dans les modes de vie contemporains pour que les modes de vie futurs aident à la transition écologique. Nous partons également de l’idée que les modes de vies sont le produit d’un arbitrage entre ce que nous avons envie de faire et ce qui nous est imposé. La mobilité est un sujet extrêmement quotidien et pourtant, l’avis des gens est peu demandé. Il y a donc une pertinence spécifique à organiser des forums citoyens sur ce sujet. Prenons un exemple concret : depuis le déploiement de l’automobile, à la période de l’après-guerre, les villes sont organisées de façon à laisser une place prépondérante à la voiture : tous les espaces publics sont quasiment exclusivement réservés à la circulation rapide et vous ne pouvez plus laisser les enfants jouer dans la rue. Aujourd’hui, la vie des enfants à la ville se résume à l’espace clos de la crèche, à celui de l’appartement et celui du square. Sinon, ils tiennent la main d’un adulte. A-t-on demandé leur avis aux habitant.e.s ? Sur l’organisation de la ville ? Sur la possibilité ou non que les enfants ne puissent plus jouer dans la rue ? C’est une des raisons pour laquelle nous voulons absolument avoir l’avis des citoyen-ne-s, car nous sommes convaincu-e-s que les territoires structurés par la mobilité n’auraient pas le même langage ni la même physionomie si les habitant.e.s, les touristes, et  les personnes qui y travaillent définissaient l’espace public de leur rêve.

La première raison d’organiser ces forums citoyens est donc la pertinence, la deuxième est l’efficacité. La démocratie représentative ne fonctionne pas si parfaitement pour que nous puissions considérer qu’elle suffise aux citoyen-ne-s. Le mouvement des Gilets Jaunes est pour nous extrêmement révélateur car c’est un mouvement social qui éclot sur une crise de mobilité à partir de trois décisions de la démocratie représentative top-down : la réduction de la vitesse sur les routes secondaires, l’augmentation du prix du diesel et une taxe carbone envisagée. Que disent les personnes qui se revendiquent Gilets jaunes [1] ? Elles veulent bien participer à la transition écologique mais elles veulent la garantie que leur effort serve, et que ce dernier soit égalitaire. Or les politiques fondées sur la taxation, comme celle du carburant, sont par définition inégalitaires. L’esprit de nos Forums citoyens est donc de prendre en compte la diversité des désirs et de laisser aux citoyens la possibilité de fixer les objectifs. Les idées des habitant.e.s ne sont pas uniquement le produit de la sociologie, mais elles sont aussi le fruit des rencontres, des convictions et des débats.

Missions Publiques. Quel regard portez-vous sur ces « nouvelles » formes de participation que sont les conventions citoyennes ?

Sylvie Landriève. Nous avons en effet suivi de très près la Convention citoyenne pour le climat, et particulièrement le groupe de travail « se déplacer ». C’était une façon pour le Gouvernement de réussir à sortir par le haut de la crise sociale qui a précédé en réunissant de façon représentative une centaine de citoyen-ne-s alors que les institutions ne le prévoient pas, et ce, sur un sujet primordial pour le futur. Sur le plan de la démocratie participative, il va être difficile de revenir en arrière. De ce point de vue, c’est formidable. Pour autant, nous avons décidé de maintenir notre Forum citoyen car la critique que je ferais à la Convention citoyenne pour le climat, c’est que l’objectif donné – la réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 – n’a pas été discuté. En caricaturant un peu, on a demandé aux citoyen-ne-s s’ils/elles avaient de meilleures idées que celles des expert-e-s. Inondé-e-s d’informations, ils/elles se sont transformé-e-s en petits expert-e-s. Les membres de la Convention ne sont pas positionnés sur des convictions ou sur une conception de la société (plus libérale ? plus égalitaire ? etc.. Ils ont dû choisir entre des propositions d’experts-e-s. La magie du système fait que les citoyen-e-s ne sont pas idiot-e-s et ne sont pas complétement entrés dans le schéma. Pour résumer, il y a presque un problème de fond, sur la compréhension de la démocratie participative. C’est aux citoyen-ne-s de donner l’objectif et après aux expert-e-s de se creuser les méninges pour trouver des solutions.

J’ai été auditionnée dans le groupe « se déplacer » et j’avais préparé comme une experte une proposition disruptive que j’ai rangé au dernier moment, car je suis passée après l’intervention de l’ADEME qui a présenté de façon détaillée tout ce que faisait l’Etat. Pourquoi convier les citoyens si on connaît déjà toutes les solutions ? Pourquoi l’expertise ne se discuterait pas ? Il y a bien entendu des faits indiscutables : le réchauffement climatique est d’origine anthropique, c’est un fait. Mais quel est le responsable dans l’organisation humaine du réchauffement ? Est-ce anthropocène, c’est-à-dire lié à la nature humaine ? Ou est-ce que c’est le capitalocène ? etc. Ces questions ne relèvent pas du domaine de l’expertise. C’est un débat, un point de vue sur la société, le diagnostic et les propositions pour le surmonter.

