Au début des années 2000, Mouna Saihi s'est installée en France pour poursuivre ses études, où elle a développé très tôt un intérêt pour les politiques publiques et leur architecture institutionnelle. Elle a alors décidé de consacrer sa thèse de doctorat aux pratiques participatives au Maroc, son pays d'origine, à une époque où ce sujet était encore largement absent des politiques publiques marocaines. Comme elle l'explique, des pratiques et des initiatives participatives existaient déjà tout au long des années 2000 et au début des années 2010, mais elles étaient portées principalement par la société civile plutôt que par les institutions publiques. C'était un sujet de recherche difficile pour une jeune chercheuse, mais c'est justement cette difficulté qui l'a motivée, la conduisant à explorer le rapport entre décideurs publics et citoyens — une question qui est devenue le fil rouge de toute sa carrière.
Ce qui anime également Mouna dans son travail, c'est la question de la capacité des politiques publiques à comprendre et répondre aux réalités d'un territoire et de ses habitants. En 2010, elle accompagne plusieurs communes marocaines qui doivent, pour la première fois, élaborer leur plan communal de développement, un document stratégique fixant les priorités du territoire pour les années à venir. Pendant près de huit mois, elle travaille aux côtés d'élus, de fonctionnaires et d'habitants pour mener à bien cet exercice inédit. C'est à cette occasion qu'elle découvre le rôle de la planification stratégique territoriale, une spécialité qui la rapproche davantage encore de la démocratie participative. Cette expérience conforte sa conviction : on ne peut pas décider à la place des citoyens, mais il est nécessaire de les consulter et de construire le territoire à leurs côtés.
De la recherche à l'action : la naissance de PublicPart
Après plusieurs années d'études, de recherche et une première expérience professionnelle dans un cabinet spécialisé en France, elle choisit de rentrer au Maroc. À son retour, en 2015, elle rejoint un projet pilote de budget participatif, un dispositif déjà bien connu en France mais encore inédit dans le contexte marocain. C'était la première fois que l'Union européenne se mettait en partenariat avec des communes du nord du pays sur ce sujet. Pendant huit mois, l'expérimentation se déploie dans trois villes — Chefchaouen, Tétouan et Larache — et rapproche Mouna des associations de quartier. Elle se découvre une nouvelle envie, celle de documenter et de valoriser ces initiatives de terrain, convaincue que cadres, élus et citoyens ont besoin de repères pour développer ce type de démarche. C'est cette expérience qui fait naître chez elle l'envie d'entreprendre pour créer un espace capable d'accompagner ces acteurs. Elle imagine d'abord un collectif, inspiré de structures françaises comme Démocratie Ouverte. Seulement, en 2015, le sujet reste encore trop nouveau au Maroc pour trouver son public. Elle réoriente alors son projet vers un cabinet de conseil, un format plus adapté aux besoins qu'elle observe sur le terrain : assistance technique, accompagnement, renforcement de capacités. C'est ainsi que naît PublicPart. Parmi les projets menés par PublicPart, trois retiennent particulièrement l'attention :- À Salé, ville jumelle de Rabat, Mouna Saihi est chargée par la GIZ (agence allemande de coopération internationale) d'étudier la mise en place d'un dispositif de concertation à l'échelle de la ville. Son diagnostic de terrain aboutit à la création du « jeudi de la concertation », une assemblée citoyenne réunissant élus et habitants autour de sujets précis — une initiative qui attire notamment l'attention de l'OCDE.
- Avec le programme EqualMED, plus récemment, elle accompagne des communes marocaines dans l'intégration de politiques d'égalité, en s'inspirant en particulier d'expériences menées à Barcelone.
- Le projet qui reste le plus marquant pour elle, cependant, est la création de la première plateforme d'écoute à distance au Maroc destinée aux femmes victimes de violences, développée avec les acteurs publics concernés. Lancé à l'aube du confinement, ce dispositif a permis de répondre à un besoin particulièrement urgent d'écoute et d'accompagnement, dans un moment où les victimes se retrouvaient plus isolées que jamais.




