Archives des Associations - Missions Publiques https://missionspubliques.org/tag/associations/ Mon, 21 Feb 2022 11:23:47 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.5 https://missionspubliques.org/wp-content/uploads/2021/03/favicon.png Archives des Associations - Missions Publiques https://missionspubliques.org/tag/associations/ 32 32 Débat citoyen APF France handicap : paroles de participants https://missionspubliques.org/debat-citoyen-apf-france-handicap-paroles-de-participants/ Fri, 07 Jan 2022 08:47:18 +0000 https://missionspubliques.org/?p=5688 L’article Débat citoyen APF France handicap : paroles de participants est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
APF France handicap est une association de défense et de représentation des personnes en situation de handicap et de leurs proches. Dans le cadre de la présidentielle, l’association initie un débat citoyen sur « la protection sociale : quel modèle pour demain ? ». La particularité de la démarche est de faire se croiser les regards entre personnes en situation de handicap, aidants ou proches et citoyens hors du champ du handicap. Nous avons interrogé quelques participantes et participants sur leurs motivations.

« Dépendre de la solidarité familiale est aberrant »  

A 28 ans, Stéphanie vit séparée de son conjoint. Un choix ? Pas vraiment. S’installer en couple l’empêcherait en effet de percevoir l’AHH, l’allocation adulte handicapée (1). C’est l’une des motivations qui la pousse à franchir les portes, virtuelles, du débat citoyen d’APF France handicap sur la protection sociale de demain. « Je serais totalement dépendante financièrement de mon conjoint, qu’on soit mariés ou non. J’aimerais que les politiques comprennent qu’être en situation de handicap n’est pas un choix. C’est aberrant aujourd’hui qu’on dépende de la solidarité familiale à ce point, en entretenant la précarité et en s’appuyant sur celles et ceux qui sont déjà aidants au quotidien ».

« J’aimerais que les politiques comprennent qu’être en situation de handicap n’est pas un choix. C’est aberrant aujourd’hui qu’on dépende de la solidarité familiale à ce point. »

– Stéphanie

Un autre phénomène : les personnes en situation de handicap sont, pour la plupart, contraintes d’être locataires à vie. « Ce n’est pas avec 900 euros par mois que je peux envisager sereinement de faire des enfants et que je vais pouvoir accéder à la propriété ».  Nourrie par son expérience de vie, Stéphanie porte un objectif bien précis. Elle plaide pour que la société dans son ensemble se sente concernée par la problématique globale de la protection sociale. « Je suis citoyenne avant d’être une personne en situation de handicap ».

(1). Le 17 juin 2021, la majorité et le Modem n’ont pas soutenu la proposition de loi permettant de ne plus tenir compte des revenus du conjoint dans le calcul de l’Allocation adulte handicapé (AAH) (articles en lien ci-dessous), face à tous les partis d’opposition qui, une fois n’est pas coutume, avaient fait front. Au désespoir des personnes concernées, ce texte n’a donc pas été voté…  

« Un meilleur dialogue entre les secteurs du social et du sanitaire »  

Caroline est enseignante chercheuse en soins palliatifs et accompagnement de fin de vie. Survivante d’un accident grave étant jeune fille, mariée à un époux qui a traversé trois cancers, elle connait les hôpitaux, et les hôpitaux la connaissent. Son métier-passion, elle le pratique depuis maintenant 20 ans par engagement. 20 ans qu’elle partage, écoute et accompagne des professionnels en formation qui se questionnent sur le mieux et le possible pour alléger les souffrances de leurs patientes et patients et de leurs proches à accompagner jusqu’à la fin de la vie.

« La protection sociale ne peut plus être autant financées par le fruit du travail ou des taxes sur les petites entreprises. Beaucoup sont déjà étranglés. »

– Caroline

Caroline connait bien l’association APF France handicap. Sollicitée il y a quelques années pour animer un groupe éthique sur la prise en charge de la douleur et la communication avec les personnes en situation de handicap, elle revient aujourd’hui pour participer au débat citoyen. Pour elle, il est important de créer un meilleur dialogue « entre les personnes du secteur sanitaire et les personnes du secteur social parce que nous n’avons pas tous le même discours ou les mêmes approches dans la prise en charge globale de la personne ». Son message ?  « La protection sociale ne peut plus être autant financées par le fruit du travail ou des taxes sur les petites entreprises. Beaucoup sont déjà étranglés. ». Aujourd’hui, elle se dit qu’elle devrait partir à la retraite mais encore faudrait-il trouver le relais.

« Enrichi par le dialogue avec les autres »   

Originaire du Var, David est un idéaliste de 43 ans qui rêve d’une France meilleure, plus humaniste et solidaire. Il espère même pouvoir se présenter aux élections présidentielles de 2022. Son collectif de campagne : « Vers l’humanisme » parce qu’on « n’entend plus suffisamment parler d’humanisme en politique aujourd’hui, et c’est sans doute la solution à tous nos problèmes ».

« On n’entend plus suffisamment parler d’humanisme en politique aujourd’hui, et c’est sans doute la solution à tous nos problèmes. »

– David

Pour lui, le débat citoyen organisé par APF France handicap est une opportunité « d’apprendre comment les gens réfléchissent, parce que si on veut combattre certaines idées il faut comprendre le pourquoi ». Son projet pour l’avenir : construire collectivement une alternative au capitalisme qui « épuise à la fois les êtres humains et la nature ».  De la revalorisation des métiers occupés par des femmes, à un revenu universel en passant par la prise en compte du vote blanc ou l’investissement massif dans les domaines de l’écologie et de la santé, son programme est « enrichi par les discussions avec les participantes et participation de sa table, que l’on soit alignés ou non ».

« On a tout à gagner à être dans le droit commun »   

Denyse est en situation de handicap depuis plus de 40 ans, après un AVC survenu pendant le congé maternité de son deuxième enfant. Elle a d’abord repris partiellement le travail avant de devoir arrêter, les voyages n’étant plus compatibles avec sa vie. Et malgré ses diplômes en sciences de l’économie et son expérience en banque, elle n’a plus trouvé d’emploi, « de place pour se recycler » selon ses mots.

