Convention citoyenne Occitanie : portraits de citoyen.ne.s

Mise à jour : 27 septembre à 15:30
La Convention citoyenne Occitanie a débuté mi-septembre. Une centaine de citoye.ne.s ont été tiré.e.s au sort pour réfléchir à un territoire plus juste et plus durable. Ce territoire, c’est une vaste région. Une terre contrastée qui rassemble 13 départements, deux grandes villes – Toulouse et Montpellier -, un littoral méditerranéen et des zones rurales peu peuplées. Les participant.e.s de la Convention sont issus de milieux différents, représentent toutes les catégories socio professionnelles, tous les âges… Nous vous proposons ici quelques portraits qui illustrent la richesse et la complexité de cette terre. 
« Je suis là pour être le garant du monde agricole.

Jérome

44 ans, paysan

Jérôme est un paysan de 44 ans, un homme qui « travaille avec le sol » et avec tout un écosystème : les animaux (poules, cochons, brebis), les arbres fruitiers et les légumes. Marié, père de 4 enfants, Jérôme a hésité avant de dire oui. Avec le Covid, son chiffre d’affaires, qui reposait à 80% sur les foires, a très fortement chuté. Mais, référencé sur un site de la Région comme agriculteur en vente direct, il a pu assurer des livraisons notamment aux hôpitaux. Après l’épidémie, participer à la convention lui permettait aussi de se « rouvrir » et c’est donc en « garant du monde agricole et pour défendre l’image écornée des agriculteurs » qu’il a finalement accepté. Mais pas que. L’égalité sociale et la précarité sont des sujets qui le touchent particulièrement, personnellement même, puisque Jérôme l’a côtoyée de très près il y a 15 ans. Cet « accident de vie » a été un tournant majeur : changement de métier et de région pour descendre dans l’Aude. « Je suis à l’aise là où je suis aujourd’hui » et malgré des revenus plus que justes et des journées de près de 20 heures, « je ne regrette rien. L’avenir de la planète passe par des exploitations agricoles comme les miennes.

Jérôme est interpellé par un certain nombre de citoye.ne.s. Il explique patiemment la différence des prix entre les producteurs indépendants et les supermarchés, mais aussi la PAC (Politique agricole commune) et la chasse. Des sujets complexes et sujets à tension. « J’essaie aussi de réfléchir aux autres propositions. Et là, c’est très intéressant intellectuellement ». La convention citoyenne n’est pas une démarche qui suscite l’adhésion dans son entourage ; ce serait donc pour lui une réussite si une dizaine de propositions sont réellement portées et ont une conséquence directe pour les habitant.e.s d’Occitanie dans leur vie de tous les jours ». 

« Je ne me suis jamais autant senti citoyen.

Arnaud

36 ans, quincailler indépendant

Arnaud est quincailler indépendant pour les professionnels. Il habite avec sa femme, infirmière et ses deux enfants, dans un village près de Rodez dans l’Aveyron. A 36 ans, il a toujours vécu en Occitanie et hormis les considérations logistiques à gérer par rapport à sa charge de travail et à la garde de ses enfants, il n’a pas hésité une seule seconde à s’engager dans la démarche : « j’y ai vu l’occasion de me réinvestir. Alors que plus jeune je faisais partie d’un conseil municipal pour enfants, je me suis progressivement éloigné de la politique ». Arnaud avait aussi pas mal d’idées à défendre : la transition énergétique, les problèmes de garde d’enfants quand on a des horaires décalés et les déserts médicaux.

De nature expressive, il a échangé, débattu, évolué sur certains sujets comme le recyclage et a noué des liens amicaux avec des personnes inattendues pour lui. « Alors que j’avais des idées reçues à l’encontre des professeurs à la retraite, je bois des coups tous les soirs avec eux ! Des barrières sont tombées » s’amuse Arnaud. Le mandat confié aux citoyen.ne.s par la Région est à son avis un peu vague et entraîne quelques confusions mais la convention citoyenne est, à ses yeux, déjà une réussite : « il y a ici 100 personnes qui ne se sont jamais autant senties citoyennes et concernées. L’autre réussite sera s’il ressort de nos idées une application qui contribue au bien-être du plus grand nombre ». 

« J’ai été enrichie par les idées des autres.

