A l’approche de l’élection présidentielle de 2027, comment faire entrer davantage dans le débat public des enjeux de santé encore souvent perçus comme complexes ou techniques ? Avec le Dialogue Santé(1), Sanofi et ses partenaires ont choisi de mettre en discussion, dans les territoires, les questions d’accès aux médicaments innovants, de souveraineté et d’attractivité, en associant citoyens, patients, professionnels, élus et associations. Pour Charles Wolf, directeur France de Sanofi, ce dialogue doit permettre de croiser expertises, expériences personnelles et professionnelles et de faire émerger des propositions qui pourront nourrir le débat public(2).
Missions Publiques. Le sondage(3) montre que les Français considèrent l’innovation thérapeutique comme importante, mais lorsqu’on leur demande de hiérarchiser les priorités de santé, ils citent d’abord les déserts médicaux, le manque de professionnels et les pénuries de médicaments. Quel lien faites-vous entre ces priorités (pour partie au cœur du débat politique) et l’innovation thérapeutique ? Quels sujets liés aux nouveaux médicaments/vaccins et à l’innovation thérapeutique devraient, selon vous, entrer davantage dans le débat public ?
Charles Wolf. Ces priorités ne s’opposent pas, elles se rejoignent. Les Français ont raison de pointer les déserts médicaux et les pénuries : ce sont des symptômes visibles d’un système de santé sous tension. Mais l’innovation thérapeutique est précisément l’une des réponses à ces défis.
Notre sondage révèle que 62 % des Français jugent difficile l’accès aux derniers médicaments innovants. Je suis surpris que les Français en aient autant conscience. Ce chiffre révèle un paradoxe douloureux : nous disposons de médicaments innovants capables de réduire les hospitalisations, de limiter les handicaps et d’améliorer les années de vie en bonne santé, mais ils peinent à arriver jusqu’aux patients.
Depuis quelques années, nous constatons que des médicaments sont disponibles en Allemagne, en Italie, en Espagne, parfois même en Grèce ou au Portugal, mais pas en France. Concrètement, un patient français peut perdre environ dix-huit mois par rapport à un patient allemand avant d’accéder à un nouveau médicament. C’est considérable quand on parle de maladies graves. On ne parle pas d’un confort relatif, mais d’une perte de chance potentielle pour des patients.
Le lien avec les autres priorités de santé des Français est direct : quand l’innovation tarde à arriver, les hôpitaux sont saturés, les médecins sont débordés et donc difficilement accessibles, les inégalités territoriales s’aggravent.
En ce qui concerne les sujets qui devraient entrer davantage dans le débat public :
- La valeur réelle de l’innovation : il faut regarder non seulement le coût du traitement, mais aussi ce qu’on gagne à soigner. Un traitement innovant peut éviter des hospitalisations, réduire le handicap, retarder la perte d’’autonomie. On soigne mieux tout en économisant de l’argent.
- Les délais d’accès : en France, 549 jours s’écoulent en moyenne entre l’autorisation européenne d’un médicament et sa décision de remboursement, contre 38 jours en Allemagne. Si notre ambition est d’apporter les meilleurs soins aux Français, nous ne devons pas ajouter un niveau de complexité inutile et raccourcir ces délais.
- Le décrochage en matière d’investissements et ses conséquences sanitaires : sur 10 médicaments innovants approuvés en Europe, 6 seulement parviennent aujourd’hui aux patients français, contre 9 pour les patients allemands. Il s’agit de mettre en place les conditions, notamment de soutien à ceux qui investissent pour produire et développer des nouveaux médicaments en France et en Europe, pour combler ce fossé qui se creuse en matière d’accès à l’innovation.
La santé est la 2e préoccupation des Français, mais elle reste difficile à aborder dans le débat public en raison de sa complexité et d’un langage très technocratique. Nous voulons revenir à des questions simples : comment garantir l’accès aux meilleurs médicaments et renforcer leur conception, leur développement et leur production en France et en Europe ? »
Missions Publiques. Dans La Tribune(4), vous alertez sur un risque de décrochage de la France, à la fois dans l’accès aux médicaments innovants et dans les investissements pharmaceutiques. Pourquoi est-ce, selon vous, un sujet de santé publique et pas seulement un sujet industriel ?
Charles Wolf. Parce que derrière chaque médicament qui ne vient pas en France, il y a des patients qui n’auront pas accès au meilleur traitement possible. C’est d’abord et avant tout un enjeu de santé publique.