« J’ai toujours apprécié la démarche participative car on avance ensemble. »

– Denyse

Cela fait 30 ans qu’elle est bénévole à APF France handicap car elle ne conçoit pas de rester chez elle. Depuis 2007, Denyse est élue-conseillère à la section locale de l’association de Loire-Atlantique. Cela consiste à adapter et à décliner les valeurs et les politiques du conseil d’administration national au niveau départemental et en l’adaptant au contexte local. En plus de son engagement associatif, elle est largement présente à la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) et plus particulièrement dans la Commission des lois et de l’autonomie. Au-delà du sujet sur la protection sociale et de la question «public/privé » qui l’intéresse, elle a dit oui au débat citoyen car « j’ai toujours apprécié la démarche participative car on avance ensemble ». Elle attend de cette expérience des « propositions constructives à proposer aux candidats » et une « mise en avant de ce sujet dans la campagne » même si elle regrette que les gens ne s’en préoccupent pas plus. Pour elle, partir des personnes en situation de handicap permet de révéler des problématiques sociétales plus larges et d’avoir des propositions qui profite à toute la population. C’est pour cela qu’il faut élargir à tout prix le débat et sortir de l’entre-soi : « On a tout à gagner à être dans le droit commun. Le but n’est pas de mettre en avant des personnes car on est un collectif. J’ai toujours préféré la collégialité, c’est important d‘avoir tout le monde avec soi ».

« J’ai envie que le groupe soit écouté »   

Sylvain est enseignant en activités physiques adaptées pour APF France handicap dans un établissement médico-social en Savoie. Ce qui le motive, c’est de valoriser les capacités des personnes en partageant des activités qui génèrent du plaisir. D’abord sceptique, il a accepté de participer au débat citoyen organisé par l’association sur la protection sociale.

« Il faut pouvoir lever les freins à la pratique d’une activité physique ou sportive régulière, y compris en développant l’offre sportive inclusive profitable à tous. »

– Sylvain

Sylvain travaille depuis 3 ans chez APF France handicap. S’il a accepté de participer au débat citoyen de l’association, c’est parce qu’il croit en la force du collectif et des projets conduis en équipe. Sa motivation est de parvenir à une société plus inclusive et solidaire. Pour lui, cette participation est importante pour nourrir ses connaissances sur son domaine d’intervention, pouvoir écouter des spécialistes, et aussi échanger sur le thème de la protection sociale avec les sportifs qu’il accompagne.

En premier lieu sceptique : « La participation citoyenne ? J’étais un peu réticent, je doutais de l’efficacité de ces démarches. C’est pour cela que je n’ai pas formulé d’attentes très exigeantes pour ne pas être déçu », il s’est quand même laissé séduire par la richesse de l’expérience « J’ai quand même envie de m’y mettre à fond et de m’impliquer. J’ai envie que le groupe puisse être écouté par quelques candidats aux élections présidentielles 2022. Et qu’une ou deux propositions puissent être retenues ». Sylvain souligne également sa sensibilité écologique qu’il retrouve dans les débats « Les participants ont conscience du lien fort entre l’environnement et la santé ».

L’enseignant de 35 ans est animé par son combat pour l’égalité d’accès aux loisirs sportifs et pour que les effets bénéfiques des activités physiques et sportives soient connus et reconnus « Il faut pouvoir lever les freins à la pratique d’une activité physique ou sportive régulière, y compris en développant l’offre sportive inclusive profitable à tous ».

« Les gens ont tellement de connaissances ! »   

Toulousaine de 56 ans et juriste de formation, Catherine est assureur au service corporel contentieux d’une compagnie d’assurance. Depuis 30 ans, elle approche au quotidien la problématique du handicap à travers ses dossiers de victimes d’accidents de la circulation, d’accidents de la vie privée ou d’accidents médicaux.

« La protection sociale est un sujet permanent. La repenser ne fait pas écho à une crainte de l’avenir mais bien à une idéologie de défense des droits des gens. »

– Catherine

Avant cette démarche, Catherine ne connaissait pas APF France handicap. Cela ne l’a empêché d’accepter de participer au débat citoyen : « je n’ai pas hésité, j’ai dit oui tout de suite ! ». Faire partie de cette aventure lui permet de témoigner de la nature des difficultés rencontrées lorsque ces vies sont ainsi brisées mais aussi de souligner le parcours du combattant auquel ces personnes doivent souvent faire face : pour obtenir des informations et de l’aide concernant leurs nouveaux besoins liés au handicap. Elle fait également le lien avec la vie politique et économique du pays : « La protection sociale est un sujet permanent. La repenser ne fait pas écho à une crainte de l’avenir mais bien à une idéologie de défense des droits des gens ».

Catherine est inquiète : « Depuis 30 ans j’ai vu l’évolution du régime, de la mutuelle, des déserts médicaux, de la médecine du travail : la situation est dramatique ! ». Pour elle, notre système de protection sociale est essentiel et précieux, mais nécessite un recadrage et un dépoussiérage afin d’ajuster au mieux les dépenses publiques pour notamment créer de nouveaux métiers liés à l’accompagnement du handicap. C’est pour ces raisons qu’elle mise beaucoup sur la démarche et la mise en œuvre des propositions sur le plan politique. Ses premières craintes étaient d’avoir des débats orientés pour favoriser certaines mesures. Finalement, il s’agit d’un texte dans lequel elle retrouve une qualité des débats et de riches interventions toutes aussi variées « Je suis vraiment épatée et ravis de l’implication des participants. C’est une très bonne découverte, j’apprends beaucoup. Les gens ont tellement de connaissances. Et les débats ont été riches d’informations, d’émotions, et bravo pour le choix et la qualité des intervenants !».

« Accomplir un acte citoyen collectif »   

A 56 ans, Stéphane est aujourd’hui représentant du Conseil d’APF de département (CAPFD) du Morbihan et pour la Région Bretagne. Il vit depuis sa naissance avec une infirmité motrice cérébrale (IMC). Un handicap qui ne l’a pas empêché d’être actif, bien au contraire. Informaticien de formation, il a d’abord travaillé en activité industrielle puis dans un service multimédia pour personnes en situation de handicap dans un établissement et service d’aide par le travail (ESAT).