Eva

55 ans, agente immobilière

Eva, 55 ans, vit dans un petit village de l’Ariège. Elle exerce la profession d’agente immobilière et se lance depuis peu dans la création de sa propre entreprise. Elle vient « des îles », du Vanuatu  plus précisément où son père était régisseur de la prison et sa mère secrétaire administrative. La famille est arrivée en métropole en 1979 quand ce petit Etat d’Océanie est devenu indépendant. Concernant son application dans la convention citoyenne Occitanie, elle s’est « immédiatement sentie concernée. De par mon métier, je suis confrontée aux problèmes de logement et les gens réclament aujourd’hui un bon environnement ». Eva est aussi venue à la convention nourrie par son expérience de vie, et avec des objectifs très clairs : un environnement plus favorable aux personnes âgées, parler d’éducation et de scolarité mais aussi de sujets touchant l’alimentation et la vie saine en générale. 

« J’ai pu m’exprimer mais j’ai été enrichie par les idées des autres. D’une manière générale, il y a du partage et du respect et toutes les idées sont bonnes à prendre ». Elle a trouvé certains exercices fastidieux mais au final, elle a apprécié être « poussée dans ses retranchements ». Par la suite, Eva se voit comme une « ambassadrice » de la convention « j’ai la chance de défendre des idées pour tous, il me tarde de rencontrer les élu.e.s de mon village ». Ce qu’elle redoute ? Que la votation citoyenne ne mobilise pas les habitant.e.s d’Occitanie. Son souhait ? Que la moitié des propositions des citoyen.ne.s de la convention soient appliquées par la Région. 

« J’essaie de parler au nom de tous et pas que de moi.

Ahmed

47 ans, auto-entrepreneur

Ahmed est un « nouvel » arrivant en Occitanie. Originaire de banlieue parisienne, il est descendu il y a 3 ans dans le sud avec femme et enfants – 4 – en répondant à l’annonce suivante « école cherche enfants ». Atterrissage donc en Lozère. En été, Ahmed est primeur sur les marchés, dans les villages vacances et les campings. Le reste de l’année, il propose des couscous, tajines et pâtisseries orientales à domicile. A 47 ans, il considère que « c’est une chance de fou » d’avoir été tiré au sort avec en ligne mire une volonté de rencontrer les agent.e.s de la Région et sa présidente Carole Delga. Ses attentes ? Témoigner de la complexité de se déplacer et d’implanter des commerces en zone rurale. Ahmed s’est fait le relai des habitant.e.s de son village de 200 habitants « si vous avez quelque chose à dire, faites le moi savoir ; j’essaie de parler au nom de tous et pas que de moi ». Il a beaucoup apprécié les propositions « on est dans le réel » et les liens qui se créent entre les participant.e.s.

Après la 1re session, Ahmed a tenu au courant de sa participation le maire de sa commune, très réceptif à la démarche. Actif et particulièrement concerné par la vie locale, Ahmed résume sa conception de la politique à « celui qui reste dans son coin n’arrive jamais à rien ». La convention est, pour lui, déjà une réussite, la prise en compte et la réalisation de certaines propositions par la Région constitueront la cerise sur le gâteau.

« Fière de dire ‘j’y ai participé’.

Lydie

43 ans, auto-entpreneure

A 43 ans, Lydie se qualifie de « paysanne », c’est-à-dire une enfant du Gers, son pays. Sans emploi après des ennuis de santé, elle créé depuis 7 ans des objets de décoration qu’elle vendait, jusqu’à l’épisode Covid-19, sur les marchés. Issue d’une famille d’agriculteurs, elle vit dans un village de campagne avec son compagnon et ses  3 enfants. C’est encouragée par son entourage qu’elle s’est rendue à la convention citoyenne. Un choix qu’elle ne regrette pas, bien au contraire « avant, j’étais timide, introvertie. J’ai franchi des barrières qui me semblaient auparavant infranchissables comme parler devant un groupe, à des journalistes et dans un micro ! ».

Pour elle, la convention sera une réussite si certaines propositions sont retenues et appliquées « je serai fière de dire ‘j’y ai participé’ ». Après la 1ère session, Lydie a expliqué la démarche, le tirage au sort et certaines de ses propositions à des habitant.e.s de son village « j’ai ressenti de l’intérêt pour les mêmes sujets de préoccupation ». En véritable porte-parole, elle encourage ses concitoyen.ne.s à participer à la votation citoyenne organisée à partir de 16 octobre. Peu intéressée par la chose politique, Lydie n’avait jamais imaginé s’impliquer autant « je vais m’inscrire sur la liste électorale de mon village. Avec la convention, toutes les portes se sont ouvertes ».

« Ici, je comprends le point de vue des gens.

