Convention citoyenne locale pour le climat d’Est Ensemble : le regard de Matthieu Sanchez

Matthieu Sanchez est connu pour avoir participé en tant que citoyen à la Convention citoyenne pour le climat. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il a suivi, en tant que « protecteur », la Convention citoyenne locale pour le climat d’Est Ensemble. Quel regard porte-t-il sur cette démarche qui vient de s’achever ? Avoir été citoyen tiré au sort lui permet-il d’appréhender son rôle de garant différemment ?

Missions Publiques. Vous avez été « recruté » par Est Ensemble pour suivre les travaux de la Convention citoyenne locale. Quelles sont les principales différences que vous avez pu observer entre la Convention nationale et celle-ci ?

Matthieu Sanchez. Est Ensemble cherchait à avoir un panel de garants différent, composé de 2 membres désignés par la CNDP et 3 autres de la société civile. Ils ont alors contacté l’association des 150 pour trouver un citoyen proche du territoire. Donc je me suis proposé sachant que j’avais déjà participé au comité de gouvernance de la Convention Citoyenne pour la Climat, ce qui m’a permis d’avoir un regard sur son organisation.

La principale différence est que le panel de la Convention citoyenne locale d’Est Ensemble correspond à un même territoire : on est dans un champ d’action plus restreint qui permet d’aller plus vite dans les échanges, contrairement à ce que j’ai vécu en tant que participant où nous avions d’abord du prendre en compte les différences de chacun (urbains, ruraux, périurbains, outre-mer, côte atlantique, côte méditerranéenne, etc.). Ensuite, nous avons été sensibilisés aux enjeux du climat de manière différente. A la Convention citoyenne nationale, nous avons d’abord eu une « mise à niveau » avec l’intervention de nombreux experts sur le sujet. A l’inverse, les citoyens de la Convention locale ont commencé par établir leur propre diagnostic de territoire à partir de leurs vécus et de leurs expériences. Puis, ils ont été sensibilisés au sujet, grâce à la Fresque du climat, compris les enjeux et l’urgence à agir.

Au fil des sessions, j’ai vu l’évolution des citoyens avec une prise de conscience qui augmentait : la première réflexion était de dire « qu’est-ce que je peux changer dans mon quotidien ? » puis dans la ville et enfin sur le territoire. C’est pour toutes ces raisons que la fresque est intéressante, elle est ludique, ramène à la réalité et pose une base de travail solide. Si on compare avec la CCC, nous avons eu l’intervention de Valérie Masson Delmotte (1), on a tous pris une claque. Mais encore une fois, tout est une question de moyen. Même si Est Ensemble à fourni des efforts considérables pour que les citoyens puissent avoir les moyens pour réfléchir correctement et pouvoir travailler sur des outils adaptés au territoire, ce ne sont pas les mêmes qui ont été engagés par la Convention nationale.

"La participation citoyenne permet à mon sens de se réapproprier la démocratie et se rendre compte de la complexité de ce qu’est la prise de décision politique et publique.

Matthieu Sanchez

Protecteur de la Convention citoyenne locale pour le Climat d’Est Ensemble

Missions Publiques. Le fait d’avoir été citoyen tiré au sort vous a-t-il permis d’avoir un regard et une approche différente en tant que « garant » ?

Matthieu Sanchez. Oui notamment dans l’accompagnement de citoyens. C’est déjà arrivé qu’ils viennent me voir pour me consulter par rapport à ma précédente expérience. Ils avaient besoin de prendre la température pour voir s’ils allaient dans la bonne direction et si les propositions étaient logiques voir en cohérence avec nos travaux.

Par exemple, lors de la session 3, il y avait beaucoup d’énergie et les participants poussaient pour aller le plus loin possible. Mais lors du quatrième rendez-vous et le retour des services d’Est Ensemble, certains étaient confus, ils avaient l’impression de revenir en arrière. C’est à ce moment où j’ai pu expliquer que c’était un sentiment totalement justifié que nous avions eu au niveau national mais qu’en réalité, il s’agissait simplement de faire émerger de nouveaux leviers pour faire retomber la pression ou au contraire remonter le niveau. Ce travail entre les services et les participants a permis de rassurer garants et organisateurs quant au bon déroulement de la démarche. Il faut également noter que Missions Publiques a beaucoup œuvré pour que ça se passe bien, notamment grâce à son expertise et pour avoir suivi ces deux conventions.

Missions Publiques. Que pensez-vous de l’avis final et des propositions ? Et qu’est-ce que vous auriez envie de dire aux décideurs d’Est Ensemble ou plus largement aux élus ?

Matthieu Sanchez. Concernant les propositions, on retombe pas mal sur les intentions de la Convention nationale. Ce qui veut dire qu’il y a un champ commun, que des notions émergent et qu’elles peuvent être viables à différentes échelles. Elles sont de bon sens, de terrain et peuvent être plus ou moins facilement encrables sur le territoire d’Est-Ensemble. On retrouve beaucoup d’échanges sur l’éducation et la pédagogie qui sont à mon sens des leviers à développer. La plus-value de cette convention locale, c’est que les citoyens ont pu réfléchir à l’après grâce à leur droit de suite. Chance que nous n’avions pas eu lors de la Convention Citoyenne pour le Climat mais qui semble important de souligner car cela bonifie le travail collectif.

La participation citoyenne permet à mon sens de se réapproprier la démocratie et se rendre compte de la complexité de ce qu’est la prise de décision politique et publique. Ainsi, le rôle des élus est mis en lumière et inversement, aux élus de comprendre l’état des collectivités au vu des expériences quotidiennes que vivent les habitants et les usagés. Mais aussi d’avoir un regard sur les dépenses parfois folles qui ne sont plus en adéquation avec la volonté de leurs administrés. Pour finir, cet exercice est un bon moyen pour accompagner le citoyen dans sa réflexion et de la mettre en application. Pour moi, ce qu’il faut dire aux décideurs c’est « Osez ! Il faut avoir le courage politique pour prendre des engagements forts sur le long therme. Osez écouter les citoyens. ».

(1) « Une claque climatique et démocratique »

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