« Pour répondre aux incertitudes de demain et préparer les générations futures, nous devons apporter des réponses et solutions collectives tout en se basant sur nos expériences personnelles. »

– Stéphane

C’est à la suite d’un voyage organisé par la délégation départementale du Morbihan en 1989 que Stéphane devient bénévole à l’APF France handicap. C’est dans cette association qu’il trouve un épanouissement personnel et du sens à son engagement. Et ses précédentes activités professionnelles lui permettent d’apporter une vraie plus-value à l’association et aux nouveaux adhérents.

Convaincu que la protection sociale est une affaire de tous, Stéphane participe fièrement au Débat citoyen d’APF France Handicap, pour accomplir dit-il un acte citoyen et un partage d’idées. Pour lui, ce sujet est plus qu’important au vu de la période d’incertitude dans laquelle nous vivons, notamment pour les générations futures « nous appartenons tous à une classe minoritaire avec chacun nos préoccupations quotidiennes, c’est pour cette raison que nous devons essayer d’y apporter des réponses et des solutions collectives ».

Ravi de cette expérience démocratique avec « des échanges constructifs faisant appel aux vécus de chacun », il espère les candidats à l’élection présidentielle tiendront compte des propositions.

« C’est bien beau de râler dans son coin, mais c’est mieux d’essayer ! »   

Anaïs est une maman de 3 enfants qui habite près de Toulon. A 35 ans, elle est en reconversion professionnelle après une RQTH (reconnaissance en qualité de travailleur handicapé) à la suite de deux hernies discales. Responsable en grande distribution pendant 15 ans, formée sur le tard, Anaïs « regrette presque d’avoir eu cette RTH qui est plus un obstacle qu’autre chose. J’ai comme une étiquette ‘boulet’ au-dessus de ma tête et cette reconnaissance m’a finalement fermé beaucoup de portes ». Pleine d’entrain et dotée d’une grande volonté, elle a finalement trouvé une formation pour devenir coiffeuse qui devrait démarrer dans quelques mois.

« J’ai accepté de participer au débat citoyen d’APF France handicap, car je me suis dit que pour une fois, nous, les citoyens, pourrions peut-être proposer de nouvelles choses. C’est bien beau de râler dans son coin, mais c’est mieux d’essayer ! »

– Anaïs

Difficulté de trouver un interlocuteur compétent, difficulté à avoir une personne au bout du téléphone, des aides financières certes mais non humaines et des longueurs administratives sans nom pour obtenir des réponses, des amies infirmières sous payées… c’est tout ça qu’Anaïs voulait partager. De la démarche, elle a aimé les échanges et le changement de perspectives en découvrant les problématiques des autres participants. Elle a également apprécié l’intervention de l’économiste Pierre-Yves Geoffard et son « ton juste » pour décrire l’état de la société et ses perspectives.

L’avis citoyen reflète bien, selon elle, la nature des débats. « Cela peut paraître utopiste mais il est complet. Après tout, si on n’ose pas, si ne propose jamais, rien ne se mettra en place. ». La protection sociale est un sujet global « notre avis n’est pas partisan mais je crains qu’on nous réponde qu’il n’y a plus d’argent à la suite de la pandémie de Covid ». Anaïs aimerait que les candidats aient pourtant le courage de se pencher sur le sujet du rééquilibrage des dépenses et que les prestations soient réévaluées. A titre personnel, que retient-elle de cette expérience ? « Malgré les galères, tous gardent le sourire ».

« Sans devenir spécialiste du sujet, on en ressort avec plus de connaissances »   

Thierry, 59 ans, est consultant à Rouen dans le domaine de la formation et conseiller en stratégie et développement d’entreprises. Depuis la pandémie, il n’a pas beaucoup d’activités. « Passé 50 ans, c’est plus difficile » déclare cet homme aux multiples vies qui a un temps vécu à l’étranger.

S’il a accepté de participer au débat citoyen d’APF France handicap, c’est pour des « questions philosophiques ».

« Notre société souffre du manque de nuances, c’est presque devenu un gros mot quand on regarde les plateaux télé et les journaux des chaînes d’info. J’ai souhaité apporter ma pierre à l’édifice, me sentir utile, humain, dans un monde où j’en ai l’intime intuition l’Homme peut ne pas être un loup pour l’Homme ».

– Thierry

La protection sociale française est, selon, lui un modèle où l’on apprend le vivre-ensemble et qui est censé réduire les inégalités pour peu qu’on ne tombe pas dans « l’assistanat ». Pendant les échanges avec les participants, Thierry a préféré rester sur la réserve, ne pas imposer son point de vue et « ouvrir le débat plutôt que le fermer ». « Cela m’a ouvert des horizons. J’imaginais certaines situations, comme le mille-feuille administratif, mais j’ai pris conscience de l’ampleur de ses conséquences comme le non recours aux droits ».

Les débats l’ont aussi conforté dans l’idée qu’une partie des solutions ne peut venir uniquement des Etats et qu’il faut une dimension internationale comme des taxes sur les flux financiers. A ses yeux, la démarche participative est « enrichissante » car « sans devenir spécialiste du sujet, on en ressort avec plus de connaissances et plus d’éléments pour pouvoir nuancer le sujet et ne pas le prendre de façon simpliste ». Même s’il regrette certaines propositions un peu anecdotiques voire individuelles, il pense que l’avis citoyen est « une base de travail » qui offre des perspectives. Il souhaite des mesures concrètes et une prise de conscience plus large au niveau de la population. Est-ce que cela suffira à « développer une prise de conscience chez nos dirigeants » ? Il faut l’espérer car « il y a la matière pour celles et ceux qui voudront bien s’en saisir ».