Llona

21 ans, en formation

Llona habite Nîmes. Après un bac littéraire et un CAP hôtellerie, Llona change de voie et suit désormais une formation de décoratrice d’intérieur. A 21 ans, cette fille d’un père commerçant et d’une mère appartenant aux gens du voyage, se sent décalée par rapport à ses ami.e.s qui ne semble pas avoir les mêmes inquiétudes sur l’avenir, l’environnement et l’écologie. Quand elle a reçu l’appel pour participer à la convention citoyenne, elle a donc immédiatement dit oui. Pas par mimétisme avec la Convention citoyenne pour le climat dont elle n’avait pas entendue parler mais parce qu’elle y a vu « une opportunité pour s’exprimer ».

« Ce que j’aime dans ce processus, c’est qu’on demande aux gens ce qu’ils veulent et qu’on arrête de penser à leur place ». Surprise par les points de convergences avec des participant.e.s pourtant très éloigné.e.s d’elle et son quotidien, Llona ne voit « que du positif » dans cette confrontation bienveillante : « on n’est peut-être pas d’accord sur tout mais c’est ça qui est enrichissant. Ce qui est sûr, c’est qu’on a tous exprimé la même envie de changement ». 

« Ce sera positif si les conventions citoyennes perdurent et se multiplient.

Colette

66 ans, enseignante à la retraite

Colette habite l’Ariège et sa montagne depuis toujours. A 66 ans, cette enseignante à la retraite, spécialisée dans les enfants en difficultés, sportive, joueuse de saxophone et bénévole à la Croix-Rouge a repris des études et obtenu un master en aménagement du territoire. Enthousiaste à l’idée d’avoir été tirée au sort, cette ancienne militante de l’éducation populaire à la Ligue de l’enseignement n’a pas hésité à participer à la Convention citoyenne de sa région avec pour objectif de départ de « défendre la juste place des associations ainsi que celle des élu.e.s du territoire ».

Après la première session, elle est un peu réservée sur le contenu des propositions : « on a joué les bons élèves. En lisant la liste des premières propositions (230 !), je trouve qu’on n’a pas eu l’occasion d’exprimer ce qu’on avait au plus profond, et beaucoup de propositions me semblent déjà avoir été réalisées ou en cours. J’attends de voir la suite ». En revanche, Colette juge la démarche innovante et souligne le mérite de la Région d’organiser la rencontre de ces citoyen.ne.s venus d’univers très différents et d’ancrer les réflexions dans le quotidien des habitant.e.s : « Chapeau d’arriver à ce que tous ces échanges se déroulent dans un tel esprit de convivialité, avec aussi peu d’accrochages et beaucoup de bienveillance. C’est très fort et je peux dire que j’ai progressé dans l’écoute des autres ». Pour Colette, la démarche sera un succès, si des conventions ou consultations « perdurent et se multiplient ». A suivre.

« La convention sera une réussite si 20% de nos propositions sont effectives d’ici 1 ou 2 ans.

Francis

70 ans, gendarme à la retraite

Francis, 70 ans, est un ancien gendarme. Il habite un petit village du Gers où il distille de l’armagnac. Comme beaucoup de citoyen.ne.s tiré.e.s au sort pour participer à la Convention citoyenne Occitanie, Francis a tout d’abord cru à un canular. Vérification auprès de la Région, petit délai de réflexion et puis c’est oui. La Convention citoyenne pour le climat ? « C’est rien du tout ! » affirme Francis, pour qui « le climat n’est pas l’affaire des êtres humains, c’est une question de cycle». Très sceptique sur le climat certes, mais ni sur le tirage au sort qu’il juge « juste » ni sur le principe de la convention « utile » à ses yeux  « puisqu’on n’est pas là pour voter pour une personne ». L’échelle régionale prend tout son sens et c’est cette proximité avec le quotidien des Occitan.ne.s qui rend Francis optimiste sur le processus. Après une première journée dense en informations et interventions (mais pas assez pédagogiques à son goût), les participant.e.s ont commencé à rentrer dans le dur des propositions.

La co-construction semble avoir été une révélation pour Francis, très enthousiaste après avoir débattu avec ses camarades de table. « Ce que j’apprécie particulièrement, c’est qu’on aboutit toujours à une solution valable. On cherche le consensus ». Quant à la votation citoyenne qui débute le 12 octobre, Francis espère que les habitantes et habitants d’Occitanie seront nombreux.ses à voter sur les propositions issues de la Convention. Lui s’en fera le relai, c’est certain. 

