Que reste-t-il d’un panel citoyen européen deux ans après sa clôture ? Dans le cas du Panel de citoyens européens sur l’efficacité énergétique, la réponse est claire : des traces concrètes dans les politiques européennes. Réunis de nouveau le 6 février 2026, les participants ont découvert comment leurs 13 recommandations avaient été reprises par la Commission européenne et traduites en actions. Un retour rare et précieux.
En 2024, 150 citoyennes et citoyens tirés au sort dans les 27 États membres de l’Union européenne avaient travaillé pendant trois week-ends sur une même question : comment faire de l’efficacité énergétique un levier concret pour les citoyens, les pouvoirs publics et les entreprises ? Leurs échanges avaient abouti à 13 recommandations remises à Maroš Šefčovič, alors vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert pour l’Europe. Derrière leur diversité, ces propositions poursuivaient un objectif commun : faire primer la réduction de la demande d’énergie sur l’augmentation de l’offre.
Deux ans plus tard, la Commission est revenue vers eux pour montrer ce qui avait été mis en mouvement. Chaque recommandation a reçu une réponse et chacune a trouvé une traduction dans les politiques européennes. Pour les participants, ce suivi donne une portée particulière à l’expérience. Il ne s’agit plus seulement d’avoir été consultés, mais d’avoir contribué, à leur place, à orienter des décisions publiques.
Quand les réalités du quotidien entrent dans la fabrique des politiques européennes
« Ces recommandations ont été inspirées par votre vie quotidienne, vos réalités de tous les jours. Elles ont apporté une perspective citoyenne à l’élaboration des politiques de l’UE », a rappelé Sophia Eriksson Waterschoot, directrice générale adjointe de la direction générale de la communication de la Commission européenne. Même constat du côté de Rosalinde van der Vlies, directrice chargée de la transition juste, des consommateurs, de l’efficacité énergétique et de l’innovation à la DG Énergie : les recommandations formulées il y a deux ans apparaissent aujourd’hui encore plus pertinentes, à l’heure où la hausse des prix de l’énergie, les difficultés à chauffer ou à climatiser les logements et les températures extrêmes renforcent l’urgence d’agir.
Pour présenter ce suivi, la Commission a regroupé les avancées autour de trois grands axes : la modernisation du système énergétique, la justice sociale et le droit à la rénovation, et l’action au niveau local. Trois manières, au fond, de répondre à une même attente exprimée par les citoyens : faire de la transition énergétique une politique à la fois plus efficace, plus juste et plus proche du quotidien.
Moderniser le système énergétique pour moins subir
Le premier axe concerne la modernisation du système énergétique européen. Lancé dans le contexte de la crise énergétique, il répond à des questions très concrètes soulevées par les citoyens : d’où vient l’énergie consommée en Europe, comment la transporter, quelles sources privilégier et comment mieux mesurer les usages. Le plan REPowerEU, élaboré après l’invasion de l’Ukraine, vise ainsi à diversifier les approvisionnements tout en renforçant les économies d’énergie. La Commission travaille aussi sur une stratégie pour le chauffage et la climatisation, alors que près de la moitié de l’énergie consommée en Europe est dédiée à ces usages et qu’une part importante est encore perdue sous forme de chaleur. Mieux récupérer cette énergie permettrait à la fois de réduire la consommation primaire et de limiter la dépendance au gaz importé.
Le numérique fait également partie du tableau. Avec la montée en puissance des centres de données, la question de leur durabilité prend une place croissante. Un reporting obligatoire et un label européen sont en préparation, avec la possibilité d’y associer des standards minimaux de performance pour diffuser de meilleures pratiques dans le secteur. Autre chantier majeur : le European Grids Package, présenté en décembre 2025, qui doit moderniser les réseaux électriques européens afin de mieux intégrer les énergies renouvelables, de sécuriser les approvisionnements et de réduire le coût des coupures.

Faire de la transition un projet accessible à tous
Le deuxième axe touche à la justice sociale, un point central des recommandations citoyennes. L’enjeu est simple : permettre à tous, et pas seulement à ceux qui en ont les moyens, de bénéficier des économies d’énergie. La Commission met en avant plusieurs réponses en ce sens, notamment la European Energy Efficiency Financing Coalition, destinée à faciliter l’accès au crédit pour les ménages, les PME et surtout les publics les plus vulnérables.