L’article Débat citoyen APF France handicap : paroles de participants est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
« S’interroger, c’est comprendre. Savoir, c’est déjà changer » https://missionspubliques.org/sinterroger-cest-comprendre-savoir-cest-deja-changer/ Tue, 09 Nov 2021 09:05:08 +0000 https://missionspubliques.org/?p=4916 L’article « S’interroger, c’est comprendre. Savoir, c’est déjà changer » est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
L’article « S’interroger, c’est comprendre. Savoir, c’est déjà changer » est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
Débat citoyen APF France handicap : croiser les regards et interpeller https://missionspubliques.org/debat-citoyen-apf-france-handicap-croiser-les-regards-et-interpeller/ Thu, 09 Sep 2021 06:30:49 +0000 https://missionspubliques.org/?p=4464 L’article Débat citoyen APF France handicap : croiser les regards et interpeller est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
APF France handicap (1) est une association de défense et de représentation des personnes en situation de handicap et de leurs proches. Dans le cadre de la présidentielle, l’association initie un débat citoyen sur « la protection sociale : quel modèle pour demain ? ». Patrice Tripoteau, directeur général adjoint, nous explique ce qu’il attend d’une démarche qui aura la particularité de faire se croiser les regards entre personnes en situation de handicap, aidants ou proches et citoyens hors du champ du handicap.

Missions Publiques. APF France handicap est présente sur tout le territoire et agit pour l’égalité des droits, la citoyenneté, la participation sociale et le libre choix du mode de vie des personnes en situation de handicap et de leur famille. Quelles sont les actions de l’association et quel est l’état des lieux du handicap aujourd’hui en France ?

Patrice Tripoteau. Le plus classique et visible des handicaps, ce sont bien sûr les personnes qui se déplacent en fauteuil roulant, mais les situations de handicap recouvrent plusieurs autres réalités avec des handicaps plus ou moins visibles. Par exemple, beaucoup de nos adhérents sont atteints de sclérose en plaques ; d’autres ont des troubles cognitifs associés à une déficience motrice ou d’autres des déficiences visuelles ou auditives. Notre association, qui historiquement représentait des personnes avec un handicap moteur, s’ouvre à d’autres type de handicap comme l’autisme. Si nous utilisons le terme « en situation de handicap », c’est parce que le handicap est l’interaction entre un facteur personnel (lié à une maladie, à un accident, congénital…) et l’environnement de la personne (social, familial, accessibilité des espaces publics, des transports…). Aujourd’hui, la France compte 12 millions de personnes en situation de handicap et 8 millions de personnes qui sont leurs proches. Toutes ces personnes, souvent invisibles car discriminées et marginalisées, sont des citoyennes et citoyens qui exercent majoritairement leur droit de vote.

Notre action – avec nos 20 000 adhérents – est donc de défendre ces personnes via une approche par les droits et de lutter en parallèle contre l’isolement et les discriminations. Nous accompagnons au quotidien 30 000 personnes de la petite enfance au grand âge dans tous les départements en France métropolitaine (et en Guadeloupe depuis janvier 2021) avec nos établissements et services médico-sociaux et sanitaires.

« Aujourd’hui, la France compte 12 millions de personnes en situation de handicap et 8 millions de personnes qui sont leurs proches. Toutes ces personnes, souvent invisibles car discriminées et marginalisées, sont des citoyennes et citoyens qui exercent majoritairement leur droit de vote.

Patrice Tripoteau

Directeur général adjoint
APF France handicap

Missions Publiques. A ce propos, vous menez de nombreuses actions de plaidoyer (2) et dans le cadre de la présidentielle, vous avez déjà produit plusieurs notes politiques avec vos revendications et des propositions concrètes. Cette année, et vous êtes la première association à le faire, vous avez décidé de lancer un débat citoyen avec une forte représentation des personnes en situation de handicap…

Patrice Tripoteau. Depuis de nombreuses années, en particulier lors des campagnes électorales, le sujet du handicap est peu présent dans le débat politique. Les propositions des principaux candidats et candidates sont souvent très générales, partielles et ne répondent pas aux attentes des personnes en situation de handicap et de leurs proches. Les notes que nous réalisons dans le cadre de la présidentielle 2022 (3) répondent aux préoccupations majeures de ces personnes et nous attendons des candidates et candidats qu’ils prennent en compte le handicap dans leurs communications publiques et dans leurs programmes, pour une France réellement inclusive et solidaire.

En outre, nous avons décidé d’aller plus loin en initiant une démarche inspirée d’une convention citoyenne, dans le sens où nous allons avoir recours au tirage au sort. Notre « originalité » réside dans le fait que la composition des 104 membres de ce débat citoyen sera issue pour moitié de nos adhérents (et donc en grande partie en situation de handicap) et pour moitié de citoyennes et citoyens hors du champ du handicap et de notre association avec des critères de représentativité (égalité femmes/hommes, répartition géographique, catégories socio-professionnelles).

Depuis plus d’une vingtaine d’années, nous renforçons notre travail sur la démocratie participative. Comment permettre à des personnes en situation de handicap de participer aux orientations de notre association ? Comment participer au plaidoyer et aux actions de plaidoyer ? Ce débat citoyen est donc une étape supplémentaire dans notre réflexion car nous souhaitons l’ouvrir à des personnes non adhérentes. Toujours en droite ligne avec nos convictions : chaque citoyenne, chaque citoyen, doit pouvoir participer à l’élaboration des politiques publiques.

Lire aussi

L’analyse de Judith Ferrando sur la dimension horizontale de la délibération

L’interview de Caroline Wamala-Larsson, spécialiste du genre et de la technologie en Suède

L’interview d’Aziza Akmouch, cheffe de la division Villes, politiques urbaines et développement durable au centre de l’OCDE pour l’entrepreneuriat, les PME, les régions et les villes

« Nous souhaitons d’abord expérimenter une démarche de démocratie délibérative. Ce débat citoyen peut nous éclairer et nous permettre très certainement de réinventer notre manière de penser certaines problématiques.

Missions Publiques. Les consultations citoyennes se multiplient et avec elles, la question – légitime – de leur impact. Qu’attendez-vous de ce débat citoyen ?

