Municipales 2026 : décider autrement n’est plus une option

Budget sous tension, urgences écologiques, attentes fortes en matière de services publics… À l’approche des municipales de 2026, les équipes locales doivent arbitrer dans un climat exigeant. Notre série #Municipales2026 et son webinaire de clôture ont mis en lumière un enseignement majeur : les décisions les plus complexes sont aussi celles qui gagnent le plus à être débattues collectivement. 

À l’approche des élections municipales de 2026, une question traverse de nombreuses équipes locales, souvent à bas bruit : comment continuer à décider dans un contexte de contraintes budgétaires fortes, d’attentes citoyennes élevées et d’une défiance politique qui ne faiblit pas ? 

C’est pour prendre au sérieux cette question que nous avons lancé la série #Municipales2026 que nous avons conçue comme un espace de réflexion sur une transformation à l’œuvre : celle de la manière de gouverner localement. 

Au fil des épisodes, un fil rouge s’est dessiné. Les sujets les plus complexes – budget, santé, transition écologique, sécurité, services publics – sont aussi ceux qui concentrent le plus de tensions et d’attentes. Et par la même, ce sont précisément ces décisions-là qui cristallisent les incompréhensions, les frustrations et parfois les oppositions. 

 

Débattre des sujets sensibles : un pari politique 

L’expérience (la nôtre mais pas que) montre que ce sont les arbitrages les plus techniques et les plus contraints qui gagnent le plus à être mis en discussion. Le webinaire de clôture, organisé début février, a permis d’en faire la démonstration concrète avec Emmanuelle Gazel, maire de Millau et Valentin Artal, adjoint en charge de la démocratie locale. 

En 2020, cette ville aveyronnaise de 130 000 habitantes et habitants est confrontée à une situation financière particulièrement tendue. La nouvelle équipe municipale fait un choix rare et audacieux : associer des citoyennes et citoyens tirés au sort à l’analyse du budget communal. Recettes, dépenses, désendettement, marges d’investissement… Rien n’a été esquivé. 

Ce travail partagé a permis d’identifier près de 5 millions d’euros de capacité d’investissement. Mais au-delà du chiffre, c’est le déplacement du regard qui importe. Les contraintes sont devenues visibles. Les arbitrages compréhensibles. Les décisions plus légitimes. Ouvrir le budget n’a pas affaibli la décision politique. Cela l’a renforcée. 

Ce témoignage renverse une idée reçue : la participation ne serait pertinente que lorsque tout va bien. En réalité, elle devient stratégique quand la décision est difficile. 

 

Transformer les organisations pour transformer la décision 

Autre enseignement : on ne transforme pas la relation aux habitantes et habitants sans transformer aussi l’organisation interne. La participation ne repose pas uniquement de manière réductrice sur des outils. Elle repose avant tout sur une posture et une organisation. 

Intégrer la participation dans la conduite des politiques publiques suppose un alignement politique clair, des agents formés, des méthodes partagées, une culture de coopération entre élu-e-s et administration. 

Certaines collectivités ont engagé ce travail en profondeur. En Haute-Garonne, par exemple, la participation n’est plus une démarche ponctuelle. Depuis 2018, elle structure l’action publique : charte du dialogue citoyen, guide méthodologique, formations internes, communauté d’agents engagés… Ce socle permet aujourd’hui de mener des démarches participatives sur des sujets structurants comme la sectorisation des collèges, la démarche Haute-Garonne demain ou la mise en place de l’assemblée citoyenne permanente. 

 

Le défi des prochaines mandatures : changer d’échelle 

Enfin, un autre enjeu apparaît de plus en plus avec force : celui du passage à l’échelle. Aujourd’hui, les démarches participatives concernent encore trop souvent un nombre limité d’habitantes et d’habitants. Quelques dizaines, parfois quelques centaines. Des expériences intenses, exigeantes, mais qui restent périphériques au fonctionnement global de la collectivité. 

Or le véritable défi des années à venir n’est pas seulement de réussir des démarches ponctuelles. Il est de permettre à un nombre croissant d’habitantes et d’habitants de vivre concrètement une expérience de participation. 

Autrement dit : faire en sorte que la participation ne soit plus un moment exceptionnel, mais une dimension ordinaire de l’action publique locale. 

Ce changement d’échelle est politique. Il suppose d’inscrire ces pratiques dans les cycles décisionnels réguliers, d’en faire un réflexe plutôt qu’une expérimentation et d’accepter de partager l’élaboration sans renoncer à la responsabilité finale. 

La participation est ainsi un levier de transformation démocratique et opérationnelle. À quelques semaines des municipales, la manière de décider serait-elle devenue le véritable programme ? 

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