Défense nationale, désinformation, accès au travail : en quelques semaines, 200 jeunes réunis dans le cadre du Parlement des Jeunes ont produit des propositions collectives sur les sujets qui définissent leur monde. Mais ce qui a surpris leurs accompagnateurs, c’est moins le contenu que la méthode : des désaccords profonds, des débats qui ne se sont jamais fermés. À l’heure où le champ politique peine à incarner un dialogue apaisé, La Fabrique d’Avenir et la MACIF racontent pourquoi ils soutiennent cette expérience, et ce qu’elle dit de la jeunesse d’aujourd’hui.
Missions Publiques. Juliette Bezier, vous être directrice des opération de la Fabrique d’Avenir. Cette édition avait une grande nouveauté : l’ancrage territorial. Qu’est-ce que ça a changé concrètement dans la façon dont les jeunes se sont approprié le processus ?
Juliette Bezier (La Fabrique d’Avenir). Cette troisième édition s’est déroulée en quatre grands temps, entre janvier et avril.
Tout a commencé par un appel à candidatures. Sur 800 dossiers reçus, 200 jeunes ont été sélectionnés pour devenir parlementaires.
La grande nouveauté de cette édition, c’est son ancrage territorial. Avant tout le reste, les jeunes se sont retrouvés en présentiel lors de rencontres régionales dans 10 villes en France. Un moment essentiel pour se rencontrer, créer des liens et faire émerger les premières idées.
Ensuite, entre mi-février et mars, ils ont été répartis en 8 commissions thématiques. Pendant 3 semaines en visio, ils ont travaillé sur les sujets qui les préoccupaient le plus, confronté leurs points de vue et construit des propositions collectives. Chaque commission a aussi échangé avec un expert ou un professionnel du sujet, ce qui a enrichi les réflexions et ouvert de nouvelles perspectives.
Le tout s’est conclu les 2 et 3 avril au CESE, où les jeunes ont présenté leurs travaux devant des personnalités du monde politique, économique et de la société civile.
Deux autres nouveautés ont marqué cette édition. D’abord, les alumni ont joué un rôle clé en animant des sous-groupes au sein des commissions, assurant ainsi une continuité avec les éditions précédentes. Ensuite, le temps fort au CESE a été prolongé d’une journée, permettant de finaliser les travaux, préparer les présentations et vivre des moments importants ensemble, dont une soirée à France Télévisions en présence de sa présidente, Delphine Ernotte.
C’est cette énergie, et toutes ces nouveautés, qui ont permis aux jeunes de produire un livrable aussi riche en quelques semaines.
"Ils ont su confronter leurs points de vue sans que la discussion se ferme. Dans un contexte où le débat public est souvent polarisé, c'était vraiment fort à observer.
Juliette Bezier
Directrice des opération de la Fabrique d’Avenir
Missions Publiques. Cette promotion vous a « vraiment surpris », dites-vous. Qu’est-ce que vous n’aviez pas anticipé ? Et pour vous Alban Gonord, directeur de l’engagement à la MACIF, qui soutient le Parlement depuis ses débuts en 2021 — est-ce que la surprise est encore possible, ou est-ce que vous savez désormais à quoi vous attendre ?
Juliette Bezier (La Fabrique d’Avenir). Cette promotion nous a vraiment surpris. Les jeunes ont beaucoup parlé de défense, de désinformation ou d’accès au travail, des préoccupations qui reflètent le monde dans lequel ils grandissent et se projettent.
Ce qui m’a aussi frappée, c’est leur capacité à débattre. Les avis étaient parfois très différents, mais les échanges sont toujours restés ouverts. Ils ont su confronter leurs points de vue sans que la discussion se ferme. Dans un contexte où le débat public est souvent polarisé, c’était vraiment fort à observer. Ils ont montré qu’un débat exigeant et raisonné était possible.
Alban Gonord (MACIF). C’est aussi pour ce type de résultats que la MACIF soutient le Parlement des Jeunes depuis ses débuts en 2021. Nous y retrouvons nos propres valeurs : démocratie participative, justice sociale, solidarité.
Les jeunes manquent souvent de considération dans l’espace public. Cette démarche nous permet de voir de près ce qui émerge chez eux, bien au-delà de ce que révèlent les grandes études nationales. Ici, chaque voix compte, et c’est en les accompagnant que l’on construit une société plus solide et plus complète.
"Sur le rôle des entreprises, notre conviction est simple : une entreprise ne vit pas en dehors de la société, elle en fait partie. Elle a une responsabilité économique, sociale et démocratique
Alban Gonord
Directeur de l’Engagement à la MACIF
Missions Publiques. Soutenir la parole des jeunes, c’est aussi prendre le risque d’entendre des choses qui dérangent. Comment la MACIF gère-t-elle ça ?
Alban Gonord (MACIF). Notre engagement envers les jeunes prend plusieurs formes concrètes : des études annuelles sur les addictions avec Ipsos, des dispositifs d’expression comme le Parlement des Jeunes ou le concours musical Nouvel Air, et des actions de prévention comme un escape game sur les addictions ou une expérience menée avec le mentaliste Fabien Olicard sur les mécanismes des réseaux sociaux.
Ce que ces initiatives nous apprennent, c’est l’importance de la parole et de la présence. Être là, écouter, créer des espaces d’expression, c’est ce qui fait la différence.
Sur le rôle des entreprises, notre conviction est simple : une entreprise ne vit pas en dehors de la société, elle en fait partie. Elle a une responsabilité économique, sociale et démocratique. Pour une mutuelle comme la MACIF, cela signifie bien sûr protéger ses assurés, mais aussi s’engager dans les transitions écologiques et sociales de notre pays.
Nous croyons que les acteurs économiques doivent, à leur juste place, favoriser l’éveil citoyen. C’est ce qui nous pousse à soutenir des projets comme le Parlement des Jeunes, pour explorer les attentes et les imaginaires politiques de la jeunesse, ou les Universités de la Terre à l’Unesco, pour rappeler que notre avenir ne peut se construire sans attention portée au climat et à la nature.
Missions Publiques. Le Parlement Permanent, c’est le pari que l’élan ne retombe pas. Comment vous assurez-vous que ces jeunes ne disparaissent pas dans la nature après avril ?
Juliette Bezier (La Fabrique d’Avenir). Après l’édition de 2023, nous avons compris qu’on ne pouvait pas s’arrêter à la restitution au CESE. Ces moments donnent beaucoup d’élan aux jeunes et créent une envie de continuer, de porter les idées plus loin.
C’est de là qu’est née l’idée du Parlement Permanent. Il permet aux jeunes parlementaires de rester impliqués : concrétiser des projets, interpeller des acteurs clés, approfondir leurs plaidoyers. L’objectif est de leur donner les moyens de prolonger leur engagement dans la durée.
L’élection présidentielle de 2027 sera un moment important en ce sens. Elle peut permettre d’amplifier leurs revendications et de faire entendre de nouvelles voix.