La France a glissé du premier au sixième rang de la production pharmaceutique européenne. La part de l’Europe dans les essais cliniques mondiaux est tombée de 22 % à 12 % en dix ans – 60 000 places dans les essais cliniques perdues pour les patients. Derrière ce chiffre qui reflète la réalité de ceux qui font de la recherche en France, ce sont des possibilités de mieux se soigner qui ne sont pas offertes aux patients français. C’est concret, ça touche à la santé des gens.
Ce décrochage n’est pas seulement un constat posé par les acteurs industriels. Il est perçu par les Français : 93 % estiment que les médicaments courants sont disponibles, mais seulement 38 % partagent ce constat pour les traitements les plus innovants.
"Les discussions [...] se déroulent souvent dans un langage technocratique qui éloigne les citoyens du débat sur ces enjeux du quotidien. [...] nous ne pouvons plus continuer comme avant pour arriver à mieux nous soigner demain.
Charles Wolf
Directeur France de Sanofi
Missions Publiques. Sanofi aurait pu se limiter à porter son diagnostic et ses propositions. Avec le Dialogue santé, vous avez choisi de faire discuter ces sujets dans les territoires avec des citoyens, des patients, des professionnels, des élus, des associations et d’autres acteurs. Qu’attendez-vous de cette démarche ? Qu’est-ce que ce dialogue peut apporter que les discussions entre experts, industriels et pouvoirs publics ne permettent pas ?
Charles Wolf. Avec ses partenaires (le Collectif Je t’Aide, France Biotech, Asterès et Future4Care), Sanofi a décidé d’initier le Dialogue Santé parce que la santé concerne tout le monde, et que les solutions ne peuvent pas venir uniquement d’en haut. Les discussions entre experts, associations des patients et professionnels de santé, acteurs de la chaîne du médicaments et pouvoirs publics sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas. Elles se déroulent souvent dans un langage technocratique qui éloigne les citoyens du débat sur ces enjeux du quotidien.
Avec le Dialogue Santé, nous voulons revenir à des questions simples, sur lesquelles chacun peut se prononcer, sans besoin d’être un expert : comment garantir l’accès aux meilleurs médicaments ? Comment accélérer leur arrivée jusqu’aux patients ? Comment continuer à développer et produire les médicaments en France et en Europe ?
Ce que le Dialogue Santé apporte de différent :
- La parole aux premiers concernés : les décisions qui touchent à la santé de tous doivent être éclairées par l’expérience de tous. Le Dialogue Santé se veut un espace de discussion ouvert, où chacun peut contribuer au débat et confronter son expérience à celle des autres participants.
- Une prise de conscience collective : je suis surpris que 62 % des Français aient conscience de la difficulté d’accès aux médicaments innovants. Cela montre que le sujet n’est pas technique ou abstrait – il touche le quotidien des gens. 59 % des Français seraient prêts à partir à l’étranger si le meilleur traitement n’est pas disponible en France. C’est surtout un appel à la réaction.
- Les réalités territoriales : l’accès aux soins et aux médicaments n’est pas le même partout en France. Ces échanges se déroulent dans différents territoires pour faire remonter les préoccupations qui peuvent varier d’une région à l’autre.
- Des expériences concrètes plutôt que des théories : les experts peuvent diagnostiquer le problème et imaginer des solutions, mais ce sont les gens sur le terrain qui vivent au quotidien les conséquences de nos choix collectifs. Leur parole est irremplaçable. Comment mieux se soigner demain ? C’est à eux de nous le dire.
Missions Publiques. Le Dialogue Santé fera peut-être émerger des priorités, en termes d’innovation thérapeutique, auxquelles Sanofi et ses partenaires ne s’attendent pas. Comment imaginez-vous porter ces aspirations partagées ?
C’est précisément l’intérêt de la démarche : nous ne savons pas tout à l’avance. Et c’est une bonne chose. Si le Dialogue Santé fait émerger des priorités auxquelles nous ne nous attendions pas, cela signifiera qu’il a rempli son rôle.
Notre engagement est clair : nous ne faisons pas cette démarche pour la forme. Les organisations peuvent prendre part à la démarche en déposant un cahier d’acteur jusqu’au 1er novembre 2026. Tous les échanges seront synthétisés et restitués publiquement en début d’année prochaine.
Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons plus continuer comme avant pour arriver à mieux nous soigner demain. Le Dialogue Santé est une contribution à cette refondation nécessaire. Concrètement, si le Dialogue Santé nous aide à réduire l’écart d’accès à certains médicaments innovants entre un patient français et un patient allemand, nous aurons réussi.






