Qui sont celles et ceux qui participent à l’Assemblée citoyenne pour le climat de Bruxelles ? Comment perçoivent-ils les enjeux environnementaux et sociaux du numérique ? À travers les portraits de Nada, infirmière urgentiste, et de Cesar, étudiant en sciences politiques, découvrez deux parcours, deux regards et deux expériences de participation citoyenne autour d’un même défi : imaginer un numérique plus responsable.
NADA
A 47 ans, Nada est infirmière urgentiste et mère de deux garçons de 8 et 11 ans. Originaire du Liban, elle vit en Belgique depuis près de 18 ans. C’est une opportunité professionnelle qui l’a conduite à quitter son pays : après ses études en soins infirmiers, elle répond à une campagne de recrutement pour la Belgique qui manque d’infirmières et d’infirmiers. Une fois installée, elle poursuit sa formation avec deux années de spécialisation à l’hôpital Erasme.
La première année est difficile. Nada arrive seule, loin de ses proches. Le français, dans lequel elle a étudié, lui est familier, mais tout le reste est à découvrir. Au fil du temps, les collègues deviennent des amis et elle trouve sa place. Elle y rencontre aussi sa femme. Aujourd’hui installée avec sa famille dans la commune d’Uccle, elle apprécie Bruxelles pour sa taille (modeste), la facilité des déplacements et l’ouverture de ses habitantes et habitants.
Quand elle reçoit l’invitation à l’Assemblée citoyenne pour le climat, sa première réaction est la surprise : elle ne savait pas qu’une telle démarche existait. Puis vient l’envie de participer. Le changement climatique l’intéresse, mais le lien avec le numérique reste à découvrir. « On a reçu beaucoup d’informations sur l’alimentation, les déchets mais peu sur les conséquences du numérique », explique-t-elle. Elle souhaite donc en savoir davantage. Cette curiosité rejoint une préoccupation très concrète : l’avenir de ses enfants. L’évolution rapide de l’intelligence artificielle l’inquiète : elle veut pouvoir donner à ses garçons des repères pour grandir dans ce monde et garder une maîtrise de leurs usages.
Après la première session, elle leur montre les photos qu’elle a prises des présentations. Un exemple l’a particulièrement marquée : les ressources nécessaires à la fabrication d’un ordinateur. Pour elle, cela invite à garder ses équipements « le plus longtemps possible », sans céder à la publicité ni à la surconsommation. Ses séjours au Liban, où vivent sa mère et ses frères et sœurs, lui donnent aussi un autre regard sur le numérique. A chaque retour, elle mesure le contraste avec la Belgique, qu’elle décrit comme « un monde hyper développé, submergé par ce développement ». Mais elle constate aussi qu’elle peut s’adapter à un quotidien moins numérisé. Faire avec moins lui semble alors possible.
Avant cette première journée, Nada doutait de sa place. « Pourquoi je suis là ? Qu’est-ce que je veux dire ? Est-ce que mon avis intéresse les autres ? » Les échanges l’ont rassurée. Elle a reconnu des expériences proches des siennes et découvert qu’il était possible de réfléchir ensemble aux avantages comme aux difficultés du numérique. « Je suis sortie convaincue qu’on peut faire quelque chose ensemble. » Elle attend maintenant que cette parole soit prise en compte. Elle souhaite notamment que les choix d’investissement soient discutés, plutôt que de considérer le développement effréné (sans contrôle) de l’IA comme une évidence.
Et l’aventure se poursuivra peut-être en famille : Nada a promis à ses garçons de les emmener les dimanches matin « comme ça, ils pourront voir sur place ». Une occasion de leur faire découvrir ce qui se passe à l’Assemblée, au-delà des récits rapportés à la maison.
CESAR
À Saint-Gilles (commune de Bruxelles), où il est né et vit toujours, Cesar partage son temps entre les cours de sciences politiques à l’ULB et le service dans un restaurant de plats à partager. Un travail qui lui plaît et qui, à 19 ans, prolonge une habitude prise dès ses 15 ans : travailler à côté des études. Du démontage de salles de concert à la restauration, ses petits boulots lui permettent de payer ses frais universitaires et de s’offrir des voyages.
Son histoire familiale traverse plusieurs frontières : son père, né à Casablanca, est arrivé en Belgique à 12 ans. Sa mère est née en Wallonie, dans une famille originaire de Sicile venue travailler dans les mines de soufre.
La politique intéresse Cesar depuis l’enfance. Petit, il regardait Les Guignols de l’info, l’émission satirique à marionnettes, aujourd’hui disparue. Il envisage peut-être de s’engager un jour, mais estime « avoir encore à apprendre avant de prétendre à une responsabilité politique ». Les sciences politiques lui plaisent justement pour la diversité des matières : elles lui permettent d’explorer plusieurs domaines sans suivre un chemin tout tracé.
Lorsqu’il reçoit l’invitation à l’Assemblée citoyenne pour le climat, il en parle autour de lui. Un ami ayant participé à un précédent cycle l’encourage vivement. Cesar décide de tenter l’expérience. Il y vient avec des convictions et des interrogations. Pour lui, les urgences sociales doivent passer en priorité. Il doute aussi de la capacité d’une Région à agir sur un problème climatique mondial. Il s’inquiète notamment de voir des déchets électroniques envoyés dans des pays plus pauvres : pour lui, réduire la pollution ici ne devrait pas conduire à la reporter ailleurs. Cela ne l’empêche pas de participer : « Je suis venu quand même, j’ai hâte de me tromper. »
De la première journée, il retient l’intervention de la secrétaire d’État, mais a trouvé le déroulement parfois trop lent, notamment le temps consacré à la charte des échanges. Ce qui lui plaît surtout, c’est la diversité des personnes réunies. « C’est bien d’avoir plein d’avis mélangés, de différentes sphères sociales, qui puissent discuter ensemble d’un sujet commun. »
À l’aise à l’oral, Cesar aime discuter. Mais il reconnaît que son cercle habituel rassemble souvent des personnes de gauche, issues de milieux proches du sien. Il se souvient de sa surprise lorsqu’il a rencontré, adolescent, quelqu’un de son âge qui pensait autrement. L’Assemblée lui offre l’occasion de poursuivre ces rencontres et de confronter ses idées.
Sur le numérique aussi, il veut apprendre. Il utilise l’intelligence artificielle tous les jours, notamment pour ses études, et trouve ses possibilités impressionnantes. Mais il juge nécessaire de les encadrer. « L’IA, moi, je l’utilise tous les jours, mais je n’en connais pas plus que ça », reconnaît-il. Pour la suite, Cesar garde sa curiosité et une attente concrète : l’Assemblée sera réussie « si au moins une de nos conclusions est prise en compte » par le gouvernement bruxellois.






