Les 5 clés d'une délibération en ligne réussie

La crise sanitaire nous oblige à imaginer de nouvelles modalités de travail, de rencontres avec nos ami.e.s et de loisirs « virtuels ». Dans notre champ d’activité – la participation citoyenne – où l’échange humain, incarné et sensible est la clé de voute des dialogues, cette adaptation n’est pas toujours évidente mais elle est indispensable pour la santé démocratique en période de confinement. Si le 100% en ligne n’est pas l’idéal absolu de la participation, il peut néanmoins être vivant, productif et amusant. Voici les 5 conseils pour une délibération en ligne réussie.

1) On « brise » la glace à distance

L’invitation envoyée aux citoyen.ne.s est très importante, d’autant plus si la délibération (convention citoyenne, jury citoyen, assemblée citoyenne…) se déroule en ligne.  La première prise de contact passe par la voix et le téléphone. Un mail ou un courrier explicatif, personnalisé avec des questions décalées peuvent permettre de « briser la glace » et de lever les éventuelles réticences des habitant.e.s sollicité.e.s, qui entrent ainsi dans le processus en amont. En prenant en compte ces informations en ouverture de la première session par exemple, l’ambiance est plus chaleureuse et moins solennelle et les participant.e.s sont plus à l’aise.

2) On prend en compte toutes les situations numériques

Le passage en ligne peut accentuer certaines fractures : celui de l’illettrisme numérique bien sûr, mais aussi des disparités d’outillage : pas de smartphone, d’ordinateur ou de tablette, mauvaise connexion etc. Le mail envoyé et l’échange téléphonique permettent de connaître ces situations et de s’adapter pour que ces personnes puissent participer : relai avec des associations sur place, prêt d’ordinateurs ou de tablettes, personne dédiée qui accompagnera la ou les personnes en difficulté tout au long de la démarche. Enfin, quelques jours avant le jour J, un autre contact est pris (mail et/ou appel téléphonique) pour expliquer comment utiliser Zoom par exemple. Grâce à des captures d’écrans, et à une expérience en conditions réelles, les participant.e.s appréhendent l’interface de cet outil : comment accéder à la plateforme via son mobile ou son ordinateur, comment activer ou désactiver son micro et/ou sa caméra, comment demander la parole et comment utiliser le chat pour interagir etc. Et l’appui personnalisé peut être ludique : proposer un apéro virtuel la veille de la rencontre à un petit groupe de participant.e.s pour faire connaissance autour d’un verre et apprivoiser ensemble la manipulation technique de la vision par un échange convivial et informel.

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3) On s’adapte à l’univers familier

Les démarches participatives se déroulent souvent en soirée ou le week-end. Quand on passe en ligne, il faut accepter que les participant.e.s (et les animateur.trice.s) soient le jour J dans leur chez-soi avec des enfants, des bruits d’animaux, qu’elles ou ils n’aient pas une pièce tranquille dédiée. Mieux vaut en sourire ensemble qu’en être gêné.e.s, et en faire une occasion de créer de la connivence et de la convivialité. Bienvenue dans la vraie vie… des citoyen.ne.s comme des organisateur.trices !

4) On varie les plaisirs

Pour ne pas s’épuiser et éviter l’effet spectateur, il faut bannir, encore plus qu’en présentiel les tunnels d’intervention et varier les rythmes. Et là, la technologie nous aide : distribuer la parole est facile, activer des sous-groupes virtuels est instantané (vive la téléportation !), le fil de conversation permet de faire s’exprimer autrement les participants notamment les moins à l’aise, d’aller chercher des réactions écrites en direct, et même de discuter entre participant.e.s, co-écrire en direct sur un document partagé à l’écran est plus facile que jamais, des sondages en direct peuvent être créés à tout moment pour mesurer les convergences et les dissensus et en discuter ensemble, etc. Les pauses ne se font pas ensemble autour d’un café, mais peuvent se faire autour d’une vidéo, d’un partage de playlist musicale, voire d’une performance musicale par un.e participant.e…

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5) On redouble d’imagination

Le tout en ligne nous permet de mettre à l’épreuve notre créativité d’animateur.trice.s : sondages instantanés, visionnage de vidéos, interventions extrêmement courtes de témoins du monde entier, co-écriture en direct via le fil de conversation ou des outils type google doc, alternance éclair entre des sous-groupes et des plénières grâce à une répartition instantanée…

Cette situation, si elle devait perdurer, doit enfin nous interroger sur le développement de méthodes hybrides : au-delà d’une montée en puissance du numérique synchrone (et oui, le numérique, ce ne sont pas que des modalités asynchrones comme le confinement nous a permis de le (re)découvrir) , il nous faudra peut-être demain davantage parier sur du présentiel asynchrone : des kits de conversation citoyenne « Do it yourself » à faire en famille, avec ses collègues, au sein d’un club de ping-pong, d’une classe de 4ème ou d’un foyer de maison de retraite ; des micro-agoras dans les marchés, des enquêtes citoyennes… en attendant de pouvoir comme avant mars 2020 se réunir en grand groupe dans des conditions sanitaires et délibératives satisfaisantes.

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