Patrice Tripoteau. Nous souhaitons d’abord expérimenter une démarche de démocratie délibérative. Ce débat citoyen peut nous éclairer et nous permettre très certainement de réinventer notre manière de penser certaines problématiques. Nous avons d’ailleurs prévu des temps d’échange entre les citoyens et le conseil d’administration de l’association. Bien entendu, notre deuxième attente est d’éclairer, grâce à ce travail, l’ensemble de la société française en participant au débat national. C’est un moyen de replacer les associations, souvent reléguées au second plan, au centre du débat citoyen.

Pour garantir la transparence du processus, nous avons fait appel à votre agence pour nous accompagner sur le plan méthodologique. Nous allons faire aussi appel à des éclairages et des apports extérieurs d’actrices et d’acteurs divers afin que les citoyens puissent nourrir leur réflexion et confronter leurs idées. Et enfin, le sujet de la protection sociale touche très directement le quotidien de l’ensemble des Françaises et des Français, ce qui nous semble déterminant pour aboutir à un avis pertinent et des réflexions sur le modèle social que nous souhaitons pour demain. Ce que nous proposons aux 104 citoyens du débat, c’est à la fois un cheminement collectif et une délibération démocratique : une discussion sereine de ce qu’on veut pour la société, en débattant plutôt qu’en combattant.

« La crise a montré l’importance d’une protection sociale forte et la nécessité de justice sociale afin de ne laisser personne sur le bord de la route, quelles que soient les situations (précarité, handicap, personnes âgées, jeunes…).

Missions Publiques. Revenons justement sur le choix du thème de la protection sociale. Après plus d’un an de crise sanitaire, vous sentez que la solidarité nationale est aujourd’hui de plus en plus questionnée.

Patrice Tripoteau. L’Etat se désinvestit peu à peu, tendant à se défausser sur les solidarités familiales et/ou interpersonnelles. Les collectivités locales sont, quant à elles, contraintes de compenser cette défaillance de l’État avec des budgets de plus en plus réduits, ce qui engendre des inégalités de traitement sur le territoire. Dans le dernier baromètre de la confiance politique du Cevipof, il est intéressant de noter que 85 % des Françaises et des Français se disent fiers de leur système de protection sociale. Pour 84 %, c’est un atout pour l’économie française, pour 75 % une contribution à la redistribution des richesses et à la croissance. La crise a montré l’importance d’une protection sociale forte et la nécessité de justice sociale afin de ne laisser personne sur le bord de la route, quelles que soient les situations (précarité, handicap, personnes âgées, jeunes…).

Pour nous, c’est à la fois un axe stratégique fort et un des points développés dans notre contribution au « monde d’après » (4). Les personnes en situation de handicap sont particulièrement touchées par cette question de la protection sociale. Elles peuvent donc apporter leur contribution au débat public sur ce thème avec une réflexion croisée avec d’autres citoyens pour approfondir le sujet dans toutes ses dimensions. En effet, cela concerne le thème de la santé mais aussi le sujet de la précarité et de la pauvreté, de l’autonomie, etc. Contextuellement, le thème est opportun : après plus d’un an de pandémie, la santé est devenue une préoccupation majeure, l’assurance chômage et des retraites sont à nouveau à l’agenda politique… Alors que l’on entend régulièrement parler de sécurité, nous choisissons de débattre de ce qu’est « protéger » au sens large dans notre société.

(1) Créée en 1933, APF France handicap est connue jusqu’en 2018 comme l’Association des paralysés de France. Elle rassemble aujourd’hui 85 000 acteurs impliqués au quotidien dont 35 000 usagers, 21 000 adhérents, 15 000 salariés et 12 500 bénévoles.
(2) Accessibilité, emploi, santé… la collection de notes politiques et de plaidoyers (femme, enfants, prison) est disponible sur le site.
(4) Contribution d’APF France handicap à la réflexion sur le monde d’après : Demain, une société plus juste, apaisée et durable fondées sur les droits humains

L’article Débat citoyen APF France handicap : croiser les regards et interpeller est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
« La Conférence sur l’avenir de l’Europe doit garantir un véritable engagement civique » https://missionspubliques.org/la-conference-sur-lavenir-de-leurope-doit-garantir-un-veritable-engagement-civique/ Tue, 11 May 2021 06:45:03 +0000 https://missionspubliques.org/?p=3641 L’article « La Conférence sur l’avenir de l’Europe doit garantir un véritable engagement civique » est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
Alexandrina Najmowicz est secrétaire générale du Forum civique européen (FCE), un réseau qui rassemble plus d’une centaine d’associations et ONG à travers 27 pays européens. Co-présidente de la Convention civile sur le futur de l’Europe, elle nous explique les ambitions et les défis du FCE et le rôle des organisations de la société civile dans la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Missions Publiques. L’un des objectifs du Forum civique européen est de construire un véritable dialogue civil européen, une condition préalable à une appropriation civique et populaire des questions européennes. Quels sont les principaux défis (et difficultés) du FCE ?

Alexandrina Najmowicz. Depuis sa création en 2005, le Forum civique européen s’efforce de promouvoir un environnement propice à l’engagement des acteurs civiques dans la sphère publique et la vie communautaire, de soutenir la structuration et la création d’alliances de la société civile européenne dans tous les secteurs et de favoriser le dialogue institutionnel au niveau européen. Parmi nos principales réalisations, nous avons réussi à maintenir et à élargir un réseau d’associations fort et diversifié, reliant différentes formes d’organisation et d’activisme, allant des grandes fédérations d’associations profondément ancrées dans les circonscriptions locales aux plateformes nationales d’ONG regroupant des centaines de milliers d’ONG de différents secteurs, en passant par les organisations de défense des droits de l’Homme, les mouvements civiques et sociaux, mais aussi les petits groupes travaillant au niveau communautaire ou s’engageant auprès du public sur des questions locales. Nous revendiquons et luttons pour préserver un rôle politique en plaidant pour une société fondée sur nos valeurs communes d’égalité, de solidarité, de démocratie et d’inclusion.

