Réalité virtuelle, un levier pour l’inclusion et la sobriété ?

La Fondation ELYX travaille autour de trois piliers : l’art, l’innovation et l’engagement autour des Objectifs du développement durable (1). Depuis 20 ans, un de ses fondateurs Yacine Ait Kaci étudie les potentialités de la réalité virtuelle, en termes de création de valeurs non économiques notamment. Dans le champ de la participation citoyenne, la réalité virtuelle permet selon lui, de spatialiser l’expérience collective.

Missions Publiques. Il y a 10 ans, vous avez créé Elyx. Ce personnage est devenu en 2015 le tout premier ambassadeur virtuel des Nations Unies. Cela fait aussi 20 ans que vous vous penchez sur la réalité virtuelle. En quoi, selon vous, peut-elle être une opportunité pour la participation citoyenne ?
Yacine Ait Kaci. Je suis engagé dans l’aventure de la réalité virtuelle depuis plus de 20 ans, ce qui m’a permis de constater une accélération vertigineuse du domaine depuis quelques années. Très vite, j’ai prévenu mes amis sensibles à la prospective de l’évolution rapide de ce domaine et à son potentiel vertigineux. Parmi eux, Missions Publiques qui aujourd’hui, lance une recherche-action sur ces évolutions technologiques avec l’Université de l’Etat d’Arizona et la Fondation Elyx. La réalité virtuelle permet de spatialiser une expérience collective, c’est-à-dire que chacun à distance peut prendre part à une assemblée dans un espace qui nous semble bien réel. A partir des modalités d’organisation des débats physique, on peut imaginer une assemblée virtuelle sans limites, ni géographiques, ni physiques. Tout reste à écrire, je pense qu’il est important que le métavers soit un espace ouvert aux citoyens et qu’ils puissent y prendre la parole le plus rapidement possible.

 

Missions Publiques. Vous parlez de métavers, contraction de « méta » et de « univers », qui désigne une expérience dans un environnement virtuel en trois dimensions. Quel est votre point de vue sur les perceptives d’évolution de cette technologie ?
Yacine Ait Kaci.
Le métavers est un concept édicté pour la première fois en 1992 dans un roman de science-fiction, Snow Crash de Neal Stephenson. Il décrit alors un espace persistant de réalité virtuelle dans lequel des avatars partagent l’expérience d’une sorte de gigantesque ville virtuelle, avec ses bâtiments, ses boutiques, ses espaces privés, ses moyens de transport, etc. Par extension, c’est le terme qui est utilisé depuis quelques temps pour décrire les espaces virtuels connectés, sans qu’il n’y ait de définition officielle définitive. Le terme a toutefois pris une ampleur particulière depuis que Facebook a changé de nom pour devenir Meta, ce qui a démultiplié l’intérêt sur le terme et les articles tentant d’expliquer ce que c’est. Comme il n’y a pas de standard, de nombreuses définitions sont en compétition et le terme continuera à être mystérieux quelques temps car il recouvre des réalités qui n’existent pas encore totalement, malgré toutes les composantes qui existent déjà séparément.

"Ce nouveau territoire digital accompagnera dans l'histoire la sobriété matérielle requise par les enjeux climatiques.

Yacine AIT KACI

Directeur Artistique et Strategique chez GROUPE ELYX

Missions Publiques. « L’identité » de votre ambassadeur virtuel, Elyx est originale : il n’a pas de signe distinctif, pas de genre, de langue ou de culture prédominante. La réalité virtuelle est-elle un levier pour une meilleure inclusion ?
Yacine Ait Kaci.
ELYX est une part de chacun de nous, d’ailleurs HELIX en anglais renvoie à l’hélice ADN : il est une part de notre ADN collectif, qui est une autre façon de voir la notion de réseau et donc de metavers, qui inclue la réalité virtuelle. Nous sommes aujourd’hui dans une véritable révolution, bien au-delà de la technologie, car les notions de valeur et d’intérêt sont en train d’entrer en jeu, au sens propre comme au figuré. La course a déjà commencé et reproduit déjà les travers de l’ancien monde, rareté artificielle, spéculation, exclusivité. C’est dans ce contexte qu’un narratif plus ambitieux et inclusif permettra au plus grand nombre d’entrer dans cet univers et d’en bénéficier. Ce nouveau territoire digital accompagnera dans l’histoire la sobriété matérielle requise par les enjeux climatiques, mais la transformation ne se fera pas uniquement par la contrainte mais aussi par le désir : c’est une course entre ces deux voies qui a commencé. C’est une transformation générationnelle qui créera des frictions et des conservatismes mais qui est déjà en route. D’ici quelques années, il ne serait pas étonnant que les enfants soient plus heureux de recevoir un cadeau virtuel qu’un jouet en plastique « made in China ». C’est un exemple mais si l’on s’amuse à tirer le fil, c’est toute la société qui s’apprête à changer.

 

Missions Publiques. Que diriez-vous à une personne qui reste sceptique face à ces nouveautés ?
Yacine Ait Kaci.
Tout dépend des générations, on ne va pas parler de la même façon à un « 1900 » qu’à un « 2000 », un boomer ou un digital native. Ce sont des étiquettes générationnelles un peu caricaturales mais que l’on retrouve à chaque époque et à chaque rupture technologique. Dès qu’on parle de réalité virtuelle, il y a toujours les 3-4 mêmes réflexions qu’on aurait pu entendre aux débuts d’internet, des smartphones ou même de la télévision, voire de l’imprimerie. Certains n’y entreront pas ou très tard. Il n’est pas inutile de rappeler que cette histoire n’est pas totalement nouvelle. Au 19e siècle à Paris, le public se pressait dans ce qu’on appelait alors les panoramas, de grandes salles circulaires dans lesquelles on était immergé dans une autre réalité à l’aide de panneaux peints et de lumières. Toute l’histoire de l’humanité est une longue route parallèle entre l’Histoire avec un grand H et les histoires que l’on raconte, le réel et la fiction sont deux jumelles qui marchent à des vitesses différentes, se rejoignent et parfois se mélangent. Je dirais surtout aux sceptiques d’essayer. Au moins une fois. Juste pour comprendre de quoi on parle. Tant qu’on n’en a pas fait l’expérience, on n’a vraiment aucune idée de ce dont on parle.

(1) Parmi ses actions autour des ODD : la Fondation ELYX a lancé un programme grand public, 10TOGO, une collection de références pour appréhender les ODD et leur dimension transversale. Elle a également organisé le colloque de rentrée de l’Assemblée nationale sous le signe des ODD et conçu une exposition, qui des grilles du Palais Bourbon est partie en itinérance sur les territoires. Tout le contenu est open source et disponible sur le site de la Fondation.
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