Les 12 et 13 septembre, la Convention citoyenne pour la démocratie a tenu sa première session à Lille. Deux jours pour faire connaissance, poser les règles de la délibération, dresser un premier diagnostic de la démocratie française et commencer à imaginer celle de demain. Avec une question qui accompagnera les membres jusqu’en décembre : quelle démocratie voulons-nous ?
Deux images à choisir en arrivant. L’une pour représenter ce qui inspire aujourd’hui, dans la démocratie. L’autre pour dire ce qui inquiète.
C’est par ce geste que s’est ouverte, samedi 12 septembre à l’Atelier de Sciences Po Lille, la première session de la Convention citoyenne pour la démocratie. Une manière d’entrer dans le sujet autrement que par les institutions, les articles de la Constitution ou les réformes à imaginer : en partant des expériences, des souvenirs et des représentations de celles et ceux qui allaient passer les deux jours suivants à en débattre.
La Convention est le premier grand dispositif participatif du programme de recherche DemoCIS, porté par l’Université de Lille et financé dans le cadre de France 2030. Elle se réunira pendant quatre week-ends, de septembre à décembre, avant la formulation de préconisations début 2027. Sa particularité : faire dialoguer, au fil du processus, 52 citoyennes et citoyens tirés au sort, des parlementaires et des représentants de la société civile. Missions Publiques en assure la conception méthodologique et l’animation.
Une fois ce cadre posé, les membres entrent dans le fond : qu’est-ce qui fonctionne dans notre démocratie aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fonctionne moins bien ? Et qu’est-ce qui indigne ?
Les échanges font apparaître à la fois des attachements forts et des insatisfactions. Les participants évoquent notamment les libertés démocratiques, le vote ou encore la démocratie locale, tout en faisant part de leurs interrogations sur la représentation, la participation entre deux élections et le fonctionnement des institutions.
Ces premiers constats ne sont pas encore des conclusions. Ils constituent un point de départ pour la suite des travaux : identifier ce qui mérite d’être préservé, ce qui doit être interrogé et les sujets que la Convention devra approfondir au fil des prochaines sessions.



Les membres ont été invités à se projeter vers la démocratie qu’ils souhaiteraient voir demain. Les échanges ont fait émerger plusieurs grandes interrogations : comment permettre à chacun d’agir davantage ? Comment se former une opinion éclairée ? Comment mieux associer les citoyens aux décisions ? Qu’attendre de celles et ceux qui exercent le pouvoir ? Et comment prendre en compte les personnes qui restent éloignées de la décision ?
Ces questions ont ouvert des pistes autour de la proximité, de l’information, de la participation, de la responsabilité et de l’exemplarité, tout en faisant apparaître des points de débat qui seront approfondis lors des prochaines sessions. À ce stade, une question devient incontournable : pour améliorer la démocratie, faut-il changer les institutions ?
Deux regards volontairement différents sont alors proposés aux participants.
Pierre Rosanvallon, historien et sociologue, invite à ne pas réduire la démocratie à ses seules procédures. Elle remplit, selon lui, plusieurs fonctions qu’il faut savoir organiser
- D’abord, la représentation : non pas seulement déléguer à quelqu’un le soin de parler à sa place, mais faire entrer dans l’espace public la réalité de ce que vivent les personnes.
- Ensuite, la délibération : une démocratie ne peut se limiter à la confrontation de positions déjà constituées ou au seul moment où 51 % l’emportent sur 49 %. Discuter doit aussi permettre aux arguments de circuler, aux positions d’évoluer et à la société elle-même de prendre part à la construction du débat.
- Enfin, le contrôle des gouvernants : l’élection ne consiste pas uniquement à désigner, mais aussi à pouvoir évaluer et sanctionner l’exercice du pouvoir.
Quant à Anne Levade, constitutionnaliste, elle appelle à la prudence. Faire évoluer les institutions ne signifie pas nécessairement réécrire la Constitution. La Constitution, rappelle-t-elle, n’est pas la démocratie elle-même mais le cadre dans lequel elle se déploie. Sa stabilité constitue aussi une garantie : les acteurs doivent connaître les règles du jeu politique et pouvoir compter sur leur continuité. Un cadre, pour autant, ne doit pas devenir un carcan. Une même Constitution peut donner lieu à plusieurs pratiques et interprétations. Sa mise en garde tient donc en une idée : modifier le texte constitutionnel ne transforme pas mécaniquement la vie politique. Toute révision peut produire des effets au-delà de ceux qui étaient recherchés.

Cette convention citoyenne a une autre particularité : les discussions qui s’y déroulent constituent aussi un matériau de recherche.
DemoCIS réunit plus de 330 chercheuses et chercheurs issus de nombreuses disciplines et s’intéresse notamment à la crise des institutions, aux transformations de la citoyenneté, à la polarisation et aux désordres informationnels. Les échanges de la Convention sont ainsi observés et étudiés, tandis que les membres ont été informés dès le premier jour du dispositif de recherche associé à leurs travaux.
Régis Bordet, président de l’Université de Lille, a insisté devant les participants sur cette dimension : « Sur la méthodologie, elle ne pourra pas être contestée d’un point de vue scientifique. Elle pourra être contestée politiquement, et c’est normal, mais pas scientifiquement. Nous avons besoin de scientifiques aujourd’hui, et pas seulement de sciences de comptoir. Vous allez aboutir à des travaux qui vont faire date et alimenter les échéances politiques qui sont devant nous, tant en France que dans d’autres pays européens. »
Les trois prochaines sessions auront lieu les 10 et 11 octobre, 14 et 15 novembre puis 12 et 13 décembre à Lille. Les préconisations issues de la Convention doivent ensuite être présentées début 2027, avec l’ambition de contribuer au débat public à l’approche de l’élection présidentielle.