En termes de dialogue institutionnel, nous avons initié et sommes très actifs au sein de Civil Society Europe, la coordination permanente de la société civile européenne travaillant sur des questions transversales et communes à tous les secteurs et engageant un dialogue avec les institutions européennes. Il n’est pas toujours facile d’être reconnu par les institutions, et il faut certainement être deux pour danser le tango… Mais au cours des dernières années, nous avons réussi, collectivement, à donner plus de visibilité au secteur et à ses besoins dans l’agenda de l’UE : ajouter l’espace civique et le dialogue civil dans le mandat du vice-président de la Commission européenne pour les valeurs et la transparence ; placer l’espace civique et les libertés dans le radar des mécanismes de surveillance de l’État de droit ; augmenter le budget des programmes européens, y compris le CERV – Citoyenneté, égalité, droits et valeurs. Grâce à l’augmentation de ce budget, l’UE a désormais plus de capacité pour soutenir les organisations de base qui défendent la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux au niveau local.

 

Missions Publiques. Depuis plusieurs années, on assiste à une montée du populisme dans le monde entier et en Europe. Dans certains pays, on assiste même à un recul de la démocratie. Comment l’expliquez-vous ? Quels sont les leviers du FCE pour faire bouger les lignes et encourager le dialogue civil ?

Alexandrina Najmowicz. Nous sommes face à une crise majeure et répétée de l’UE : ses valeurs fondatrices sont menacées d’abord par des politiques européennes qui ne répondent pas correctement aux besoins sociaux, puis par des réponses populistes. Nous constatons la forte émergence d’offres politiques nationalistes et autoritaires, notamment en Europe centrale et du sud-est, mais aussi dans les pays occidentaux. Au cours des dernières années, nous avons observé une pression croissante sur les contrepoids démocratiques et l’État de droit dans de nombreux pays d’Europe. Cela se traduit par une pression sur les associations et les mouvements sociaux, en particulier ceux qui se font entendre et critiquent les politiques de leur gouvernement.

L’espace dont dispose la société civile pour formuler des critiques et demander des comptes aux autorités dirigeantes se rétrécit, parallèlement à des actes législatifs visant à réduire au silence les ONG considérées comme des opposants ou des « agents étrangers », au contrôle gouvernemental de la distribution des fonds, à la réduction du financement public des ONG, etc. Notre récente initiative – le Civic Space Watch – rassemble des ressources sur les menaces pesant sur l’espace civique et les droits fondamentaux, ainsi que des initiatives positives, notamment celles visant à contrer ces menaces. Lancée début 2018, la plateforme rassemble près de 800 ressources provenant d’organisations locales, nationales et européennes dans 26 pays de l’UE. Sur la base de ces informations, nous publions un rapport annuel – Activizenship – qui informe les décideurs politiques et le grand public de ces transformations à l’intérieur de la société civile et nous nous efforçons de déclencher des actions institutionnelles pour protéger notre espace.

« Nous sommes face à une crise majeure et répétée de l’UE : ses valeurs fondatrices sont menacées d’abord par des politiques européennes qui ne répondent pas correctement aux besoins sociaux, puis par des réponses populistes.

Alexandrina Najmowicz

Secrétaire générale du
Forum civique européen (FCE)

Missions Publiques. Relativement à la rétractation du #LexNGO en Hongrie, les organisations ont demandé au gouvernement hongrois de mener une consultation significative avec les parties prenantes concernées (notamment les organisations de la société civile) avant d’adopter cette loi. Quelle a été l’implication du FCE ?

Alexandrina Najmowicz. Nous sommes mobilisés pour soutenir nos collègues hongrois depuis le moment même où ils ont été confrontés aux attaques du gouvernement Orban, dès 2017 avec l’adoption de la  » Lex ONG « , destinée à faire taire les voix indépendantes et critiques. Nous avons écrit des lettres aux institutions européennes et au gouvernement Orban, nous nous sommes mobilisés devant les ambassades hongroises à travers l’Europe, mais surtout, nous avons essayé de nous connecter et d’organiser la solidarité avec les acteurs sur le terrain.  À la suite d’une procédure d’infraction de la Commission européenne et de l’arrêt historique de la Cour européenne de justice, le gouvernement hongrois a finalement décidé d’abroger la loi. Il s’agit d’une évolution importante pour les organisations de la société civile affectées, car elle met fin à quatre années de stigmatisation préjudiciable. Depuis 2017, le LexNGO est un symbole de l’abus de pouvoir. Sa rétractation est une évolution importante – mais les associations hongroises préviennent qu’un véritable changement ne pourrait être obtenu qu’avec un changement d’attitude du pouvoir en place envers la société civile. Certaines dispositions du nouveau projet de loi sont également préoccupantes. Le titre de la loi (« sur la transparence des organisations de la société civile capables d’influencer la vie publique ») est en soi trompeur. Dans une démocratie saine, le discours public est formé par des citoyens libres et actifs – nous avons tous le droit et la responsabilité d’aborder les problèmes et les questions qui nous concernent.

 

Missions Publiques. Le FCE agit également pour renforcer la participation des citoyens. Que pensez-vous de la Conférence sur l’avenir de l’Europe ? Quelle est la nature de la Convention de la société civile sur le futur de l’Europe que vous présidez ?

Alexandrina Najmowicz. Les défis auxquels nous sommes confrontés à travers l’Europe lorsqu’il s’agit de reconnaître la liberté d’association ne sont pas seulement une caractéristique des régimes autoritaires et des gouvernements anti-libéraux. Si nous regardons dans la sphère européenne, nous pouvons voir dans le manque de mise en œuvre structurée de l’art. 11 du Traité de l’UE sur le dialogue civil un déni du droit d’association : il semble que cela ne fasse aucune différence particulière ou valeur ajoutée pour les institutions de l’UE lorsque les citoyens s’associent et s’organisent au-delà des frontières pour exprimer leurs opinions dans le processus d’élaboration des politiques.