"La crise sanitaire est en quelque sorte une crise de mobilité.

Crédit photo : Forum Vies Mobiles

Sylvie Landriève

Co-directrice de Forum Vies Mobiles

Missions Publiques. Vous avez mené une enquête internationale sur les aspirations liées à la mobilité et aux modes de vie [2]. Deux tendances fortes ont émergé : le désir de proximité et le désir de ralentir. Comment analysez-vous ces résultats au regard de la crise ?

Sylvie Landriève. Si on fait le lien avec la question précédente : le désir de ralentir fait-il l’objet de la moindre politique ? Le désir de ralentir n’est pas un objectif d’experts, il n’y a pas de politique de ralentissement et pourtant nous avons interrogé 12 000 personnes et 9 personnes sur 10 désirent ralentir. Dans nos forums citoyens, nous leur demandons de décliner ce désir de ralentissement et de proximité sur des sujets qui impactent la mobilité comme le travail, les loisirs…. Dans un dispositif participatif, la perspective de travail des citoyen.ne.s est complètement renversée.

La crise sanitaire est en quelque sorte une crise de mobilité. La mobilité n’est pas, bien entendu, la raison de la crise mais elle est celle de la propagation du virus. Avant le transport rapide, la pandémie de peste s’était répandue grâce aux voies de circulation, aux anciennes routes de la soie. Là, nous avons le même phénomène par les voies aériennes et maritimes. Les grands flux de circulation et de concentration des habitations structurent la diffusion de l’épidémie. Au niveau micro, si nous analysons le vécu des Français-e-s lors du premier confinement, nous retrouvons certains points de notre grande enquête. Dans ce cas précis, le ralentissement est imposé par le confinement donc il ne s’agit pas de se féliciter de ne pas pouvoir sortir de chez soi ; en revanche, celles et ceux qui le peuvent quittent leurs petits logements pour aller dans la maison de famille, la résidence secondaire ou chez des ami-e-s dans une maison, avec jardin etc. Ce que nous retrouvons, c’est cette aspiration à vivre plus proche de la nature, et qui fait écho au fait que la crise de la Covid a un lien avec la vie urbaine et l’industrialisation de l’économie.

Autre exemple de décalage entre le désir des gens et les politiques menées : le confinement a été l’occasion d’un formidable déploiement du télétravail. Avant le premier confinement, entre 3 et 7% de la population active télétravaillaient au maximum un jour par semaine. Après le confinement, 30% de la population active télétravaillaient 5 jours sur 5. A la sortie du confinement, une personne sur deux souhaitait maintenir cette situation. Or, nous savons que les déplacements contraints sont essentiellement liés au travail. Au-delà du confinement, le télétravail pourrait être un levier au désir de ralentir. Ce que nous montre la recherche, c’est que, pour que les choses changent, il faut que les personnes puissent en faire l’expérience. Quand nous sommes obligés de changer, nous révolutionnons un peu notre schéma de pensée. C’est aussi le cas pour les entreprises, qui étaient extrêmement opposées au télétravail, selon la vieille pratique du management par le contrôle visuel. Actuellement, le droit au télétravail existe mais il n’est pas appliqué. Si le confinement est une imposition, il est l’occasion de se questionner et d’étudier ce droit.

Missions Publiques. Le Forum Vies Mobiles est financé par la SNCF et totalement indépendant scientifiquement. Comment vos travaux irriguent-ils la stratégie de l’entreprise ?

Sylvie Landriève. Nous avons une difficulté pour impacter les activités et les décisions stratégiques de la SNCF comme celles des entreprises en général car l’institut réfléchit au long terme et les entreprises se projettent à 3, 5 ans et rarement à plus de 10 ans. De leur côté, les institutions sont structurées pour penser à court terme et un élu se projette à l’horizon de son mandat. Quand nous abordons le problème du réchauffement climatique par exemple, nous devons nous projeter sur plusieurs décennies. Finalement, ceux qui se projettent le plus loin dans le temps, ce sont les citoyens qui le font au moins à l’horizon de leur propre vie et de celui de leurs enfants. Ce sont eux qui sont les plus à même de réfléchir à long terme. Le Forum Vies Mobiles s’emploie à diffuser les résultats de ses recherches auprès des entreprises et des acteurs politiques. Nous n’hésitons pas à leur présenter des scénarios de rupture, alors qu’ils sont plutôt habitués aux scénarios tendanciels. Mais nous voyons bien qu’avec la crise sanitaire, le scénario de rupture s’impose. Avec notre Forum citoyen, nous espérons changer la donne. Nous avons la volonté d’élaborer un programme citoyen et de le faire connaître le plus largement possible. Montrer ce que veulent les gens, c’est permettre de voir le monde différemment.

[2] Modes de vie et mobilité, une approche par les aspirations, enquête internationale, janvier 2015-mai 2016

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