“Je sens que je peux apporter ma pierre à l’édifice.

Nacera

24 ans, chargée d’affaires
professionnelles en banque

Nacera travaille dans la banque à Nîmes. Elle est chargée d’affaires professionnelles. A 24 ans, elle se dit chanceuse d’avoir été tirée au sort. Oui, elle a fait le parallèle avec la Convention citoyenne pour le climat sans véritablement appréhender la démarche. Ce qui la motive ? Aborder des sujets qui touchent « aux besoins primaires » : se loger, se nourrir, consommer. « Je me suis dit : moi aussi, je peux apporter ma pierre à l’édifice ». Pour l’instant, la convention citoyenne Occitanie tient ses promesses, c’est-à-dire « écouter sans orienter », une des craintes de Nacera. Ses préoccupations principales sont l’emploi pour les jeunes diplômés, l’éducation et logement et aussi tout ce qui a trait au « bien-vivre » : manger bio et local, la mobilité douce…

A l’écoute, Nacera aime dialoguer avec des personnes dont elle ne partage pas les points de vue. « Je me sens impliquée. Au début, je comprenais mal les objectifs et comment corréler toutes ces thématiques avec le Green new deal. Maintenant, c’est clair » grâce entre autres au speed-dating organisé avec les agent.e.s de la Région pour mieux comprendre ses champs de compétences. Nacera se dit enthousiaste à l’idée de proposer des pistes concrètes aux habitant.e.s d’Occitanie, appelés à voter sur les propositions de la convention mi-octobre.  

« Les propositions de la Convention citoyenne ne doivent pas rester au stade d’utopie.

John

30 ans, commercial dans la
rénovation de l’habitat

John a 30 ans et vient d’un village dans le Gard, près de Nîmes. Depuis 5 ans, il exerce la profession de commercial dans la rénovation de l’habitat, une entreprise familiale créée dans les années 60 par son père. Avec sa femme, ils proposent également des chambres d’hôtes si bien que John s’intéresse autant aux sujets touchant l’écologie et la transition énergétique qu’aux enjeux du tourisme. Lors de la première session, John a apprécié plancher « sur des choses plus grandes que nous » et confronter ses idées avec des personnes « qu’il n’aurait pas eu l’occasion de côtoyer ». Une richesse qui lui permet « d’évoluer ». « J’essaie de m’intéresser à d’autres sujets et j’en profite pour me cultiver : j’ai même décidé de lire Nietzsche ! ».

Ce qu’il souhaite, c’est que cette convention régionale ne fasse pas polémique contrairement à la Convention citoyenne pour le climat réduite à « 3 propositions et puis, plus rien ». Les propositions ne sont pas encore assez précises. A l’issue des trois sessions, John souhaiterait que la convention citoyenne Occitanie aboutisse à des propositions concrètes « bien ficelées qui intègrent le projet, la solution et les moyens de la Région ». A ses yeux, la votation citoyenne permettra aux habitant.e.s du territoire de dégager des priorités. Pour que toutes ces propositions ne restent pas au stade de « l’utopie ».  

“Ça me redonne du baume au cœur de ressentir cette cohésion.

Lucille

26 ans, comédienne

Lucille est une comédienne de 26 ans originaire de Toulouse. Elle cumule plusieurs emplois, prof de théâtre et ouvreuse, pour pouvoir vivre de sa passion. Comme beaucoup de participant.e.s tiré.e.s au sort, elle a d’abord cru à une blague mais a néanmoins très vite accepté « j’ai la sensation qu’on a toutes et tous un rôle citoyen à jouer dans la région ». Défendre la culture, mieux expliquer ses contours et ses enjeux au-delà des questions de patrimoine, voilà ce qu’avait en tête Lucille avant la première session de la convention citoyenne. « Malgré nos métiers différents, on a tous des revendications communes : assurer le bien-être des citoyen.ne.s et prendre soin de notre lieu de vie et de notre planète. Alors que je me sentais très seule après le confinement, ressentir cette cohésion m’a redonné du baume au cœur ».

La rencontre avec les agent.e.s de la région l’a un peu déçue car trop axée sur l’existant, celle avec les acteur.trice.s du territoire en revanche a été une expérience « assez forte » par l’étendue des projets et la « radicalité » de certaines initiatives. Ses attentes ? Que les mesures travaillées par les 100 citoyen.ne.s soient entendues et appliquées. Lucille se qualifie peut-être de « grande pessimiste » mais, avec cette convention, « on peut aspirer à un changement global ».  

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