Ce manque de reconnaissance est devenu encore plus visible et problématique lorsqu’il s’agit de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, de son processus décisionnel et de son fonctionnement. La conférence intergouvernementale préparant le traité constitutionnel en 2000 a impliqué les réseaux européens d’organisations de la société civile par le biais d’un Forum de la société civile, et des représentants de ce dernier étaient régulièrement invités à la conférence. Vingt ans plus tard, le rôle des organisations civiques intermédiaires est relégué au second plan, car l’UE prévoit de se lancer dans un exercice de délibération en s’adressant directement et individuellement aux citoyens européens. Cet exercice est nécessaire, mais il ne doit pas se limiter au populisme institutionnel et aux relations publiques, ce qui, en fin de compte, entraînera inévitablement une méfiance accrue à l’égard des institutions européennes et nationales. La conférence doit non seulement fixer un ordre du jour ambitieux et garantir un véritable engagement civique, mais aussi déboucher sur des décisions suivies d’actions concrètes.

Au sein d’une Convention de la société civile auto-organisée, nous rassemblons plus de 75 réseaux et plateformes de la société civile européenne avec des circonscriptions dans toute l’Europe, unissant des millions de citoyens actifs dans tous les domaines de la vie, de l’éducation à la culture, l’inclusion sociale, l’environnement, la santé, la gouvernance et la transparence. Nous avons décidé d’apporter nos chaises pliantes et d’occuper le débat démocratique. Nous nous sommes auto-organisés bien avant le lancement du processus institutionnel et nous nous sommes engagés à porter l’héritage de notre mobilisation au-delà de la clôture du processus institutionnel. La démocratie, la solidarité, l’égalité et l’inclusion sont notre boussole et nous nous efforcerons de rallier tous les moteurs de nos sociétés pour que demain soit meilleur qu’hier.

 

Missions Publiques. Dans le cadre de la #CoFoE, des panels de citoyens vont travailler sur plusieurs thèmes dont la démocratie en Europe. Qu’attendez-vous des institutions sur ce sujet ?

Alexandrina Najmowicz. La Conférence devrait fournir l’espace nécessaire – à travers sa plénière – pour mettre en place un mécanisme de retour d’information sur les débats citoyens. La participation sur la plateforme en ligne avant le lancement officiel montre que les citoyens ont envie de s’impliquer. La participation sur la plateforme en ligne avant le lancement officiel montre l’appétit des citoyens à s’impliquer. Cela ne peut être garanti à long terme que si leurs contributions sont valorisées – l’inclusion et la participation égale au processus sont essentielles pour garantir sa légitimité et son héritage ; ce n’est qu’en atteignant et en écoutant la voix des personnes qui sont éloignées des canaux d’engagement habituels et se sentent laissées pour compte par les processus démocratiques que nous pourrons revigorer la démocratie européenne pour tous.

La participation de la société civile organisée en tant que canal de médiation est cruciale à cet égard. À l’heure où la société civile est en première ligne pour tenter d’atténuer les coûts désastreux de la crise, nous continuons de penser qu’un dialogue civil structuré avec l’ensemble des acteurs de la société civile, dans toutes ses composantes sociales et économiques, est un élément fondamental de la démocratie européenne.

Malheureusement, lorsque nous regardons le processus institutionnel et toutes les négociations minutieuses sur le pouvoir à donner aux citoyens pour apporter des changements, les perspectives de revigorer la démocratie européenne à partir de ce processus délibératif ne sont pas très optimistes. Mais notre rôle en tant que société civile organisée est de maintenir les enjeux élevés. Pour réhabiliter la démocratie et désarmer ceux qui l’attaquent, il est nécessaire de construire constamment sur les liens qui nous rassemblent de manière inclusive. Le potentiel de toutes ces différentes formes d’engagement pour relancer la démocratie dépend de la capacité et de la volonté des institutions de les reconnaître et de les soutenir, d’engager le dialogue et de prendre en compte leur contribution.

L’article « La Conférence sur l’avenir de l’Europe doit garantir un véritable engagement civique » est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
« Il n’y a pas de citoyen.ne moyen.ne » https://missionspubliques.org/il-ny-a-pas-de-citoyen-ne-moyen-ne/ Wed, 16 Sep 2020 14:37:04 +0000 https://missionspubliques.org/?p=2752 L’article « Il n’y a pas de citoyen.ne moyen.ne » est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>
Vaia Tuuhia est déléguée générale de l’association 4D, un « think and do tank » citoyen pour la transition vers un développement durable. Elle est intervenue lors de la première session de la Convention citoyenne Occitanie à Toulouse pour tracer les enjeux de la transition… à portée de toutes et tous.

Missions Publiques : Parmi les « exigences » de 4D[1], il y a l’enrichissement de la démocratie. Les ONG et les associations sont parties prenantes de cette revitalisation démocratique mais qu’en est-il de la contribution des citoyen.ne.s ?

Vaia Tuuhia : La contribution des citoyen.ne.s à l’enrichissement de la démocratie est vitale : il n’est pas possible de réussir la transition sans eux. C’est encore plus vrai aujourd’hui, dans une période où nous savons qu’il faut accélérer les changements et où les seuils d’alerte sont quasiment atteints. Faire sans les citoyen.ne.s, c’est créer une distance, c’est continuer à nourrir les peurs. Et la peur vient souvent nourrir l’immobilisme voire les antagonismes. La transition ne doit exclure personne. Ce sont les citoyen.ne.s qui sont les acteurs.trice.s de cette histoire de demain.

MP : Les associations/ONG représentent des citoyen.ne.s engagé.e.s au service d’une cause. Quel a été l’élément déclencheur pour ouvrir à une participation citoyenne plus large ?

VT : Depuis longtemps, 4D construit, notamment avec les Agenda 21, des ponts entre les institutions, les élu.e.s et les citoyen.ne.s. Mais en 2013-2014, avant la COP 21, nous avons mal vécu le débat sur la transition énergétique. Au bout de plusieurs mois de négociations, nous aboutissons avec les différents représentants des corps intermédiaires à l’écotaxe et nous nous engageons à dupliquer cette conférence au niveau régional. Mais voilà, nous nous heurtons à l’incompréhension des médias d’un part et aux bonnets rouges d’autre part. Tout ce travail de démocratie participative n’a pas infusé jusqu’au grand public.