En parallèle, le logement devient un levier majeur : plan européen pour le logement abordable adopté en 2025, certificats enrichis et passeports de rénovation personnalisés dans la directive révisée sur la performance énergétique des bâtiments, soutien à la formation des professionnels avec BuildUp Skills. Derrière ces dispositifs, une même idée : sans accompagnement, sans financement accessible et sans main-d’œuvre qualifiée, la rénovation reste hors de portée pour beaucoup.
Le Fonds social pour le climat, un signal fort
C’est aussi dans ce registre que s’inscrit le Fonds social pour le climat, l’une des avancées les plus marquantes présentées lors de ce retour. Lancé en 2026 et prévu jusqu’en 2032, il mobilisera jusqu’à 86,7 milliards d’euros pour aider les ménages vulnérables et les micro-entreprises à rénover leurs logements, à adopter des systèmes de chauffage plus propres et à accéder à des solutions de transport abordables. Chaque État membre devra élaborer un plan national climatique social en consultant obligatoirement les citoyens.
Pour Carlos Sanchez Rivero, de la DG Énergie, cette consultation a permis d’être « plus précis, plus concrets et plus ciblés ». Un participant a même estimé que le dispositif allait « au-delà » de ce que les citoyens eux-mêmes avaient recommandé.
Rendre la transition plus proche, plus simple, plus lisible
Troisième axe, enfin : rapprocher la transition énergétique de la vie quotidienne. Car les recommandations du panel ne portaient pas seulement sur de grandes orientations ; elles exprimaient aussi un besoin de simplicité, de lisibilité et de soutien concret. C’est dans cet esprit que s’inscrit le futur Citizens Energy Package, qui veut replacer les consommateurs au centre du système énergétique. L’objectif est notamment de rendre le marché plus compréhensible, grâce à des outils de comparaison entre offres, et de mieux protéger les citoyens contre les pratiques commerciales abusives.
En creux, cela traduit une évolution importante : ne plus laisser chacun seul face à la complexité du marché de l’énergie, mais donner à tous les moyens de faire des choix éclairés.
Des outils concrets pour agir au niveau local
Cette logique passe aussi par des outils très concrets. Les one-stop shops, désormais obligatoires dans tous les États membres, doivent offrir aux citoyens un point d’entrée unique pour s’informer sur la rénovation, les solutions techniques et les financements disponibles. Cinquante-et-une structures ont déjà été soutenues dans 18 États membres.
La Commission mentionne également des dialogues de mise en œuvre, des consultations régulières avec les parties prenantes et, depuis 2026, un Forum sur les comportements énergétiques destiné à aider les autorités locales à encourager des pratiques plus sobres grâce aux sciences comportementales.
Ce que la participation change chez celles et ceux qui y prennent part
Au-delà des politiques elles-mêmes, ce retour montre ce que la participation a produit chez celles et ceux qui y ont pris part. Environ 80 % des participants disent que l’expérience a compté pour eux. Certains ont changé leurs propres pratiques ; d’autres sont devenus, dans leur entourage, des relais de la participation citoyenne.
Leurs témoignages disent bien ce déplacement. L’un explique que, malgré un mode de vie déjà relativement sobre, le panel lui a fait prendre conscience d’obstacles structurels qu’il percevait mal jusque-là. Un autre raconte que cette expérience a été un déclic, qui l’a conduit ensuite à lancer deux projets concrets dans son quartier à Berlin. Un troisième insiste sur un point plus simple, mais décisif : le fait d’avoir pu parler et d’avoir été entendu a changé sa manière d’aborder la vie en général. Trois parcours différents, mais une même conclusion : participer ne transforme pas seulement un avis en recommandation ; cela peut aussi transformer le rapport à l’action.
Quand le suivi donne du crédit à la participation
C’est sans doute là que ce retour prend toute sa valeur. Non seulement parce qu’il met en évidence des suites concrètes données à des recommandations citoyennes, mais aussi parce qu’il montre ce que produit un suivi transparent : il renforce la crédibilité de la participation elle-même
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