Parlement des Jeunes : « Donner du pouvoir d’agir à une génération qu’on écoute trop peu »

Né dans le sillage de la crise sanitaire, le Parlement des Jeunes propose aux 16–24 ans un espace rare : se rencontrer, débattre, formuler des propositions… et les porter dans le débat public. Trois éditions plus tard, l’initiative change d’échelle et s’installe dans le paysage comme un dispositif structuré de participation citoyenne. Jacques Huybrechts, son fondateur, revient sur l’origine du projet, ses apprentissages… et les ambitions de la prochaine édition. 

Missions Publiques. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer le Parlement des Jeunes ? 

Jacques Huybrechts. Pendant la pandémie, une phrase prononcée lors d’une allocution présidentielle a marqué les esprits : « c’est dur d’avoir 20 ans en 2020 ». Ce n’est pas là que mon engagement pour la jeunesse a commencé, mais ça a été un déclic : il fallait agir davantage, et surtout différemment. 

Cette génération a été particulièrement touchée par la privation de liens sociaux. Fin 2020, près d’un jeune sur deux ne mangeait pas à sa faim et cette réalité reste très préoccupante.
La crise n’a fait qu’accentuer des fragilités déjà bien présentes : inégalités, décrochage scolaire, difficultés de logement, précarité financière, mal-être psychologique, angoisse face à l’avenir et à l’état de la planète. C’est de là qu’est née une intuition simple : et si une assemblée de jeunes permettait enfin de faire entendre leur voix, concrètement ? 

Le Parlement des Jeunes a été lancé en 2021 avec une première édition au Théâtre du Châtelet, qui a rassemblé plus de 1 500 jeunes, sous le parrainage de Thierry Marx. Dès le départ, l’objectif était clair : créer un lieu d’expression et de rencontre, ouvert à des jeunes venus d’horizons très différents. 

Depuis 2023, le Parlement des Jeunes s’est structuré autour d’un panel de 16 à 24 ans, composé selon des quotas inspirés des données de l’INSEE. Les jeunes peuvent ainsi se rencontrer, débattre, et formuler des propositions. Ensuite, leur travail est porté auprès de décideurs politiques, économiques et de la société civile – sous forme de plaidoyers, mais aussi de projets. 

 

Missions Publiques. Trois éditions plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Qu’avez-vous appris en chemin ? 

Jacques Huybrechts. Le Parlement des Jeunes a beaucoup évolué. En 2021, il s’agissait avant tout d’une grande journée de rassemblement, ponctuée de témoignages de jeunes, mais aussi d’experts et de personnalités issues de différents univers. 

Les échanges s’articulaient autour de trois grandes thématiques, définies en amont avec une trentaine d’associations engagées auprès des jeunes : la confiance en soi et en l’avenir, l’écologie, et l’entrée dans le monde du travail. 

À l’issue de cette première édition, les associations et un petit groupe de jeunes ont rédigé ensemble un Manifeste. L’objectif était de fédérer autour d’une mission commune, de principes partagés et de propositions concrètes, liées aux trois enjeux identifiés. Ce texte a ensuite été transmis à la presse et aux directions des partis politiques, à quelques semaines de l’élection présidentielle de 2022. 

En 2023, nous avons franchi une étape : le Parlement des Jeunes a pris la forme d’une véritable « convention citoyenne de la jeunesse », accueillie au CESE. Un panel de 170 jeunes, sélectionnés à la suite d’un appel à candidatures national, y a participé. Ils ont choisi dix thématiques prioritaires puis, après trois grandes sessions de travail collectif, formulé plusieurs centaines de propositions. Certains ont également souhaité transformer cette dynamique en projets associatifs. Un exemple très parlant : Natur’En Fait est un réseau qui né au sein du Parlement cette même. Il organise aujourd’hui des festivals éducatifs et festifs autour des enjeux environnementaux et du vivant. 

Pour 2026, une nouvelle édition est prévue – accompagnée et animée par Missions Publiques – avec plusieurs évolutions importantes. Nous passerons à 200 jeunes, toujours avec l’objectif d’être au plus près de la diversité réelle de la jeunesse en France. 

Le programme commencera par des rencontres dans les territoires en février, puis par des sessions à distance en mars. Le Parlement se réunira ensuite au CESE les 2 et 3 avril, sous la forme d’un campus : plusieurs centaines d’autres jeunes, venus de toute la France, pourront aussi participer à des rencontres, ateliers et séances plénières autour des enjeux prioritaires. 

Enfin, nous lancerons un mandat d’un an : le « Parlement permanent », d’avril 2026 à mars 2027. Il permettra aux jeunes parlementaires d’approfondir leurs propositions et surtout de les porter dans le débat public pendant la campagne électorale de 2027. 

"Nous aimerions aussi aider cette génération à porter des rêves collectifs, des ambitions communes, capables de remettre de l’espoir et du désir d’avenir.

Jacques Huybrechts

Fondateur du Parlement des jeunes

Missions Publiques. Comment construisez-vous un panel qui reflète réellement la diversité de la jeunesse ? 

Jacques Huybrechts. Nous voulons constituer un panel de 200 jeunes de 16 à 24 ans, avec une stricte parité filles-garçons et une diversité de profils : étudiants, jeunes en recherche d’emploi, salariés, etc. 

Les critères de sélection s’appuient sur les statistiques nationales afin d’être au plus proche de la réalité sociale du pays. Mais cela ne suffit pas : pour inclure des jeunes qui ne se porteraient pas spontanément candidats, nous travaillons aussi avec des associations qui accompagnent des publics spécifiques : jeunes en zones rurales, dans les Outre-mer, dans les quartiers prioritaires, sans emploi ou en situation de handicap. 

L’enjeu, c’est d’aller vers eux et de réduire l’auto-censure. Enfin, une campagne nationale est lancée en janvier, réalisée avec Publicis Activ et Médiatransports, et relayée par des partenaires comme la MACIF, Safran, JDE et la Fondation Schneider Electric, afin d’informer largement et de toucher des jeunes sur tout le territoire. 

 

Missions Publiques. Quels sont, à vos yeux, les défis qui vont le plus peser sur la jeunesse dans les années à venir ? 

Jacques Huybrechts. Plusieurs grandes questions vont prendre encore plus d’ampleur. D’abord, la situation géopolitique de l’Europe et la perspective d’un conflit : comment les jeunes regardent-ils aujourd’hui cette possibilité ? Quel rapport entretiennent-ils avec l’engagement, avec la défense, avec l’idée même de guerre ? 

Ensuite, il y a le rapport à l’intelligence artificielle : ils la vivent déjà au quotidien, mais elle va structurer en profondeur leurs vies personnelles et professionnelles. Enfin, le sujet de la santé mentale restera probablement central. 

Et au fond, nous aimerions aussi aider cette génération à porter des rêves collectifs, des ambitions communes, capables de remettre de l’espoir et du désir d’avenir. Nous en avons tous besoin, dans une époque aussi chaotique et anxiogène. 

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