MP : 4D s’est donc lancée dans une démarche sur les modes de vie…ce qui fait résonnance avec la Convention citoyenne Occitanie où les participant.e.s travaillent des propositions à partir de leur quotidien.

VT : Il est inconcevable, aujourd’hui, de travailler uniquement de politique publique à politique publique et de parler à « la place de » ou de « représenter ». Nous devons aller au-delà de l’acceptation, de l’acceptabilité des citoyens… pour enclencher la contribution Les seuls experts des modes de vie, ce sont ceux qui les vivent. Pour imaginer des modes de vie durables et désirables, nous avons intégré donc les modes de vie, comme moteurs de changements mais aussi pour montrer toute la transversalité des pratiques quotidiennes : je me lève, j’allume la lumière, je mange, je prends ma douche, les transports etc. Quand on s’adresse aux citoyens, on leur parle trop souvent de production d’énergie ou d’agriculture comme des thématiques lointaines et techniques. Or en une demie heure, encore en pyjama, s’ils ont un toit, ils ont déjà interagi avec les politiques de l’eau et assainissement, d’énergie, d’agriculture voire industrie et chaîne agroalimentaire, du bâtiment…

"Mettre en mouvement les gens, en capacitation, c’est faire la démonstration que nous ne sommes pas dans la punition mais dans la contribution. Le sens de l’action et les relations offrent du plaisir.

Crédit photo : Chapelies Crew

Vaia Tuuhia

Déléguée générale de l’association 4D

MP : Comment travaillez-vous sur cette acceptabilité ?

VT : Nous essayons de montrer que leur mode de vie plus que leur geste n’est pas anodin[2]. Faire le tri, c’est un geste, c’est prendre conscience des déchets que nous produisons. C’est aussi comprendre que les déchets végétaux peuvent servir à fabriquer de l’énergie ou du compost. Si on mange bio, les déchets qui retournent à la terre enrichissent les sols etc. Notre attitude, choix socio-culturel, donne une autre valeur au geste. Toute cette chaîne de comportements et d’interactions entre moi, mon quotidien et le collectif, ce qui est à ma portée, participe de ce changement de mentalité auquel nous assistons depuis 5 ans. Aujourd’hui, même si la filière du recyclage n’est pas encore optimum, le marché de la seconde main, qui fait partie de l’économie circulaire, est en train d’exploser. En passant du jetable au durable, on ne mesure pas son impact sur la transformation de la filière mais on est acteur d’un changement de culture et c’est déjà énorme. C’est le point mort, souvent des stratégies de changement. Mettre en mouvement les gens, en capacitation, c’est faire la démonstration que grâce à tout cela, nous ne sommes pas dans la punition mais dans la contribution et qu’en plus, on peut se faire plaisir. Le sens de l’action et les relations offrent du plaisir.

MP : Lors de votre intervention devant les citoyen.ne.s de la Convention Occitanie, vous avez dit que dans le débat public, le.a citoyen.ne. moyen.ne n’existait pas…

VT : Ce que nous avons vécus avec les COP, ce sont les antagonismes entre les pays et les citoyen.ne.s du monde. Comment dire à quelqu’un qui a peine à se nourrir dans le Sahel que, grâce à la COP, on réduit les émissions de gaz à effet de serre ? C’est cette fameuse « responsabilité commune mais différenciée » qui existe aussi dans les efforts et les possibles que chacun doit faire ou se voit offrir sur son territoire. On entend régulièrement « les Français.e.s émettent 12 tonnes de CO2 par an ». Cette empreinte carbone est calculée en fonction des émissions nationales divisée par le nombre d’habitant.e.s. Cela donne une indication mais les personnes ne savent pas sur quoi agir… puisqu’elles n’ont ni la même vie ni les mêmes besoins. On demande aux Français.e.s de rationnaliser l’effort, et de réduire leurs émissions. Mais se penche-t-on sur le pourquoi ? Interroge-t-on ce « pourquoi » parce que certains travaillent dès 5 heures du matin et possèdent un vieux diesel ou parce que d’autres ont trois maisons de campagne ? Ce n’est pas la même racine du problème. Certains font le double de ces émissions, d’autres ne l’atteignent jamais. L’approche statistique « Français.e moyen.ne » peut être perçue comme une injustice. Et mettre des statistiques derrière un geste, ça ne marche pas. En travaillant sur la diversité des profils, le lieu d’habitation, la composition de la famille, les revenus, nous avons dégagé 8 à 9 archétypes différents de profils qui nous ont permis de travailler non pas sur les gestes mais sur la psychologie. C’est ce qu’on appelle le facteur humain avec sa dimension sensible et culturelle.

MP : Qu’attendez-vous des démarches type convention citoyenne ?

VT : Ce que j’apprécie en premier lieu, c’est le tirage au sort et cette « réprésentativité » maximisée de la population. Les démarches participatives ne sont pas nouvelles mais avec la convention citoyenne, on réaffirme 3 choses : 1. La participation citoyenne est « au cœur » et pas « à côté » de la démarche de construction des politiques publiques. A chaque fois qu’on en fait l’impasse à l’instant T, on augmente le risque de clash à l’instant T+1. 2. On a besoin pas de faire de la pédagogie avec les citoyen.ne.s et de leur rendre des compte. C’est le droit de suite. La redevabilité : on dit, on fait, on rend compte. La convention citoyenne le systématise. 3. L’élu, l’institution est à l’écoute. Et écouter, c’est déjà une posture de « faire avec ». C’est casser la verticalité des process et laisser une chance à une gouvernance plus agile, plus horizontale. J’ai été cheffe de projet dans la fonction publique pour la participation citoyenne aux politiques européennes au début des années 2000, je mesure tout à fait le sujet !

[1] 4 D comme Dossiers et débats pour le développement durable : https://www.association4d.org/
[2] Our life 21 est un kit pédagogique pour proposer des initiatives de prospective participative sur les modes de vie sobres et désirables en 2050

L’article « Il n’y a pas de citoyen.ne moyen.ne » est apparu en premier sur Missions Publiques.

]]>